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Bulletin Quotidien Europe N° 12217
POLITIQUES SECTORIELLES / Migration

Sept ONG dénoncent la criminalisation de leurs activités en mer Méditerranée et le traitement des migrants par la Libye

Sept associations non gouvernementales ont demandé que cesse la criminalisation de leurs activités de recherche et de sauvetage en mer Méditerranée et elles ont vivement critiqué l’inaction des gardes-côtes libyens ainsi que les conditions de vie des migrants en Libye, lundi 18 mars, à l’occasion d’une rencontre avec les membres des commissions des libertés civiles (LIBE), des affaires étrangères (AFET) et des droits de l’homme (DROI) du Parlement européen. 

« Nous appelons à mettre fin à la criminalisation des ONG impliquées dans la recherche et le sauvetage au niveau judiciaire, politique et médiatique », a ainsi exhorté Giorgia Linardi, membre de Sea Watch, l’une des sept ONG finalistes du Prix Sakharov 2018 - récompensant les personnes qui ont apporté une contribution exceptionnelle à la lutte pour les droits de l’homme dans le monde - présentes à l’événement. 

« Sauver les gens en mer est un devoir, pas un droit, et certainement pas un crime », a ensuite insisté Pia Klemp, membre de Solidarity at Sea.

Sur base de leurs observations et des nombreux témoignages qu’elles ont recueillis, les ONG ont en outre dénoncé les violences et les tortures qui seraient perpétrées par les autorités libyennes à l’encontre des migrants, ainsi que le manque d’actions des gardes-côtes libyens. 

« La Libye est décrite comme l’enfer par les gens que nous sauvons », a par exemple souligné Mme Linardi. 

Pour ces organisations, il est inacceptable que l'Union européenne laisse les gardes-côtes libyens mener les opérations de recherche et de sauvetage, alors qu'ils n'ont ni les moyens nécessaires ni la réelle volonté de le faire, et que de nombreux migrants leur ont confié préférer mourir que de retourner en Libye. 

La formation des gardes-côtes libyens fait partie des missions de l'opération EUNAVFOR Med Sophia qui pourrait être arrêtée fin mars (EUROPE 12216/5). 

Parmi leurs autres revendications, les ONG ont notamment appelé au respect du droit international applicable à la recherche et au sauvetage en mer, à la mise en place d’un système général de réaffectation des migrants au niveau de l’UE, ou encore à « l’évacuation de la Libye » à travers la création de voies de migration sûres et légales vers l’Europe. 

Apportant un éclairage juridique, Éric David, professeur de droit international à l’Université Libre de Bruxelles, a pour sa part rappelé l’existence de « l’obligation d’assistance », énoncée à l’article 98 de la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer, selon laquelle « tout État exige du capitaine d’un navire battant son pavillon qu’il prête assistance à quiconque est trouvé en péril en mer ». À ses yeux, le fait de porter assistance à des embarcations surchargées qui menacent de couler ne constitue ainsi que la simple réponse à cette règle du droit. 

Hasard du calendrier, Matteo Salvini, le ministre de l’Intérieur italien, a annoncé sur Twitter le même jour que son pays n’ouvrirait pas ses ports au Mare Jonio, un navire humanitaire battant pavillon italien qui a secouru, lundi, 49 migrants au large des côtes libyennes. 

Interrogée mardi la presse, une porte-parole de la Commission européenne, Natasha Bertaud, a indiqué que cet événement illustre une nouvelle fois l’urgence de mettre en place des arrangements de débarquement, faisant ainsi référence aux discussions actuellement en cours sur le mécanisme temporaire de débarquement des migrants secourus en mer proposé par la Commission (EUROPE 12209/3). Et de conclure : « La Commission renouvelle une fois de plus son appel à tous les États membres pour qu’ils tiennent compte avant tout de l’impératif humanitaire et contribuent à une résolution rapide de la situation. » (Damien Genicot - stage)

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