Alors que le Royaume-Uni annonce avoir une solution pour éviter une frontière irlandaise après le Brexit, l’UE demande la mise en place de garanties pour parer à un éventuel échec de cette proposition. Les deux parties ne sont manifestement pas sur la même longueur d’onde.
Les négociateurs européens et britanniques doivent se revoir la semaine prochaine pour débattre de la solution « de sécurité » relative à l’Irlande du Nord. Tout l’enjeu consiste à éviter la mise en place de contrôles douaniers et réglementaires à la frontière terrestre avec l’Irlande après le Brexit.
Dans un discours prononcé le 20 juillet, le Premier ministre britannique, Mme Theresa May, a réaffirmé sa volonté « d’intégrer une solution de sécurité juridiquement applicable » dans le traité final de retrait UE-Royaume-Uni. Elle a toutefois insisté sur le fait qu’une solution pouvait être trouvée « par le renforcement de la future relation », soit la « troisième solution » proposée dans le récent Livre blanc britannique (EUROPE 12061). « La balle est désormais dans le camp de l’UE », a-t-elle déclaré à Belfast, « non pas pour en revenir aux anciennes positions qui se sont déjà avérées impraticables, mais pour revoir sa position actuelle ».
Le problème pour les deux parties réside autant dans la forme que dans le contenu.
L'UE tenait la problématique de la frontière irlandaise à l’écart afin d’éviter qu’elle soit détournée dans un futur accord commercial et de pouvoir y recourir comme moyen de pression. Le Royaume-Uni estime pour sa part qu’un futur accord commercial est la seule manière de résoudre cette question.
Mais, selon l’UE, les idées présentées dans le Livre blanc (une zone de libre-échange pour les biens et l’alimentation) ne sont pas envisageables. En écartant les principes d’intégrité et d’indivisibilité des quatre libertés du marché unique, ce document externalise en substance les compétences de l’Union et ne prévoit pas tous les contrôles réglementaires dont l’UE a besoin pour surveiller les biens qui entrent sur son territoire.
Pour l’UE, bien que les contrôles ne doivent pas être réalisés à la frontière, ils doivent être réalisés de manière généralisée afin de garantir des pesticides sans danger, contrôler si les aliments ont été génétiquement modifiés et s’assurer que les biens importés respectent toutes les règles de l’UE relatives à la santé et à la sécurité, au bien-être animal ou à l’environnement. « Nous devons trouver le bon endroit et le bon moment pour effectuer les contrôles », a déclaré Michel Barnier vendredi.
Ainsi, la solution de sécurité exposée dans le texte de l’UE, qui propose de garder l’Irlande du Nord (et non le Royaume-Uni) dans un espace de régulation et de douanes commun avec l’Union, mettrait un terme aux négociations.
Le Royaume-Uni fait face à un problème tout aussi épineux, étant donné que la solution de sécurité de l’UE, qui ne concerne que l’Irlande du Nord, est tout simplement impossible à mettre en œuvre du point de vue politique. En fait, comme Theresa May l’a ajouté vendredi, cette option serait « contraire à l’esprit » de l’accord de paix du Vendredi saint/Belfast de 1998, car elle isolerait la communauté unioniste du reste du Royaume-Uni.
Pour sa part, l’UE se déclare prête à « modifier » sa proposition de sécurité, mais le Royaume-Uni, qui a balayé cette proposition d’un revers de la main, a même cessé d’évoquer sa nécessité. (Version originale anglaise par Sarah Collins)