Comme demandé par l’Italie, les ambassadeurs du Conseil politique et de sécurité de l'UE ont commencé à discuter de la question du débarquement des migrants/réfugiés récupérés de l’opération EUNAVFOR Med Sophia, en présence du commandant de l’opération Enrico Credendino.
Les pourparlers, entamés mercredi 18 juillet, se sont poursuivis, vendredi 20 juillet, et continuaient à l’heure de mettre sous presse. La situation est « extrêmement complexe », a décrit une source à EUROPE.
L’Italie ne veut plus être automatiquement le pays de débarquement. « L'Italie considère que les dispositions actuelles de la mission EUNAVFOR ne sont plus applicables », a estimé le ministre italien des Affaires étrangères, Enzo Moavero Milanesi, dans une lettre adressée à la Haute Représentante de l’UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, Federica Mogherini.
Selon le plan d’opération de EUNAVFOR Med Sophia, qui se base sur les règles de l’opération Triton (devenue depuis Themis), le débarquement doit se faire dans le port sûr le plus proche, soit pour Sophia, aux vues de sa zone d’opération, l’Italie. Mais ce pays estime que le plan d’opération de Sophia aurait dû être mis à jour quand l’opération Triton a disparu.
Signe avant-coureur de la crise, il y a quelques semaines, l’Italie avait tergiversé avant d’autoriser un bateau irlandais opérant dans le cadre de l’opération Sophia à accoster sur son territoire. Déjà l’an dernier, la prolongation du mandat de Sophia avait été retardée par Rome qui souhaitait que ses règles de débarquement fussent changées, sans succès.
« Même si l’Italie n’obtenait pas » un changement dans le débarquement, à partir du moment où elle n’autorise plus le débarquement des bateaux, ceux-ci « ne pourront plus opérer », a expliqué une source, ce qui mettrait de fait l’opération en péril. Le mandat de l’opération court jusqu’au 31 décembre 2018 et sa révision stratégique devrait débuter la semaine du 23 juillet.
EUNAVFOR Med Sophia n’est pas à proprement parler une opération de sauvetage, mais, depuis juin 2015, elle a secouru près de 45 000 personnes (en date du 28 juin).
Dans une lettre en date du 19 juillet au Premier ministre italien, Giuseppe Conte, le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, a rappelé que l’UE n’avait pas de compétence pour déterminer le lieu/le port sûr à utiliser pour les débarquements à la suite d'une opération de recherche et de sauvetage en mer.
M. Juncker a précisé que l’opération EUNAVFOR Med Sophia, entre autres, avait « un rôle fondamental pour permettre à la Libye de réaliser des contre-mesures plus efficaces contre l'immigration irrégulière et d'assumer ses responsabilités dans les opérations de recherche et sauvetage en conformité au droit international applicable ». « Il est donc de notre intérêt commun que n'importe quelle modification relative à nos activités en cours soit évaluée avec la meilleure attention », a-t-il ajouté, alors que Rome pousse pour que la Libye ait un rôle plus important dans la lutte contre la migration illégale.
Dans une interview à Bild, publiée le 20 juillet, le Premier ministre libyen, Fayez al-Sarraj, a demandé davantage de moyens pour ses gardes-côtes, dont les méthodes sont critiquées. « Nous sauvons chaque jour des centaines de personnes au large des côtes de la Libye, nos bateaux sont en permanence en mission », a-t-il expliqué, avant d'ajouter : « Nous avons besoin de davantage de soutien financier et logistique afin de pouvoir être encore plus rapides et efficaces dans nos opérations de sauvetage. » (Camille-Cerise Gessant et Carmen García)