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Bulletin Quotidien Europe N° 12048
Sommaire Publication complète Par article 40 / 40
SUPPLÉMENT HEBDOMADAIRE / Bibliothèque européenne

N° 1226

 

***    DUSAN SIDJANSKI, FRANCOIS SAINT-OUEN, CONSTANTIN STEPHANOU (sous la dir. de) : Union de valeurs ? / Union of Values ? La mise en œuvre des valeurs et des principes fondamentaux de l’Union européenne / Implementing the values and fundamental principles of the European Union. Centre d’impression de l’Université de Genève (24 rue du Général-Dufour, CH-1211 Genève 4. Tél. : (41-22) 3797111 – fax : 3791134 – Internet : http://www.unige.ch ). Collection « Publications du Centre de compétences Dusan Sidjanski en études européennes », n°1. 2018, 220 p.. ISBN 978-2-8399-2355-2.

Disciple et ami du penseur suisse Denis de Rougemont, le politologue Dusan Sidjanski a mené une longue carrière académique qui l’a vu notamment fonder le département de science politique de l’Université de Genève. C’est donc tout naturellement que celle-ci a créé en son sein un Centre de compétences en études européennes qui porte son nom depuis 2016. Ce livre, le premier d’une collection qui lui est liée, rend compte d’un colloque organisé en mai de l’année dernière sur le thème des valeurs dont l’Union se veut l’incarnation.

Mais voilà, l’Union européenne est-elle vraiment, comme elle le prétend, une Union de valeurs ? Dans l’affirmative, quelles sont les valeurs qu’elle promeut et, surtout, est-elle capable de les faire respecter par l’ensemble de ses Etats membres ? Qu’en est-il, par exemple, des notions essentielles de solidarité et de cohésion – en particulier lorsqu’on les examine à la lumière de la crise des migrants ou de celle provoquée par l’austérité imposée aux membres de la zone euro depuis dix ans ? D’où, aussi, la question de savoir si la conditionnalité inscrite dans les accords avec les pays tiers ne devrait pas, question de brûlante actualité, être introduite dans les aides structurelles dont bénéficient des Etats membres tels la Hongrie et la Pologne… Telles sont les interrogations auxquelles sont apportées des réponses dans ces pages qui accueillent des contributions écrites soit en français, soit en anglais.

L’ouvrage est structuré en quatre parties. La première, qui s’intéresse aux valeurs et identités, voit d’abord le Pr. Paul Taylor (London School of Economics) montrer que l’Union et les Etats-Unis ne partagent plus, dans les faits, des valeurs parfaitement identiques, Dusan Sidjanski retenant notamment de son propos, dans ses conclusions, « une distinction d’essence entre le respect de la ‘personne’ en Europe et l’affirmation de ‘l’individu’ et de l’individualisme en Amérique ». Pour sa part, Viviane Reding rappelle le combat qu’elle a mené en tant que « premier Garde des Sceaux européen » au sein de la Commission pour assurer le respect des valeurs fondamentales dans tous les Etats membres de l’Union et commente les instruments dont elle a disposé à cette fin, notamment pour gérer, déjà en 2014, le cas hongrois. Pour sa part, François Saint-Ouen se penche sur l’articulation des valeurs européennes et des identités nationales et constate notamment que « le patriotisme constitutionnel européen demeure très théorique », très rares étant les Etats membres prêts à « oser envisager de s’engager, et encore moins de sacrifier quelque chose, au bénéfice de l’Union ».

Intitulée « Solidarités et cohésion », la deuxième partie voit quatre auteurs aborder la crise actuelle à travers quatre axes : i) la solidarité à manifester à l’égard des migrants ; ii) la question des dettes publiques et des politiques d’austérité avec leurs différentes conséquences, notamment sous l’angle des solidarités qui sont impérativement requises pour pouvoir édifier un ensemble européen vivant (le Pr. Constantin Stéphanou arrive à la conclusion que si la zone euro n’est pas transformée « en un véritable espace de solidarité » qui soit guidé par « les exigences d’efficacité économique et de légitimité démocratique », elle ne survivra pas) ; iii) le « modèle social européen » dans lequel Nikos Scandamis (Université d’Athènes et ancien fonctionnaire à la Commission) voit une valeur ultime, mais au besoin instrumentalisée ; iv) la stratégie de l’Union pour l’après 2020 dont le haut fonctionnaire européen Georges Kolyvas présente les éléments principaux.

La troisième partie est, elle, centrée sur le demos, les dérives autoritaires et l’état de droit. Dans un premier temps, Dimitri Chryssochoou (Université Panteion d’Athènes) y défend l’idée que l’Union procède moins d’une logique de construction étatique et d’édification nationale que d’une imbrication originale de l’intégration et des souverainetés, ce qui se traduit par ce qu’il qualifie de « synarchie organisée ». Ensuite, des regards sévères sont portés sur la crise de l’état de droit qui se manifeste en Hongrie et en Pologne. Enfin, le Pr. Nicolas Levrat (Université de Genève) part de l’autonomisation du droit communautaire et, d’autre part, du postulat d’une confiance réciproque entre Etats membres quant à leur respect des valeurs pour développer un raisonnement qui lui fait douter que l’on puisse dire que l’Union assure la promotion de l’état de droit au sens classique. La dernière partie de l’ouvrage voit enfin le Pr. Christian Franck jauger de manière critique la place qui est réservée aux valeurs dans l’action extérieure de l’Union européenne.

