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Bulletin Quotidien Europe N° 12058
INSTITUTIONNEL / Royaume-uni

Theresa May impose sa ligne de sortie de l'UE et perd dans la foulée les tenants d'un Brexit sans accord

La Commission européenne a indiqué, lundi 9 juillet, qu’elle restait disponible « 24 heures sur 24 » pour négocier la sortie du Royaume-Uni de l’UE avec les négociateurs britanniques alors que trois ministres britanniques et poids lourds du gouvernement ont jeté l’éponge, dimanche 8 et lundi 9 juillet, en raison de leurs trop fortes divergences avec le Premier ministre, Theresa May.

Dimanche soir, c’est en effet le ministre chargé du Brexit, David Davis, qui a annoncé son départ, suivi par Steve Baker, numéro 2 du département du Brexit. Lundi, c’est le ministre britannique des Affaires étrangères, Boris Johnson, qui a démissionné, lui aussi l’un des plus virulents pourfendeurs de la direction prise par Theresa May dans les négociations.

Deux décisions, coup sur coup, qui ont amené Jean-Claude Juncker, lundi, lors de la conférence de presse après le Sommet UE-Ukraine (voir autre nouvelle), à ironiser sur la grande « unité de vues » du gouvernement britannique après le séminaire de Chequers. Les deux ministres ont en effet annoncé leur démission – dès dimanche 8 juillet au soir pour David Davis - alors que le cabinet de Mme May avait, semble-t-il, fini par se ranger, vendredi 6 juillet, derrière un compromis sur la sortie de l’UE à l’issue d’un séminaire à Chequers, résidence de campagne du Premier ministre dans la banlieue de Londres (EUROPE 12057).

David Davis a été remplacé lundi par l’actuel secrétaire d’État chargé du Logement, Dominic Raab, étiqueté lui aussi comme un eurosceptique, mais le nom du successeur de Boris Johnson n’était pas connu à l'heure de notre bouclage.

Le départ du ministre du Brexit ne pose en tout cas pas de problèmes à l’UE, avait expliqué, lundi midi, le porte-parole de la Commission, Margaritis Schinas, qui a répété la disponibilité des négociateurs européens pour reprendre les travaux. Une prochaine session de négociations est d’ailleurs prévue la semaine prochaine. Le départ de Boris Johnson devrait être interprété de la même manière. Mais les démissions de ces deux poids lourds du gouvernement mettent inévitablement la dirigeante britannique sous pression et pourraient la confronter à une nouvelle crise qui pourrait, elle, être un problème pour l’UE et le calendrier retenu.

De son côté, Theresa May avait résumé le résultat du séminaire à Jean-Claude Juncker, dimanche en fin d’après-midi, les deux dirigeants s’étant entretenus au téléphone, a indiqué Margaritis Schinas. Le contenu du compromis trouvé - qui doit encore être traduit par écrit dans un Livre blanc, logiquement présenté jeudi 12 juillet, a confirmé Theresa May lundi soir - porte sur la création d’une zone de libre-échange avec l’UE. « Notre proposition créerait une zone de libre-échange entre le Royaume-Uni et l'UE avec un ensemble de règles communes pour les biens industriels et les produits agricoles », avait expliqué la dirigeante dans un communiqué à l’issue de la réunion, vendredi soir.

Ses propositions reprennent largement les pistes que Mme May avait déjà esquissées le 2 mars dernier lors de son premier discours sur la future relation. Pour la question des douanes, le gouvernement britannique propose d'appliquer à ses frontières « les droits de douane et règles commerciales du Royaume-Uni aux biens destinés au Royaume-Uni, et les droits de douane et règles commerciales de l'UE pour les biens destinées à l'UE », a-t-il répété le 5 juillet. Ce système permettrait d'éviter les contrôles douaniers entre le Royaume-Uni et l'UE et de résoudre la question irlandaise, selon Londres.

Confirmant la fin de la libre-circulation, le gouvernement a redit sa disponibilité pour un système permettant aux citoyens britanniques et de l'UE de « continuer à voyager dans les territoires des uns et des autres », d'y faire des études ou de travailler.

Le pays pourrait aussi participer à des agences européennes et respecter dans ce cadre toute l’architecture de supervision européenne, y compris la Cour.

Commentant les départs du gouvernement May, le président du Conseil européen, Donald Tusk, s’est montré en tout cas à la fois grave et optimiste, notant que les « responsables politiques passent, mais les problèmes qu’ils ont créé pour les gens restent ». Il a regretté que cette « idée du Brexit ne soit pas partie avec David Davis et Boris Johnson, mais qui sait ? ». (Solenn Paulic)

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