Bloquer les négociations à venir sur le cadre financier pluriannuel (CFP) 2021/2027 « n'est dans l'intérêt d'aucun État membre », a estimé, mardi 28 août à Bruxelles, le commissaire européen au Budget, Günther Oettinger, en référence au bras de fer entre Rome et l'UE sur les migrants (EUROPE 12049).
L'Italie a menacé de bloquer les négociations sur le prochain CFP de l'UE si cette dernière ne répond pas à ses requêtes sur la crise migratoire.
« Il y a de nombreuses raisons pour lesquelles un blocage n'est dans l'intérêt d'aucun État membre », a déclaré M. Oettinger, lors d'une rencontre avec la presse. En cas de non-accord sur le prochain CFP, c’est le budget 2020 qui sera reconduit, a rappelé M. Oettinger. « Ce qui veut dire que les nouveaux défis ne pourront pas être relevés », a mis en garde le commissaire.
Par exemple, c’est dans l’intérêt de l’Italie de renforcer les capacités de l’agence Frontex, a poursuivi M. Oettinger. Sans accord sur le prochain CFP, il n’y aura « pas d'argent pour les 10 000 gardes-frontières prévus » dans la proposition de la Commission sur le CFP 2021/2027. C’est la même chose s’agissant des nouveaux crédits pour la défense européenne (13,5 milliards d’euros proposés).
« Bloquer les négociations, ce n'est pas malin, car c'est mauvais pour tous les États membres, les citoyens, tous les agriculteurs, les chercheurs, et pour la compétitivité » de l'Union européenne, a insisté Günther Oettinger.
Une chance sur deux. La Commission souhaite parvenir à un accord entre les 27 pays de l'UE et le Parlement avant les élections européennes de mai 2019. « Je suis optimiste », a assuré M. Oettinger, qui estime les chances qu'un tel calendrier soit respecté à ‘50-50’. Il espère que le Conseil européen de décembre donnera les impulsions nécessaires en vue d’ouvrir la voie à des négociations intenses jusqu’au printemps 2019.
Le commissaire est d’avis qu’en cas de non-accord avant les élections de mai 2019 il ne sera pas possible (« zéro chance ») de boucler un compromis en 2019 sur le prochain CFP. Il faudra recommencer à négocier début 2020 et le travail risque de ne terminer que vers la fin de l'année 2020. Ce qui veut dire qu’il y aurait des retards dans la mise en œuvre des programmes (cohésion, recherche…), redoute le commissaire au Budget.
En effet, l’accord sur le CFP 2014/2020 sous la Commission de José Manuel Barroso était intervenu le 15 décembre 2013, ce qui a provoqué des retards importants dans les programmes. « 2014 a été une année perdue [en termes de budget]. Il faut tirer les leçons du passé », a conclu M. Oettinger. (Lionel Changeur)