Dans les conclusions qu’il tire, le Pr. Sidjanski observe notamment que le fédéralisme bien compris n’est en aucune manière une menace pour les identités, la preuve étant apportée par la Suisse qui, « au lieu d’homogénéiser les identités, a su préserver les diversités des Cantons, des langues et des religions, et des minorités, sans gommer leurs identités particulières ». Il joint sa voix à celles qui, dans l’ouvrage, se sont levées pour stigmatiser les dérives en Hongrie et en Pologne, ce qui l’amène à juger « indécent » que le Parti populaire européen continue à accueillir le parti d’Orbán et à poser cette question cinglante : « Comment un parti démocratique et européen peut-il tolérer un tel virus en son sein ? » A retenir enfin cette mise en garde : « Dans son état actuel de délabrement, l’Union et sa Zone euro ne peuvent se reconstituer pas à pas selon la méthode de Jean Monnet, mais ont besoin d’un saut politique qui implique un ‘renversement de perspective’ », faute de quoi les extrémistes et les nationalistes gagneront définitivement la bataille !

Michel Theys

***    THEODOROS GEORGIOU : Le crépuscule de l'Europe politique. Editions Sakkoulas (23 rue Ippokratous, GR-10679 Athènes. Tél. : (30-210) 3387500 – fax : 3390075 – Courriel : info@sakkoulas.gr – Internet : http://www.sakkoulas.gr ). 2017, 260 p., 20 €. ISBN 978-960-568-702-1.

Dans ce court texte, un homme qui enseigne l'épistémologie des sciences sociales à l'Université Panteion d’Athènes développe des pensées à propos de l’Europe en refusant de les exposer comme un système théorique : elles sont à ses yeux fragmentaires parce que l'Europe n'est pas une entité en soi, elle qui a été transformée en quelque chose de particulier qui s’insère en partie dans le système financier international. Selon la méthodologie de la théorie critique, c’est par conséquent le sujet thématique lui-même qui dicte son traitement théorique et épistémologique. Cet essai contient des textes individuels qui, tous, tentent de comprendre la situation actuelle de l'Europe, l’auteur précisant d’emblée : « Clarifions d'abord ce que nous appelons l'Europe politique. Nous avons à faire à une entité qui a été façonnée dans des contextes historiques spécifiques. Elle a été formée dans l'Europe d'après-guerre et a été institutionnalisés par le Traité de Rome en 1957. L'Europe politique formée après la guerre a ensuite évolué progressivement vers une nouvelle entité appelée une ‘Europe technocratique’ ». Voilà ce qui conduit à l’actuel « crépuscule de l'Europe politique », la transition de la politique vers l'Europe technocratique ayant progressé de manière très sensible au cours des trente dernières années, 1989 avec la chute du Mur et l'effondrement des régimes communistes qui ont constitué un moment charnière de cette évolution. Par conséquent, l’Europe s’unissant n’est plus ce qu’elle était, de nouvelles réalités ayant émergé à la fois dans le sous-système économique et dans le sous-système politique européens comme au plan international.  (AKa)

***    Fedechoses… pour le fédéralisme. Presse fédéraliste (Maison de l'Europe et des Européens, 242 rue Duguesclin, F-69003 Lyon. Internet : http://www.pressefederaliste.eu ). Avril 2018, n° 178, 68 p., 6 €. Abonnement annuel : 30 €.

