La parole a été donnée aux experts, jeudi 21 mars au Parlement européen, lors d'une audition publique organisée par la commission de l'environnement et la commission des pétitions du PE pour réfléchir aux moyens de lutter contre le déni du changement climatique et contre les méthodes de désinformation utilisées à ce sujet.
Transparence de l'information sur le climat, amélioration de la communication scientifique pour la rendre plus compréhensible, refus d'accès aux lobbyistes des grandes entreprises d'hydrocarbures comme Exxon Mobil dans les institutions de l'UE, pression sur les GAFA pour que les grandes plateformes renoncent à contribuer à la désinformation, ont été parmi les pistes d'action identifiées.
L'événement a eu lieu « à l'heure où un grand nombre de jeunes font entendre leur voix et leur préoccupation concernant les défis auxquels notre planète est confrontée du fait du changement climatique », a souligné le représentant de la commission des pétitions. « Une communication transparente est essentielle afin d'aider les citoyens à s’informer des éléments scientifiques qui sous-tendent la lutte contre le changement climatique », a renchéri la présidente de la commission de l'environnement, Adina-Ioana Vălean.
Selon Jean-Pascal van Ypersele, professeur belge de climatologie qui fut vice-président du GIEC, « les mensonges statistiques sont très utilisés par ceux qui sèment la confusion » – une expression qu'il préfère à celle de 'négationnistes' (impropre) ou de 'climatosceptiques' « puisque le scepticisme est à la racine de la méthode scientifique ». Et d'ajouter : « la science est tout à fait univoque et les travaux du GIEC, qui a examiné le lien entre l'augmentation de la température et le facteur humain ont permis d'être de plus en plus plus conscients de la force du lien entre les facteurs humains et le réchauffement ».
Répondant aux questions des députés, il a suggéré à l'UE d'améliorer la transparence pour éliminer les doutes, « de faire connaître nos efforts, tandis qu'aux États-Unis, 1 milliard de dollars par an sont dépensés pour des activités de confusion climatique », d'améliorer l'accès des journalistes et des universitaires aux informations, de s'intéresser de plus près aux règles de financement des campagnes politiques et au rôle des lobbies dans ce financement.
Pour faire face à ceux qui insinuent le doute ou affirment que la politique climatique n'est même pas nécessaire et s'avère coûteuse, puisque rien n'est prouvé, Alexander Carius, directeur général d'Adelphi, a plaidé pour que l'on parle du coût du changement climatique : « Pour l'Europe, en 2017, il a été évalué à 283 milliards d'euros. »
L'initiatrice d'une pétition déposée au PE en 2016 (732 signatures) au nom de Food & Water Europe, pour demander à l'institution d'agir contre les compagnies pétrolières multinationales niant le changement climatique, a déploré qu'Exxon Mobil ait décliné l'invitation à cette audition.
Affirmant que les activités d’Exxon sont nocives pour la planète et que l'entreprise « a dépensé 35 millions d'euros au cours des 9 dernières années pour diluer la législation de l'UE sur le climat et diffuser de fausses informations », elle a estimé que la première chose à faire serait de lui retirer les six badges d'accès au PE. Exxon ne devrait pas être en mesure de participer à des événements qui se tiennent PE ou à la Commission, toute interaction avec parlementaires devrait être réduite au minimum et les lobbyistes ne devraient pas siéger au sein des groupes d'experts de la Commission, a-t-elle dit. Face à l'urgence climatique, il convient, selon elle, « d'agir dans l’intérêt de la société civile ». (Aminata Niang)