Le Premier vice-président de la Commission européenne, Frans Timmermans, a à nouveau dressé un tableau sombre de la situation des libertés et droits fondamentaux en Hongrie et a demandé au Conseil de l’UE de se saisir sérieusement de la question lors de la prochaine réunion des ministres des Affaires européennes, prévue le 9 avril.
Le responsable européen s’exprimait le 21 mars devant la commission des libertés civiles, à l’invitation de la députée Judith Sargentini (Verts/ALE, néerlandaise), auteur du rapport sur le déclenchement de l’article 7 du Traité, contre la Hongrie, le 12 septembre dernier. La députée avait aussi sollicité la Présidence roumaine du Conseil de l’UE pour qu’elle lui explique la marche à suivre au Conseil sur la procédure 'article 7', la députée n’ayant jusqu’ici pas eu la possibilité de présenter directement aux États membres le contenu de son rapport, ce que Frans Timmermans a aussi déploré. Mais le représentant roumain a simplement indiqué que le PE serait informé des prochains échanges de vues sur le sujet, qui seront bien à l'agenda du 9 avril et qu'il n'y avait pas de marge pour faire participer le PE aux discussions du Conseil.
Le Premier vice-président a, lui, indiqué aux députés que la situation ne s’était pas améliorée en Hongrie et avait même empiré à certains égards, Frans Timmermans citant les récentes campagnes d'affichage contre Jean-Claude Juncker; il a souligné que Budapest n’avait pas encore répondu à l’avis motivé envoyé en janvier sur la loi 'stop Soros', qui criminalise notamment les ONG actives dans la défense des migrants, et que, sans réponse au 24 mars, la Cour de justice pourrait être saisie. Le responsable européen s’est aussi ému des pratiques condamnées récemment par la Cour européenne des droits de l'homme consistant à refuser de nourrir des migrants se trouvant dans des zones de transit. Ce qui indique à ses yeux le « sérieux » de la situation.
Viktor Orbán ne va rien changer
Cette audition intervenait au lendemain de la suspension par le PPE du parti Fidesz du Premier ministre hongrois, Viktor Orbán, le 20 mars (EUROPE 12218/8), motivée par le fait que « nous ne pouvons pas faire de compromis sur la démocratie, l’État de droit, la liberté de la presse, la liberté académique ou les droits des minorités. Une rhétorique anti-UE est inacceptable, les divergences entre le PPE et le Fidesz doivent cesser », a précisé le parti. Mercredi soir, le Premier ministre hongrois a en tout cas lui-même jugé, juste après l’assemblée politique du PPE, que cette décision était « bonne » et avait montré que le PPE ne veut pas se séparer de lui.
Le dirigeant avait d’abord contesté, puis s’est associé à la motion de suspension votée par 191 voix contre 3, expliquant par la suite qu’elle avait été prise conjointement avec le PPE. Il a aussi affirmé qu’il ne changerait pas sa politique et qu'il continuerait de défendre l'Europe chrétienne et à lutter contre l'immigration illégale.
Le Hongrois s’est défendu par ailleurs d’avoir attaqué Jean-Claude Juncker dans différentes campagnes d’affichage et estimé qu’il s’agissait de « campagnes d’information » sur les politiques européennes. Il a également souligné qu’il continuerait à incarner cette frange anti-immigration au sein du PPE, mais n’a pas contesté non plus l’idée que l’appartenance du Fidesz au PPE soit discutée au sein de la formation hongroise après les élections européennes. (Solenn Paulic)