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Bulletin Quotidien Europe N° 12095
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ÉCONOMIE - FINANCES / Bce

L'opération quantitative easing n'a pas pour but de financer les déficits publics, prévient Mario Draghi

Le président de la Banque centrale européenne (BCE), Mario Draghi, a lancé un avertissement à peine voilé à l'Italie, jeudi 13 septembre, pays de la zone euro où les coûts d'emprunt sont remontés en raison de l'incertitude sur la politique économique du gouvernement Conte. 

« Notre mandat, c'est la stabilité des prix à moyen terme, [...] ce n'est pas de garantir que les déficits des gouvernements soient financés à n'importe quelle condition », a-t-il déclaré, en réponse à certaines voix en Italie qui s'inquiètent de la fin, programmée en décembre, de l'opération de rachat massif de titres essentiellement publics ('quantitative easing' ou QE). 

Lancé pour vaincre le risque de déflation causé par la récession post-crise financière, le QE a aussi permis de ramener à des niveaux historiquement faibles les taux d'intérêt sur la dette souveraine de tous les pays de la zone euro. Si le gouvernement Conte applique tel quel son programme, le risque existe que le déficit italien dérape et que les coûts d'emprunt en Italie remontent encore. 

« Beaucoup de choses différentes ont été dites. Maintenant nous attendons les actes, et le principal d'entre eux sera la Loi de finances et le débat parlementaire qui suivra », a dit M. Draghi, notant au passage que les paroles prononcées avaient déjà fait « des dégâts » auprès des ménages et des entreprises. Et l'ancien gouverneur de Banca d'Italia de noter que l'« épisode italien » n'avait pas eu, à ce stade, de répercussions ailleurs dans la zone euro. 

Alors que le projet de budget italien 2019 sera transmis mi-octobre à la Commission européenne (EUROPE 12091), le président de la BCE s'en tient pour l'heure à l'engagement formulé par M. Conte et plusieurs ministres de respecter le Pacte de stabilité. 

Plus tôt à Paris, le commissaire aux Affaires économiques et financières, Pierre Moscovici, avait évoqué la situation économique et budgétaire italienne. « C'est bien l'Italie qui est pour moi le sujet sur lequel je veux me concentrer avant tout », avait-il dit. Ces déclarations ont déclenché une bourrasque médiatique après qu'elles ont été rapportées comme faisant de l'Italie 'le problème de la zone euro'. 

« Lorsque nous demandons à l'Italie de poursuivre l'assainissement budgétaire, c'est parce qu'il est dans son intérêt de continuer à réduire sa dette publique très élevée, qui pèse sur la capacité du pays à investir au profit de ses citoyens et fragilise la confiance des investisseurs », avait ajouté le commissaire, rappelant au passage que Rome avait bénéficié « de toutes les flexibilités offertes par le Pacte ». 

Arrêt du QE confirmé pour fin 2018

M. Draghi a, par ailleurs, confirmé que, via le quantitative easing, l'institut monétaire acquerra 30 milliards d'euros de titres jusqu'à fin septembre. Au-delà, et si les perspectives de la trajectoire de l'inflation à moyen terme se confirment, le rythme de rachat diminuera à 15 milliards jusque fin décembre, date butoir du QE. 

« Notre politique monétaire restera largement accommodante » via notre politique de réinvestissement des titres arrivant à maturité et le pilotage des anticipations ('forward guidance') sur les principaux taux directeurs, a pronostiqué le président de la BCE. Ces taux resteront d'ailleurs aux niveaux très bas actuels au moins jusqu'à l'été 2019. 

Sur le front économique, M. Draghi a considéré que l'expansion en cours reposait toujours sur une base large. Après deux trimestres consécutifs de croissance à 0,4 % du PIB dans la zone euro, l'institut monétaire a revu légèrement à la baisse ses prévisions de croissance pour 2018 et 2019. Elle table désormais sur une croissance du PIB de 2,0 % en 2018, 1,8 % en 2019 et 1,7 % en 2020. 

Est cité comme risque baissier majeur le « protectionnisme », qui aura, selon l'ampleur du phénomène, un impact négatif sur la confiance et l'organisation de la chaîne de valeur internationale. La vulnérabilité des marchés émergents comme la Turquie ou l'Argentine et la volatilité de certains marchés financiers constituent d'autres sources d'inquiétudes. 

 Sur le front de l'inflation à moyen terme, Mario Draghi a estimé que l'incertitude diminuait. L'institut monétaire a laissé inchangées ses prévisions et continue de tabler sur une hausse des prix à hauteur de 1,7 % en 2018, 2019 et 2020. 

Sur l'annonce, la veille par le président de la Commission européenne M. Juncker (EUROPE 12094), de propositions visant à accroître le rôle de l'euro dans les transactions internationales, le président de la BCE s'est dit intéressé et prêt à participer aux discussions. 

Enfin, interrogé sur le dixième anniversaire de la chute de la banque d'affaires américaine Lehman Brothers, il a souhaité que les régulateurs agissent pour rendre le secteur bancaire parallèle ('shadow banking') aussi robuste que l'industrie bancaire traditionnelle. Et de reprendre à son compte la récente déclaration de son prédécesseur, le Français Jean-Claude Trichet, selon lequel le niveau d'endettement actuel peut faire craindre le retour d'une nouvelle crise. (Mathieu Bion avec Lucas Tripoteau)

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