login
login
Image header Agence Europe
Bulletin Quotidien Europe N° 12010
Sommaire Publication complète Par article 19 / 36
ACTION EXTÉRIEURE / Turquie

Il faut plus de promesses de dons et moins de discours pour aider les Syriens, selon Recep Akdağ

À Bruxelles pour assister à la conférence sur la Syrie, le vice-premier ministre turc, Recep Akdağ, a accordé, mercredi 25 avril, fait le point pour EUROPE sur la crise syrienne, et sur les relations entre son pays et l’Union européenne. (Propos recueillis par Camille-Cerise Gessant)

Agence Europe - Lors de la Conférence sur la Syrie (EUROPE 12008 et 12009), vous avez dit que la communauté internationale avait échoué au test de partage du fardeau et des responsabilités. Pourquoi? Que doit faire la communauté internationale?

Recep Akdağ - La Turquie a dépensé 31 milliards de dollars au cours des sept ou huit dernières années pour les réfugiés syriens. Nous avons 3,5 millions de réfugiés.

Bien sûr, ce genre de réunion est utile, mais je ne pense pas que la communauté internationale, en particulier les pays riches, assume le fardeau concernant ce dont le peuple syrien a besoin. La Turquie est le plus grand pays donateur à travers le monde, les États-Unis sont deuxièmes. Notre PIB et celui des États-Unis et de certains pays européens ne sont pas comparables. Oui, ils ne prennent pas la responsabilité nécessaire.

Je demande plus de promesses et moins de discours. 

Que devrait-on faire pour que le régime d’Assad et l'opposition syrienne s'assoient autour de la table des négociations?

Tout d'abord, la communauté internationale doit faire pression sur le régime pour que le peuple syrien puisse avoir des élections équitables sans aucune pression du régime. Ce sera la vraie solution. (...) La fin de l'histoire devrait être la démocratie. 

Mais c'est toujours un pays en guerre. Comment est-il possible d'avoir des élections dans ce contexte?

L'ONU, les pays puissants, l’UE peuvent pousser le Conseil de sécurité des Nations Unies, pousser le régime. Je ne pense pas que le pouvoir du régime en lui-même soit suffisant pour maintenir la situation comme il l'entend. 

La Russie doit donc être impliquée…

Bien sûr. Les pourparlers entre la Russie, la Turquie et l'Iran sont très utiles. Généralement, pour autant que je le comprenne, l'UE et les pays européens ne veulent pas être impliqués dans le processus. Ils veulent juste faire de l’aide humanitaire, un peu, c'est tout. 

La Haute Représentante de l’UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, Federica Mogherini, et l’envoyé spécial de l’ONU pour la Syrie, Staffan de Mistura, ont demandé aux trois pays garants de faire plus pour l’apaisement des tensions. Que pouvez-vous faire de plus? L'opération turque à Afrin ne contredit-elle avec l'engagement pris à Astana?

L'opération à Afrin n'est pas une sorte d'opération d'escalade, mais simplement une lutte contre des groupes terroristes. (...) Il y a un groupe terroriste, Daech, en Syrie, nous appelons le régime ‘groupe terroriste’ et il y a un autre groupe terroriste, lié étroitement au PKK, le YPG.

Beaucoup de pays de l'UE - pas tous - pensent que si aucun groupe terroriste ne les touche pas, il faut les laisser tranquilles. Ce n'est pas juste et tous les pays d'Europe devraient le savoir. Peut-être qu'ils ne les touchent pas maintenant, mais vous pouvez être sûrs qu'ils les toucheront demain.

Il ne devrait donc pas y avoir de différence entre les groupes terroristes (...). Nous devrions tous les considérer comme des terroristes et nous battre contre eux en coordination, en coopération et avec de la solidarité (...).

Nous avons été attaqués depuis longtemps via Afrin par le PYD, le YPG, nous devions le faire [l’opération, NDLR] et chaque fois que nous ferons face à quelque chose de similaire, nous le ferons. Il n'y a pas d'autre moyen pour nous. Nous avons 900 kms de frontière avec la Syrie. C'est une question de sécurité. 

Et à propos de l’apaisement des tensions en général?

Il est nécessaire de s'assoir et d'intensifier le dialogue entre les parties, puis de travailler ensemble. Je ne pense pas que ce soit simplement un conflit à l’intérieur de la Syrie. Il y a d'autres parties, d'autres pays, mais le seul moyen est d'intensifier le dialogue. 

Vous avez aussi demandé à l'UE de respecter son engagement pris dans la déclaration du 18 mars 2016, en particulier en ce qui concerne la libéralisation des visas. Qu'attendez-vous de l'UE ?

Nous avons fait notre travail. L'UE devrait faire le sien, c'est tout.

Les mouvements irréguliers de réfugiés de la Turquie vers l'Europe ont fortement diminué depuis octobre 2015, passant de 7 000 à moins de 50 par jour.

Imaginez que la Turquie abandonne ses efforts permanents. Que se passerait-il? La mer Égée redeviendrait une route de migration irrégulière. Vous savez à quel point c'est important pour les pays de l'UE.

Comparée à cela, cette question de visa est un problème mineur. Les pays européens et l'UE devraient comprendre que la relation devrait être 'gagnant/gagnant', et pas à sens unique. 

Maintiendrez-vous votre engagement envers l’UE, celle-ci ne respectant pas les siens?

Nous tenons nos engagements. 

Vous avez parlé d'une solution gagnant/gagnant. Lors de la présentation du rapport sur les progrès en Turquie, le commissaire Hahn a déclaré que la Turquie s'était « beaucoup éloignée de l'UE ». Est-ce vrai? 

Nous avons dû faire face à une tentative de coup d'État le 15 juillet 2016 et, parmi les personnes qui ont tenté ce coup, beaucoup vivent en Europe maintenant.

Quel genre d'alliés y a-t-il là-bas? Ce n'est pas acceptable.

En une nuit, 251 de nos citoyens ont perdu la vie. (...) Ensuite, les Européens nous reprochent des écarts. 

Nous essayons de nous impliquer, mais nous croyons que nous avons fait notre travail, l'UE devrait faire le sien. Si les Européens le veulent, nous serons réunis, s'ils ne le veulent pas, nous ne le serons pas. C'est tout. 

La Turquie est un pays puissant, une économie en croissance, avec une très jeune génération avec un futur brillant. Nous savons que nous avons des difficultés et tous nos alliés le savent. Nous sommes sensibles à la démocratie, aux droits démocratiques, entre autres choses. Nous voulons que nos alliés soient aussi sensibles à ce que nous pensons des groupes terroristes.

Nos terroristes sont des terroristes. Tant que les groupes terroristes ne les touchent pas, ils pensent qu'on peut laisser ces groupes toucher la Turquie. C'est inadmissible. 

Que doivent faire l'UE et la Turquie pour améliorer leurs relations?

De nouveau, dialoguer et essayer de se comprendre. Je crois que nous avons besoin de l'Europe et que l'Europe a besoin de la Turquie.

Nous ne pouvons pas considérer la Turquie comme un pays parmi d’autres. C'est un pays important pour la région et nous avons besoin l'un de l'autre. Quand les Européens comprendront ces besoins mutuels, je crois que la relation s'améliorera beaucoup. 

Sommaire

INSTITUTIONNEL
POLITIQUES SECTORIELLES
ÉCONOMIE - FINANCES - ENTREPRISES
ACTION EXTÉRIEURE
COUR DE JUSTICE DE L'UE
BRÈVES
CORRIGENDUM