Le négociateur de l’Union européenne pour le Brexit, Michel Barnier, a rencontré une deuxième fois cette semaine son homologue britannique, Stephen Barclay, ainsi que le procureur général britannique, Geoffrey Cox, jeudi 21 février. Par ailleurs, de nouvelles rencontres auront lieu la semaine prochaine, a indiqué la Commission à l'issue de ces entretiens.
Plus tôt, M. Barnier avait aussi reçu Jeremy Corbyn, le chef du parti Labour, qui lui avait exposé ses vues sur la future relation entre l'Union européenne et son pays, notamment sur un éventuel maintien du Royaume-Uni dans une union douanière avec l'UE.
Ces nouveaux échanges ont suivi ceux menés la veille par le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, et le Premier ministre britannique, Madame Theresa May. Dans une déclaration commune, les deux dirigeants s’engagent à poursuivre les discussions en vue d’apporter des garanties et assurances légales sur la nature « temporaire » du filet de sécurité ('backstop') pour l'Irlande. Ces assurances juridiques devront convenir aux deux parties, alors que les Vingt-sept refusent toute réouverture de l'accord de retrait britannique qu'ils ont agréé avec Mme May, mais que le Parlement britannique a rejeté mi-janvier.
La dirigeante britannique a aussi pris acte de la lettre envoyée par les présidents Tusk et Juncker le 14 janvier avant le vote décisif du Parlement britannique (EUROPE 12172). Cette lettre insistait déjà sur le caractère temporaire de la police d’assurance qu'est le 'backstop', celle-ci n’ayant à s’appliquer qu’en dernier ressort faute d'accord de libre-échange bilatéral fin 2020.
Mme May et M. Juncker ont aussi évoqué la possibilité de préciser le rôle que pourraient jouer des arrangements alternatifs ('alternative arrangements') au filet de sécurité ainsi que les « ajouts ou modifications » qui pourraient être apportés à la déclaration politique sur les relations bilatérales futures annexée à l'accord de retrait britannique. Les deux dirigeants se reverront avant fin février.
Pour le moment, ces échanges n'ont pas encore permis de forger une majorité ou de faire basculer les choses au Parlement britannique, mais le ministre des Finances britannique, Philip Hammond, s'est dit convaincu, jeudi sur la BBC, qu'une « percée » interviendrait dans les « prochains jours ».
Timmermans : défendre l'intégrité du marché unique
Lors de la conférence Ideas Lab du cercle de réflexion CEPS (voir autre nouvelle), le vice-président de la Commission, Frans Timmermans, a dit que la Commission était prête à se pencher sur d'éventuelles « idées » britanniques pour améliorer la déclaration politique sur les futures relations post-Brexit entre l'UE et le Royaume-Uni.
Mais « nous ne pouvons pas mettre en danger l'intégrité du marché intérieur », en prenant le risque qu'une fois le Royaume-Uni redevenu un pays tiers, n'importe quelle marchandise entre sans contrôle en Irlande via l'Irlande du Nord, a-t-il indiqué, citant l'exemple du « poulet chloré ». Et d'insister : « Nous devons être certains que les produits entrant dans le marché intérieur respectent les règles de l'UE. » Et d'appeler les députés britanniques pro-Brexit tenants d'une ligne dure à prendre leurs responsabilités pour empêcher une remise en cause de l'Accord du Vendredi saint en Irlande du Nord.
Quant à la participation des Britanniques aux élections européennes, cela sera inévitable, si le Royaume-Uni et l'UE prolongent les négociations menant au Brexit au-delà de la date des élections, selon M. Timmermans, faisant référence aux avis des services juridiques de la Commission et du Conseil de l'UE allant dans ce sens. (Solenn Paulic avec Mathieu Bion)