L'ancien Premier ministre italien, Paolo Gentiloni, a mis en garde, vendredi 22 février à Bruxelles, contre la montée en puissance des mouvements nationalistes dans les États membres qui aspirent à reprendre le contrôle des compétences européennes pour en finir avec le projet européen et ses valeurs.
« Reprendre le contrôle » - nous en faisons aujourd'hui l'expérience en Italie et comme cela a été exprimé en 2016 dans la campagne britannique du référendum gagné par les partisans du Brexit - « cela signifie la fin de l'Union européenne en tant que projet politique » et sa disparition de la scène internationale, a souligné M. Gentiloni lors d'un débat sur l'avenir de l'Europe à la conférence Ideas Lab du think tank CEPS.
D'après lui, ce qui se joue actuellement, c'est l'avenir de la démocratie libérale et même de la paix, notamment parce qu'il existe d'autres modèles - comme le modèle chinois - qui réussissent très bien, notamment sur le plan économique, et suscitent l'admiration aussi au sein de l'Union européenne.
Soulignant l'urgence d'en finir avec « l'impasse » actuelle où un pays de l'UE peut bloquer seul la volonté d'intégration des autres États membres, le social-démocrate italien a prôné « des niveaux d'intégration différents » qui permettraient aux pays avant-gardistes d'aller de l'avant en laissant la porte ouverte aux autres.
Il a évoqué le besoin de trouver une solution au défi migratoire, en gardant à l'esprit qu'à l'avenir, la migration sera surtout de nature économique, sans dire si cette politique devait faire l'objet d'une intégration différenciée. Il a aussi posé la question du bien-fondé des politiques d'austérité économique, même pour les pays « comme l'Allemagne » ayant soutenu cette stratégie, faisant remarquer que l'UE était la zone géographique où l'endettement public est « de loin » le plus faible par rapport à d'autres zones comparables.
Pour l'ancien Premier ministre suédois, Fredrik Reinfeldt, l'UE commettrait « une erreur », si elle devenait un ensemble à la chinoise, caractérisé par le capitalisme d'État et l'absence de liberté d'expression ou si elle ressemblait aux États-Unis d'aujourd'hui, gouvernés par un nationaliste pour qui les relations internationales sont basées sur des transactions et non sur des valeurs.
« Le problème principal de l'Europe, c'est l'attaque aux libertés fondamentales », a-t-il considéré.
Le ministre polonais des Affaires étrangères, Jacek Czaputowicz, a appuyé M. Reinfeldt sur l'importance de défendre « le libéralisme économique » dans l'UE contre le protectionnisme que représentent, par exemple, les règles encadrant le détachement des travailleurs. Il s'en est démarqué concernant les libertés sociétales, estimant que les Polonais étaient contre le mariage homosexuel.
Le dirigeant polonais a regretté « les doubles standards » dans la surveillance des règles européennes, notamment sur le plan budgétaire et celui des valeurs fondamentales. D'après lui, la procédure 'article 7' sur le respect de l'État de droit dans son pays a fait l'objet d'une « politisation », le ministre critiquant l'action du vice-président de la Commission, Frans Timmermans. Mais elle n'aboutira à aucune sanction, puisque suffisamment d'États membres partagent l'idée qu'il n'y a pas de problème d'État de droit en Pologne.
Comme M. Reinfeldt, la secrétaire d'État croate aux Affaires européennes, Andreja Metelko-Zgombić, a soutenu M. Czaputowicz sur la question des « doubles standards » dans l'application des règles. Elle a prôné une action vigoureuse de l'UE en faveur de la compétitivité et de la cohésion socio-économique. (Mathieu Bion)