Joseph Stiglitz et la Fondation européenne d’études progressistes (FEPS) ont présenté, jeudi 21 mars, un rapport intitulé « Réécrire les règles de l’économie européenne », dont le prix Nobel d’économie a ensuite débattu avec Pierre Moscovici, commissaire aux Affaires économiques et financières, et Jeppe Kofod (S&D, danois), à Bruxelles.
Lors de cet événement, l’économiste américain a appelé à concrétiser la zone euro afin d’obtenir une réelle convergence entre les pays de l’Union européenne.
« La décision fatidique de 1992 de créer l’euro n’était pas tout à fait erronée, mais […] les chefs de file européens n’ont pas (ou ont refusé de) saisir pleinement ce qui était nécessaire pour qu’un arrangement monétaire fonctionne, en particulier pour un ensemble aussi diversifié de pays », indique ainsi le rapport de M. Stiglitz, coécrit avec une équipe d’universitaires et d’hommes politiques venus de toute l’Europe.
Selon ce document, alors que la création de la monnaie unique a automatiquement privé certains pays européens de deux instruments clés d’ajustement : le taux de change et le taux d’intérêt, rien n’a été mis en place pour compenser cette perte. Par conséquent, au lieu de réaliser son objectif initial de convergence, l’euro aurait conduit à la divergence économique et politique des pays européens.
Le rapport fustige également les « critères de convergence », définis par le Traité de Maastricht de 1992, qui exigent un déficit budgétaire ne dépassant pas 3 % du PIB, une dette publique ne dépassant pas 60 % du PIB, une inflation faible, un taux de change stable et des taux d’intérêt à long terme bas.
M. Stiglitz et la FEPS considèrent ainsi que, loin de favoriser la convergence des taux de croissance ou des niveaux de revenus, et encore moins des structures de l’économie, il était prévisible que ces « chiffres arbitraires », c’est-à-dire sans fondement économique, allaient avoir des conséquences très néfastes en période de ralentissement économique marqué.
D’après eux, les limites imposées aux déficits budgétaires, en particulier, empêchent par exemple les pays de la zone euro de réduire les impôts ou augmenter les dépenses en période de ralentissement économique, alors que, depuis John Maynard Keynes, ce genre de politique anticyclique est reconnue comme essentielle par les économistes pour sortir une économie d’une profonde récession.
« Le cas du Portugal a prouvé que la croissance, et non l’austérité, est la meilleure voie à suivre », argue ainsi le rapport.
Le rapport s’attaque donc aussi aux politiques d’austérité menées par l’UE en réponse à la crise financière de 2008 afin que chaque État membre respecte ces critères de convergence.
Face à cette critique, Pierre Moscovici a souligné l’utilité de ces critères pour lutter contre l’endettement des États, tout en défendant le travail de la Commission qui, selon lui, a fait preuve de flexibilité concernant ces règles.
« L’idée de réduire les déficits n’est pas en soi stupide [...] Ce qui est stupide c’est d’être complètement rigide », a-t-il notamment déclaré.
Le rapport plaide en outre pour une réforme de la Banque centrale européenne (BCE) – dont la tâche première est de maintenir un taux d’inflation « inférieur, mais proche de 2 % à moyen terme » – car, à ses yeux, « le problème dans le monde d’aujourd’hui est le chômage, non l’inflation ».
En guise de réponse, le commissaire européen a simplement déclaré : « Bonne chance à ceux qui désirent changer le mandat de la BCE, car, tant que l’Allemagne est l’Allemagne, ça n’arrivera pas. »
Consulter le rapport : https://bit.ly/2HxFKnM. (Damien Genicot - stage)