Le Royaume-Uni espère parvenir à une avancée dans les négociations sur le Brexit lors du sommet de l’UE prévu la semaine prochaine, mais les responsables à Bruxelles relativisent ses attentes.
Pour commencer, la réunion ne prévoit pas de débat sur le Brexit. Le 19 septembre, le Premier ministre britannique, Mme Theresa May, communiquera les dernières informations à ses homologues à la fin d’un dîner essentiellement consacré à la migration. Ce n’est que le lendemain, au cours d’un déjeuner, que les 27 autres dirigeants entendront le négociateur en chef de l’UE, Michel Barnier, et débattront du sujet.
Ensuite, très peu de progrès ont été réalisés sur le traité de sortie, de sorte que l’UE n’est pas disposée à prendre la moindre initiative dans le dossier de la future relation qui représente le principal enjeu pour les Britanniques. Le blocage se poursuit donc. Dominic Raab, le ministre britannique chargé du Brexit, a déclaré vendredi (à la suite d’un entretien téléphonique avec M. Barnier) que les négociateurs « se rapprochent de solutions réalistes », mais a reconnu que « certaines divergences essentielles subsistent ».
Enfin, Theresa May commence à manquer de bonne volonté, aussi bien sur la scène nationale qu’européenne. Tout espoir de la voir reprendre en main les négociations est donc illusoire. « Nous avons cessé de nous demander si Mme May sera encore là », a déclaré un haut fonctionnaire de l’UE à The B-Word. « Le véritable enjeu est le suivant : peu importe ce que nous négocions avec le Royaume-Uni, y aura-t-il une majorité pour l’appuyer [à Westminster] ? ».
Le côté positif, c’est que nous avons assisté à un réchauffement des relations. M. Raab a insufflé une nouvelle énergie dans les négociations. M. Barnier a, quant à lui, souligné davantage de côtés positifs aux idées soumises par les Britanniques pour l’avenir. Le président de la Commission, Jean-Claude Juncker, l’a appuyé dans son discours sur l’état de l’Union cette semaine, en déclarant que le Royaume-Uni « ne sera jamais un pays tiers ordinaire » après le Brexit, et a qualifié le plan de Chequers de bon « point de départ ».
Le changement de ton est important, car c’est au cours des prochaines semaines que les responsables de la Commission commenceront à rédiger la déclaration sur la future relation. Ce document s’appuiera largement sur les lignes directrices publiées par les dirigeants de l’UE lors d’un sommet tenu en mars, au cours duquel un accord de libre-échange en franchise de droits a été proposé, assorti d’accords parallèles en matière de défense, de criminalité transfrontalière, de données et de recherche.
Un accord de libre-échange est une solution que le Royaume-Uni peut appuyer. Le Livre blanc du gouvernement publié en juillet évoque une « zone de libre-échange » en franchise de droits. Cependant, ses autres suggestions (selon lesquelles le Royaume-Uni percevrait des droits au nom de l’UE et divergerait de quelques-unes de ses règles) ont été rejetées. Un très haut fonctionnaire de l’UE a ajouté que le Royaume-Uni n’a pas encore accepté la « réalité, à savoir que Brexit, ça dit bien ce que ça veut dire ».
Le défi pour la Commission consistera à vendre l’accord de libre-échange au Royaume-Uni, non seulement aux partisans du Brexit, mais aussi à ceux du maintien (qui en voudront plus), ainsi qu’aux gouvernements de l’UE particulièrement nerveux sur le sujet (notamment la France et l’Allemagne) et qui souhaitent une sécurité juridique en la matière.
Pendant ce temps, à Londres, la crainte d’une « absence d’accord » règne toujours.
Le gouvernement a publié une trentaine de nouvelles notes préparatoires, prévenant les citoyens que, sans accord sur le Brexit, ils seront confrontés à certaines restrictions pour voyager dans l’UE avec leur passeport britannique. Le ministre des Transports, Chris Grayling, a également écrit à ses homologues européens pour leur demander des assurances quant au fait que les avions, les trains et les transporteurs routiers pourront circuler librement dans l’éventualité d’un échec des négociations. Toutefois, l’avertissement le plus saisissant en cas « d’absence d’accord » provient du gouverneur de la Banque centrale, Mark Carney, qui aurait déclaré, lors d’une réunion du cabinet sur le Brexit, que le Royaume-Uni pourrait subir une chute de 35 % des prix de l’immobilier sur une période de trois ans.
À Bruxelles, les ministres des Affaires étrangères et européennes se rencontreront mardi prochain et entendront M. Barnier s’exprimer sur les préparatifs de la Commission en cas d’absence d’accord et sur l’avancée des négociations. À ce stade, ils n’auront toutefois pas grand-chose à débattre. (Version originale anglaise par Sarah Collins)