Devenue récemment quadrimestrielle et s’ouvrant désormais à quelques articles en anglais, cette très battante revue fédéraliste française s’intéresse notamment, dans cette livraison aux défis qui sont à relever par la zone euro (pour le Pr. Dévoluy, ils ne pourront l’être sans « fédération politique »), au Brexit, plusieurs contributions portant aussi sur l’actuelle crise migratoire, tandis que divers sujets spécifiquement fédéralistes y trouvent aussi leur place. Retenons en particulier les leçons de sagesse européenne qui sont donnés par Robert Toulemon. Cet ancien haut fonctionnaire de la Commission ‘coupable’ de penchants fédéralistes juge ainsi que « la question sociale impose aujourd’hui deux exigences : limiter la pauvreté par la solidarité, limiter la richesse par l’impôt », ce qui l’amène notamment à considérer que la substitution de ressources propres aux contributions nationales devrait figurer en tête de l’agenda européen, « ainsi que l’abandon de l’unanimité en matière fiscale et financière, au moins dans le cadre de la zone euro ». Sous la plume de Catherine Vieilledent qui rend compte d’un débat organisé à Bruxelles, le député européen Alain Lamassoure lui donne raison, considérant que c’est « en parfaite violation des traités » que les politiques européennes ne sont plus financées par des ressources propres mais par des contributions nationales. Ce membre du Parti populaire européen en rupture de ban avec son parti national s’indigne au passage que le budget européen actuel soit, en termes réels, diminué d’un tiers par rapport à il y a vingt ans, « à force de décisions politiques non traduites financièrement », ce qui l’amène à plaider en faveur d’un… triplement du budget de l’Union. Mentionnons enfin la contribution que Jean-Guy Giraud consacre à l’élargissement en rappelant qu’il n’a jamais été tenu compte du « quatrième critère de Copenhague », à savoir le fait, acté par le Conseil européen, que « la capacité d’intégration de l’Union à assimiler de nouveaux membres tout en maintenant l’élan d’intégration européenne constitue également un élément important répondant à l’intérêt général aussi bien de l’UE que des pays candidats ». Alors que les négociations d’adhésion sont menées avec six pays des Balkans, il serait bon de se souvenir, exhorte cet ancien président de la section française de l’UEF, que « l’histoire enseigne que l’éclatement des empires est souvent causé par leur extension démesurée qui provoque une perte d’unité et de contrôle de l’ensemble » … (MT)

***    MICHALIS CHRISSOMALLIS : Gouvernance économique européenne. Construire, approfondir les questions de démocratie et la primauté du droit. Editions Nomiki Bibliothiki (23 rue Mavromichali, GR-10680 Athènes. Tél. : (30-210) 3678800 – fax : 3678922 – Courriel : info@nb.org – Internet : http://www.nb.org ). 2018, 328 p., 30 €. ISBN 978-960-622-369-3.

Cette monographie du Pr. Michalis Chrissomallis (droit de l'Union européenne à l’Université Panteion d’Athènes) le voit tenter de cartographier le système de règles, de mécanismes et de procédures mis en place progressivement pour la coordination et la supervision des politiques économiques des États membres de l'Union. Il y examine les dimensions juridiques et institutionnelles de l'évolution de la gouvernance économique européenne depuis la création de l'Union économique et monétaire avec le traité de Maastricht jusqu’à nos jours. De la sorte, il analyse bien sûr les failles d’un système qui s’est révélé incapable de prévenir la crise dans la zone euro, mais aussi ce qui a empêché de faire face à la crise de la dette des États membres et qui s’est traduit in fine par une crise de la gouvernance économique européenne. A cette fin, il décortique notamment les règles contenues dans le « paquet de six mesures législatives », le pacte financier et le Mécanisme européen de stabilité, ainsi que les développements récents dans la mise en place de l'Union bancaire. Au-delà de la présentation d'un système à la configuration extrêmement complexe (traités, droit dérivé de l'Union européenne, dispositions juridiques non contraignantes, accords intergouvernementaux entre les États membres de la zone euro…) adopté le plus souvent en état d’urgence, l’auteur s’emploie à discerner et à comprendre les points de friction que celui-ci a naturellement rencontré avec la démocratie, l’Etat de droit et les droits fondamentaux, avant de passer en revue et d’évaluer les scénarios alternatifs pour une gouvernance démocratique de la zone euro.(AKa)

***    KYRIAKOS KENTROTIS : Football de l'Union européenne. Plus qu'un jeu et qu’une Union. Editions Gutemberg (37 rue Didotou, GR-10680 Athènes. Tél. : (30-210) 3642003 – fax : 3642030 – Courriel : info@dardanosnet.gr). 2017, 216 p., 15 €. ISBN 978-960-01-1776-9.

L'Union européenne est présentée, dans cet ouvrage, sous les traits d’une « équipe qui joue au football depuis des décennies dans les tournois de toutes catégories et dans tous les stades d'Europe et du monde ». Son parcours est retracé dans le contexte d'un match de football, avec tout le rituel et les protagonistes requis. Grâce à l'attrait incontestable du football, une vision différente de l'intégration européenne se dessine et est explorée, bien au-delà des traités, de l'acquis communautaire et de la gestion bureaucratique de l’Union européenne. Professeur à la faculté des études balkaniques de l'Université de Macédoine où il enseigne notamment les relations extérieures de l'Union, Kyriakos Kentrokis voit le « groupe étrange » associant politique et relations internationales sous le prisme de formes et d’exemples du football illustrés de manière lyrique par l’écrivain uruguayen Eduardo Galeano et sa surévaluation de l’équipe de Barcelone. Partant des « slogans » respectifs de l’Union et de l’équipe catalane, « Unis dans la diversité » et « Plus qu’un groupe », l’auteur observe les changements qui sont intervenus dans la nature et le contenu de leurs identités au fil du temps. Comme le souligne Galeano, « le football occupe une place importante dans la réalité latino-américaine, parfois la plus importante, bien que cela soit ignoré par les idéologues qui aiment l'humanité mais n'aiment pas les gens ».  (AKa)

*** La prochaine Bibliothèque européenne N° 1227, sera publiée le mardi 4 septembre

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