Refusant à ce stade de tirer tout bilan de son unique mandat à la tête de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker veut mettre à profit les 250 jours avant les élections européennes pour démontrer aux citoyens qu'en étant unie, l'Union européenne - en tant que « souveraineté européenne provenant de la souveraineté nationale » - est capable d'améliorer leur quotidien et obtient de meilleurs résultats sur la scène internationale que des États membres agissant de façon isolée.
« Partager nos souverainetés – là où il le faut – rend chacun de nos États-nations plus fort. Cette conviction qu'unis nous sommes plus grands est l'essence même de ce que veut dire faire partie de l'Union européenne », a-t-il fait valoir mercredi 12 septembre, lors de son discours sur l'état de l'UE.
Basée sur le respect du droit, cette souveraineté européenne, d'après M. Juncker, peut aider à résoudre les difficultés que rencontrent les Européens dans les domaines économique, via l'investissement, ou social, en régulant le marché intérieur. Elle peut contribuer à les protéger des menaces sécuritaires et leur permettre d'affronter le défi migratoire de manière solidaire et ordonnée. Au niveau international, la souveraineté européenne peut aussi permettre aux Européens de défendre leurs principes et leurs valeurs, leurs intérêts commerciaux, et même la planète.
Dévoilant une poignée de nouvelles initiatives législatives à concrétiser d'ici à mai 2019 (voir autres nouvelles), le président de la Commission a estimé que la souveraineté européenne et « le patriotisme éclairé », qui n'est dirigé contre personne, peuvent se nourrir mutuellement.
« Gardons à l'esprit que le patriotisme du 21e siècle est à double dimension, l'une nationale, l'autre européenne, les deux ne s'excluant pas », a dit M. Juncker. En référence peut-être aux récents événements de Chemnitz en Allemagne ou à la montée des thèses populistes dans les États membres, il a prôné une Europe capable de « rester un continent d'ouverture et de tolérance ». Il a loué le « patriotisme éclairé » qui ne déteste pas les autres, tout en fustigeant le « nationalisme borné », qualifié à la fois de « mensonge accablant » et de « poison pernicieux ».
Cette opposition réductrice - entre souveraineté européenne partagée et nationalisme - constitue déjà un sujet d'échauffourées préélectorales sur les scènes politiques européenne et nationale. (Mathieu Bion)