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Bulletin Quotidien Europe N° 11993
Sommaire Publication complète Par article 20 / 20
SUPPLÉMENT HEBDOMADAIRE / Bibliothèque européenne

N° 1216

***    JEAN-LOUIS GUIGOU, PIERRE BECKOUCHE : Afrique-Méditerranée-Europe. La Verticale de l’avenir. Editions Nevicata (42 av. du Général de Gaulle, B-1050 Bruxelles. Tél. : (32-2) 6478378 – Courriel : info@editionsnevicata.be – Internet : http://www.editionsnevicata.be ). Collection « L’âme des peuples ». 2017, 102 p., 9 €. ISBN 978-2-8752-3111-6.

S’ils sont au crépuscule de leur vie professionnelle, Jean-Louis Guigou et Pierre Beckouche n’en restent pas moins des bâtisseurs d’avenir. Et pour que cet avenir soit le meilleur possible, ils n’hésitent pas à s’affranchir des frontières mentales que dicte le réalisme à courte vue : dans ce petit livre de prospective, ils invitent l’Europe, le Maghreb et l’Afrique dans son ensemble à dessiner ensemble un avenir commun, comme le président Kennedy l’avait fait à sa manière avec son discours de 1960 sur la « Nouvelle Frontière » qu’il se proposait d’assigner aux Américains.

Fondateurs de l’Institut de prospective économique du monde méditerranéen (http://www.ipemed.coop ) qui a pour objectif de rapprocher les deux rives de la Méditerranée, nos deux hommes ont la conviction – elle est récente dans son cas, explique le Pr. Beckouche dans son avant-propos – qu’on ne peut « plus se limiter à l’espace euroméditerranéen sans l’élargir à l’Afrique ». C’est carrément une intégration régionale dans la Verticale de cette portion du monde qui se trouve prônée avec méthode est passion. Et qui dit intégration dit bien intégration, en aucun cas « une sorte de dilatation de l’Union européenne vers son Sud », mais bien « une association paritaire de ces trois grands espaces géographiques ».

Certains pourraient naturellement être tentés de ne voir dans cette invitation qu’une simple utopie sans avenir concret. A bien y regarder, les deux compères avancent pourtant des arguments assez solides pour ébranler le scepticisme du lecteur et l’amener à penser que leurs idées ne sont pas aussi irraisonnables qu’il y paraît. On en arriverait même plutôt à considérer que c’est ne pas les prendre en compte qui serait carrément... déraisonnable. Par exemple, ont-ils tort lorsqu’ils observent que cette région prise dans sa verticalité, englobant le Nord et le Sud comme dans un « quartier d’orange » planétaire, « recèle (...) toutes les solutions pour faire face aux transitions démographique, économique, technologique, énergétique et climatique » ? Se trompent-ils quand ils rappellent que cet ensemble représentera un marché gigantesque de 3 milliards de personnes en 2050, soit « 2 milliards en Afrique subsaharienne où les classes moyennes explosent, 500 millions dans les pays du Sud et de l’Est de la Méditerranée, et 500 millions en Europe » ? Délirent-ils dès lors lorsqu’ils avancent que cette grande région « peut apporter aux Européens la prospérité et la sécurité » et, mieux encore, que « la place de l’Europe dans le monde passe par la réussite de l’intégration avec son Sud » ?

Jean-Louis Guigou et Pierre Beckouche sont-ils dans l’erreur lorsqu’ils laissent entendre que s’ouvrir à leur utopie protégerait mieux les Européens des « miséreux » et des « migrants climatiques », du radicalisme et de l’insécurité que les barbelés dont ils aiment actuellement s’entourer ? Cette utopie n’est-elle pas, tout au contraire, gage de progrès et de bienfaits pour chacune des régions concernées ? Les Européens ne pourraient-ils pas, en cessant d’envisager comme aujourd’hui leur environnement géographique sous l’angle du seul libre-échange régional mais en s’engageant sans arrière-pensées dans un partenariat entre égaux au service d’un « développement productif, inclusif et durable », en arriver « à retourner de manière positive le fantasme des risques d’invasion » et, par conséquent, « à retrouver les chemins de la confiance au lieu du repli derrière les barbelés » ? Les sud-Méditerranéens ne puiseraient-ils pas dans cette entente verticale les raisons et les moyens « de tordre le cou à la dérive fascisante de l’islam radicale » et de tourner enfin « le dos à plusieurs siècles d’humiliation et de déclin » ? Avec les immenses richesses de leur continent, les Africains ne trouveraient-ils pas alors enfin la méthode leur garantissant un vrai développement économique et social en devenant même « la locomotive de ce qui peut devenir la première région mondiale » ? Au fil des pages, les auteurs tentent de montrer qu’est venue « l’ère des grandes régions Nord-Sud », que le « G2 » américano-chinois n’attendra pas les Européens et qu’il serait judicieux pour eux d’oser enfin « répondre au monde de Donald Trump » en se persuadant que la Méditerranée pourrait accoucher d’un « dragon européen » pour peu qu’ils acceptent de « se projeter à l’extérieur pour retrouver une dynamique à l’intérieur ». Force est de constater qu’ils se révèlent convaincants, ce dont témoigne notamment Miguel Angel Moratinos dans un entretien qui ponctue ce livre, à côté de propos tenus par un représentant économique de chacun des deux autres espaces.

