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Bulletin Quotidien Europe N° 12200
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The B-word : la newsletter d’Agence Europe sur le Brexit / The b-word

Le désastre du Brexit attend (toujours) son heure

La lassitude suscitée par le Brexit a atteint un sommet cette semaine, alors que le fossé des attentes entre Londres et Bruxelles se creuse encore. Si vous êtes pessimiste, vous n'êtes pas le seul. 

Le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, n’est « pas très optimiste » quant aux chances de parvenir à un Brexit ordonné, selon des propos qu’il a tenus cette semaine : « Je ressens comme une sorte de fatigue du Brexit parce que c’est un désastre. » Et il a fait cette déclaration après avoir rencontré le Premier ministre britannique, Madame Theresa May (EUROPE 12199), bien qu’ils aient promis de se revoir avant un vote organisé au Parlement britannique mercredi prochain. 

Les dirigeants de l’UE (y compris M. Juncker et Mme May) seront en Égypte dimanche pour un sommet avec la Ligue des États arabes, et, alors que l’ordre du jour devrait être centré sur la migration, le terrorisme et les conflits en cours au Moyen-Orient (voir autres nouvelles), le Royaume-Uni espère pouvoir quelque peu avancer dans le dossier du Brexit

« Nous savons que cette rencontre ne concerne pas le Brexit et nous n’allons pas en faire un forum sur le sujet », a déclaré un responsable britannique. « Bien sûr, le Premier ministre en profitera pour s’entretenir avec quelques dirigeants. » Mme May doit y rencontrer le président du Conseil européen, Donald Tusk, mais aucune autre réunion n’avait été confirmée vendredi après-midi. 

Ce sommet fait suite à des discussions entre le négociateur en chef de l’UE, Michel Barnier, le ministre britannique chargé du Brexit, Stephen Barclay, et le procureur général, Geoffrey Cox, qui se sont tous les deux rendus à Bruxelles (à deux reprises) cette semaine pour évoquer la suppression du filet de sécurité irlandais du projet d’accord de retrait. Une fois encore, l’UE a répondu 'non', mais il ne fait aucun doute que les véritables négociations sont toujours en cours à Londres. 

De son côté, l’UE essaie de trouver des solutions « créatives » pour convaincre les partisans du Brexit - en particulier les 10 députés du Parti unioniste démocrate et les conservateurs de l’European Research Group d’arrière-ban - que le filet de sécurité irlandais n’est pas permanent. Qu’il s’agisse d’une annexe, d’un accord d’exécution, d’un codicille ou de quoi que ce soit d’autre, cet exercice de créativité doit être suffisamment bien réalisé pour permettre à Geoffrey Cox de revenir sur ses propos de décembre où il estimait que le filet de sécurité pourrait « perdurer indéfiniment »

Mais peu importe l’option choisie, elle ne sera clairement pas prête pour le vote du Parlement britannique qui se tiendra le 27 février, ce qui rend un report du Brexit d’autant plus probable. Selon le service juridique du Parlement européen, cette situation pourrait entraîner la participation des citoyens britanniques aux élections de mai. Ils voteraient alors pour des députés européens qui pourraient ne jamais véritablement siéger. Mais hier, Frans Timmermans, vice-président de la Commission européenne, a déclaré le contraire en citant les avis des services juridiques de la Commission et du Conseil de l’UE. 

Il n’est donc pas surprenant que les préparatifs en vue d’une absence d’accord aient redoublé d’intensité. 

Vendredi, le gouvernement irlandais a publié une « loi d’ensemble » en 15 parties destinée à protéger les citoyens et les entreprises en cas de Brexit sans accord. Ce projet de loi garantit notamment que : – les patients irlandais pourront toujours être remboursés pour les soins de santé reçus à Belfast ou à Londres ; – le marché de l’électricité qui couvre l’ensemble de l’île depuis 12 ans pourra continuer à opérer grâce à de nouvelles licences d’exploitation temporaires ; – les étudiants britanniques en Irlande et les étudiants irlandais au Royaume-Uni pourront toujours bénéficier de bourses ; – les bus scolaires pourront continuer à franchir la frontière sans devoir solliciter une nouvelle autorisation. Un régime temporaire laissera aux assureurs britanniques trois ans pour « écouler » leurs portefeuilles irlandais. Les mesures d’allègement des impôts sur le revenu, sur le capital et sur les sociétés resteront en vigueur pour l’instant. Et Dublin met en place un nouvel accord d’extradition avec le Royaume-Uni afin de remplacer le mandat d’arrêt européen. 

« Un Brexit désordonné sera perdant-perdant-perdant pour le Royaume-Uni, pour l’Europe et pour l’Irlande », a avancé vendredi le ministre irlandais des Affaires étrangères, Simon Coveney. « Nous ne pouvons pas compenser les dommages qu’il occasionnera, mais nous faisons tout ce que nous pouvons. » (Version originale anglaise par Sarah Collins)

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