Le commissaire européen à l’Agriculture, Phil Hogan, s’est montré dubitatif et critique, lundi 18 mars, à propos des intentions en matière tarifaire du Royaume-Uni en cas de sortie de l'Union européenne sans accord fin mars.
Lors du Conseil Agriculture, « bon nombre de ministres sont intervenus pour rappeler leurs préoccupations dans la perspective d’un Brexit sans accord », a déclaré M. Hogan lors de la conférence de presse, lundi après le Conseil.
Il s’est montré critique à propos du projet britannique de lignes tarifaires en cas de retrait désordonné du pays de l’UE, même si ces mesures sont temporaires.
87 % des produits seraient frappés d’un droit de douane de zéro, alors que deux produits - le bœuf et le fromage - se verraient imposer « un tarif significatif », a déploré le commissaire.
Il a dit en substance que si le Royaume-Uni imposait des droits de douane, l’UE en ferait de même et ceci aurait un effet aussi en termes de contrôles aux frontières.
M. Hogan a rappelé que l’Irlande exportait vers le Royaume-Uni un volume important de bœuf, un volume équivalent à 75 % de toutes les exportations européennes de viande bovine vers le Royaume-Uni.
D’autres pays seraient fortement touchés par certaines des mesures tarifaires, comme la France, l’Allemagne, la Belgique, les Pays-Bas ou le Danemark, a précisé M. Hogan.
Il a déclaré que les mesures envisagées risqueraient de ne pas respecter les règles de l’OMC : « Nous sommes loin d’avoir une proposition tarifaire qui tienne la route », a voulu rassurer M. Hogan.
Mesures d'urgence. Mais l’UE est prête, s’il le faut, à mettre en place des mesures d’urgence en cas de perturbation du marché. Il faut dire que l’UE a une certaine expérience dans le domaine, des telles mesures ayant été prises après des épizooties (fièvre aphteuse, maladie de la vache folle) et l’embargo russe sur les produits agroalimentaires de l’UE.
Lors du Conseil, la délégation polonaise a informé le Conseil des difficultés rencontrées au niveau national en ce qui concerne : - l’importation rapide de viande de volaille en provenance d’Ukraine ; - l’octroi éventuel de préférences aux producteurs de viande dans le cadre des accords de libre-échange avec le Mercosur, l’Australie et la Nouvelle-Zélande ; - l’impact d’un Brexit sans accord.
De nombreux autres ministres sont intervenus. L’Irlande, la Belgique et la France ont évoqué notamment l’impact négatif qu'un Brexit sans accord pourrait avoir sur le secteur de la viande bovine (en cas de mesures tarifaires britanniques).
La Hongrie et l’Italie ont évoqué les clauses de sauvegarde pour protéger certains produits. L'Espagne et le Portugal ont appelé à la vigilance pour certains secteurs, comme la viande porcine.
La Croatie et l’Allemagne ont aussi soutenu les requêtes polonaises.
Statu quo impossible. La délégation britannique a parlé des mesures tarifaires temporaires (4 mois) envisagées en cas de non-accord sur le Brexit, même si « nous préférons qu’un accord intervienne ». Mais elle a prévenu que le statu quo ne serait pas possible et qu'il sera impossible de conserver un tarif de zéro pour tous les produits.
Sur la volaille, M. Hogan a rappelé que l’UE était en train d’adopter un amendement à l’accord de libre-échange conclu avec l’Ukraine, « afin de limiter les volumes de volailles ». (Lionel Changeur)