Michel Theys

***    KOSTAS VERGOPOULOS : La nouvelle tourmente mondiale. Editions Gutemberg (37 rue Didotou, GR-10680 Athènes. Tél. : (30-210) 3642003 – fax : 3642030 – Courriel : info@dardanosnet.gr). 2017, 229 p., 9 €. ISBN 978-960-01-1857-5.

Enseignant l’économie politique dans les Universités Sorbonne (Paris VIII) et Panteion (Athènes), mais aussi expert international auprès des Nations Unies et de l'Union européenne et chroniqueur régulier pour plusieurs journaux dans le monde, le Pr. Kostas Vergopoulos ouvre son dernier livre avec un constat implacable  : « La tragédie grecque moderne, avec ses dimensions cauchemardesques des sept dernières années, peut être édulcorée par le spectacle impitoyable du reste du monde, en particulier de l'Europe avec sa persévérance irrésistible sur le chemin de sa perte. Cette impasse, grecque, européenne et mondiale, n'était pas nécessaire et reste ‘contre-productive’ pour tous »... Comme l’explique l’auteur, avec le retrait des Etats-Unis et de la Grande-Bretagne de l'Europe et de la mondialisation, le monde ne devient pas plus stable, flexible et indulgent, surtout pour les petits pays, mais bien plus cruel et impitoyable pour tous. Les rivalités économiques se transforment en tensions géopolitiques d’une intensité plus élevée. La carte du monde qui prévaut désormais est au-delà du droit international, basée sur des relations de pouvoir bilatérales. Dans les chapitres du livre, il explique pourquoi la mondialisation se trouve dans une impasse avant de comparer les systèmes de l’Europe et de l’Amérique latine. Il consacre aussi deux chapitres à la crise nutritionnelle planétaire, expliquant tour à tour comment la question de la nutrition se pose aux États-Unis, la financiarisation de la nourriture, le tsunami nutritionnel, le changement climatique et ses impacts sur les systèmes alimentaires, la question de la nutrition face à l'avenir du capitalisme. Il faut noter que des tableaux comparatifs sur les économies de différents pays du monde complètent utilement l’ouvrage. (AKa)

***    APOSTOLIS FOTIADIS : Les commerçants des frontières. La nouvelle architecture de supervision européenne. Editions Potamos (48 rue Xenokratous, GR-10676 Athènes. Tél. : (30-210) 7231271 – fax : 7254629 – Courriel : info@potamos.com.gr – Internet : http://www.potamos.com.gr ). 2016, 196 p., 12 €. ISBN 978-960-545-053-3.

La politique migratoire européenne officielle est de plus en plus interprétée comme une question de sécurité et est étroitement liée à la militarisation rapide des frontières extérieures de l'Union. Il s’agit d’une doctrine qui, selon l’auteur de ce livre, est désormais pleinement assimilée par les technocrates européens, sa mise en œuvre étant de plus en plus façonnée pour servir les intérêts du complexe militaro-industriel qui produit des produits et des services de sécurité. Journaliste indépendant spécialiste des questions européennes et correspondant à Athènes de l’agence de presse Inter Press Service, Apostolos Fotiadis s’emploie à montrer de quelle manière l'Union européenne agit en ce sens, discernant entre autres des programmes de surveillance grandioses et coûteux des frontières de l'Europe, des discriminations institutionnelles et différentes techniques pour contourner le contrôle des pouvoirs aux niveaux national et européen. A ses yeux, l'absence de contrôle politique et démocratique des projets d'une élite post-démocratique est profondément dérangeante et problématique. Plus choquant encore est l'ignorance des citoyens européens de tout ce qu’il se passe aux frontières de l'Europe. D’où sa décision d’écrire ce livre pour inviter tous les citoyens européens à mieux s’informer et à s’investir dans le débat public afin qu’il soit mis fin aux dérives sécuritaires...   (AKa)

***    LOLA RAICH : Africa in 21st Century US and EU Agendas. A Comparative Analysis. Peter Lang (42 Schlüterstraße, D-10707 Berlin, Allemagne. Tél. : (49-30) 232567900 – fax : 232567902 – Courriel : order@peterlang.com – Internet : http://www.peterlang.com ). Collection « Internationale Sicherheit », n° 11. 2016, 250 p., 42 €, 34 £, 54,95 $. ISBN 978-3-631-67247-1.

