Opposés sur le contenu de la réforme du règlement de Dublin sur l’asile, mais unis dans les idées anti-immigration, les deux hommes forts de l’Italie et de la Hongrie, le ministre italien de l’Intérieur, Matteo Salvini, et le Premier ministre hongrois, Viktor Orbán, ont annoncé ensemble, mardi 28 août au soir à Milan, la constitution d’une alliance européenne contre la migration en vue des élections de mai 2019. Viktor Orbán, qui avait décrit, avant cette rencontre, Matteo Salvini comme son « héros », a par ailleurs désigné Emmanuel Macron comme son « ennemi » en tant que leader des forces politiques qui encouragent l’immigration dans l’UE, a-t-il dit.
Les deux hommes ne siègent pas dans la même famille politique, Matteo Salvini étant rattaché au Front national français et au Parti pour la Liberté de Geert Wilders (dans le groupe Europe des Nations et des Libertés) tandis que Viktor Orbán est affilié au PPE. Interrogé à Milan à l’issue de l’entretien avec son collègue italien, le dirigeant hongrois n’a pas indiqué vouloir quitter le PPE, mais vouloir le « transformer de l’intérieur » et l’amener à suivre ses idées.
Mercredi 29 août, le dirigeant français a, lui, rétorqué, depuis le Danemark, que les deux hommes avaient « raison » de le désigner comme ennemi, si cela signifie combattre les « nationalismes », les « discours de haine » et le repli sur soi.
L’Italien et le Hongrois ont encore insisté mardi soir sur la nécessité de « défendre les frontières contre l'immigration ». « Notre objectif est d'aider là où il y a des problèmes », en Afrique notamment, « pas d'apporter les problèmes chez nous », a déclaré M. Orbán, selon l’AFP. « La Hongrie est la preuve que les migrants peuvent être arrêtés sur la terre ferme », a encore dit M. Orbán. « La mission de M. Salvini est de s'assurer que ces migrants peuvent également être arrêtés en mer », a-t-il ajouté. « J'espère que cette rencontre sera la première d'une longue série pour changer le destin de l'Italie, de la Hongrie et de la totalité du continent européen », a affirmé de son côté Matteo Salvini, qui a par ailleurs annoncé qu’un accord avec l’Allemagne sur la reprise de demandeurs d’asile déjà enregistrés en Italie était imminent. L’Italien s’en était entretenu en juillet à Innsbruck avec son homologue allemand, Horst Seehofer (EUROPE 12061).
Le prochain rendez-vous européen conséquent sera le sommet informel de Salzbourg le 20 septembre. D’ici là, le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, aura prononcé son nouveau discours sur l’état de l’Union, le 12 septembre à Strasbourg, et c’est aussi autour de cette date que devrait être présentée la nouvelle initiative sur l’agence Frontex de garde-côtes et garde-frontières européens, que la Commission entend renforcer. En septembre, le HCR devrait, quant à lui, publier des grandes lignes en vue des mêmes élections européennes, dans lesquelles il devrait à nouveau insister sur la nécessité d’une solidarité entre les États membres en matière de prise en charge des réfugiés et demandeurs d’asile. (Solenn Paulic)