Le commissaire européen chargé de l’Union de la sécurité appelle l’Union européenne à mieux se protéger contre la désinformation, surtout dans la perspective des prochaines élections européennes. D’après le Financial Times, Julian King aurait adressé un courrier à son homologue pour l'Économie et la société numériques, Mariya Gabriel, plaidant pour une approche ferme.
Il y défend en particulier davantage de transparence dans les algorithmes que les plates-formes utilisent pour promouvoir certaines informations, des limites pour l’agrégation d'informations personnelles à des fins politiques et la divulgation par les entreprises de technologie des sources de financement de ‘contenus sponsorisés’ sur leur site web. Toujours selon le journal, le commissaire britannique soutiendrait une approche « plus contraignante » que la simple « autoréglementation », ce qui comprendrait notamment « des indicateurs de performance définis clairement et soigneusement ».
Cambridge Analytica dans le viseur
Le courrier, daté du 19 mars, fait suite au scandale Cambridge Analytica (EUROPE 11990). Pour rappel, l’entreprise est accusée par le lanceur d'alerte Christopher Wylie d'avoir utilisé les données privées de 50 millions d'utilisateurs de Facebook et d’avoir joué un « rôle crucial » dans le vote en faveur du Brexit. Les « activités de ciblage psychométrique » comme celles de Cambridge Analytica ne sont qu'un « aperçu des effets profondément perturbants qu'une telle désinformation pourrait avoir sur le fonctionnement des démocraties libérales », écrit Julian King, qui bénéficierait, selon le FT, du soutien des autres commissaires.
Une communication prévue fin avril
La Commission européenne prépare actuellement une initiative sur la désinformation prévue pour fin avril. C'est dans ce contexte que s'inscrit le courrier du commissaire King, nous explique la Commission : il s'agit de sa contribution aux réflexions de l'équipe de projet chargée de la lutte contre la désinformation.
On ne sait pas grand-chose à l'heure actuelle sur le contenu de cette initiative. A priori, il s'agira d'une communication, donc, d'un document non législatif. Lors de la présentation des conclusions du groupe d'experts sur les fausses informations et la désinformation en ligne (qui prônait l’autoréglementation), le 12 mars, la commissaire Mariya Gabriel avait clairement affiché son opposition à une législation européenne. « Depuis le début, notre approche multidimensionnelle et multipartite est basée sur l’autoréglementation. Il faut rester cohérent avec notre approche du début : nous avons dit 'donnons-nous le temps de travailler sur les définitions, sur les mesures qui existent déjà et celles qui pourraient faire l'objet d'un travail commun' », avait-elle alors déclaré. Mais le scandale Cambridge Analytica pourrait bien pousser la Commission à se montrer plus ferme.
Selon une récente enquête Eurobaromètre, 83 % des personnes interrogées (environs 26 000) estiment que les fausses informations représentent un danger pour la démocratie (EUROPE 11979). (Sophie Petitjean)