Comment le continent africain a-t-il figuré dans les programme de politique étrangère de l’Union européenne et des Etats-Unis depuis le début de ce siècle ? Existe-t-il des décalages entre une rhétorique qui prétendait avoir haut placé l’Afrique sur les agendas politiques et la réalité ? Dans l’affirmative, quelles en sont les raisons ? Quelle place la paix et la sécurité en Afrique ont-elles pris dans ces deux politiques étrangères ? Pourquoi les politiques de paix et de sécurité que sont l’Africa Command américain – qui a été tellement décriée par les Africains – et le Partenariat stratégique conjoint Afrique-Union européenne ont-elles été perçues de manière si différente alors qu’elles visaient la même chose : « soutenir l’Afrique dans la prise en charge de ses propres problèmes de sécurité ? ». Les Etats-Unis et l’Union ayant choisi une approche différente, quelle est celle qui s’est révélée la plus appropriée pour le contexte africain et qui a offert des solutions pragmatiques ? Comment ces politiques ont-elles été mises en œuvre jusqu’à présent ? Telles sont quelques-unes des questions auxquelles la politologue Lola Raich, aujourd’hui enseignante à l’Université de Vienne, apporte des réponses dans cet ouvrage qui est le prolongement d’une thèse de doctorat. (PBo)

***    MARILENA KOPPA : La politique commune de sécurité et de défense. L'histoire, les institutions, les stratégies. Editions Patakis (38 Panayi Tsaldari, GR-10437 Athènes. Tél. : (30-210) 3650000 – fax : 3811940 – Courriel : bookstore@patakis.gr – Internet : http://www.patakis.gr ). Collection « Sciences sociales et politiques ». 2017, 376 p., 18,80 €. ISBN 978-960-16-7246-5.

Quelle est la Politique européenne de sécurité et de défense commune ? Comment a-t-elle pris forme jusqu’au Traité de Lisbonne et quels obstacles a-t-elle rencontré ? Quels sont les outils dont elle dispose et quelle est sa relation avec l'Otan ? Comment l'Union européenne voit-elle son rôle dans le système international ? Est-elle avant tout un grand marché ou se veut-elle être un acteur international ? Quelles sont les implications des choix qu’elle pose ? C’est à ces questions et à bien d’autres encore que la Pr. Marilena Koppa (Département d'études internationales et européennes de l'Université Panteion) apporte des réponses dans cet ouvrage. Celle qui a aussi été élue du Pasok au Parlement européen entre 2004 et 2009 examine le rôle des institutions européennes dans cette Politique et les principaux défis auxquels elle doit faire face. Elle examine aussi la manière dont l’Union élabore une stratégie de défense et de sécurité cohérente et adaptée à un monde qui évolue à un rythme de plus en plus rapide. Sa conclusion est que la Politique commune de défense et de sécurité constitue désormais un aspect important de l'intégration européenne, le but étant d’assurer à terme l'autonomie de décision et d'action de l’Union en ce domaine au cœur de la souveraineté. Ce projet a un parcours difficile et rien ne permet d’assurer, selon l’auteure, qu’il pourra être mené in fine à bon port. (AKa)

***    VASSILIOS KASKARELIS : La tempête parfaite. L’Otan après le 11 septembre. Editions Metaixmio (118 rue Ippokratous, GR-11472 Athènes. Tél. : (30-211) 3003500 – fax : 3003562 – Courriel : metaixmio@metaixmio.gr – Internet : http://www.metaixmio.gr ). 2017, 372 p., 17,70 €. ISBN 978-618-03-0839-6.

Economiste et politologue, Vassilis Kaskarelis est diplomate grec depuis 1974. Au cours de sa carrière, il a été en poste dans beaucoup de points chauds de la planète. Désigné « diplomate de l’année » en 2011 par le World Affairs Council, c’est toutefois les années qu’il a passées à... Bruxelles entre 2000 et 2004 qui l’ont le plus fortement marqué : « Avec des événements coupant le souffle presque chaque jour, les quatre années passées comme Représentant permanent de la Grèce à l'Otan ont été professionnellement très exigeantes et, en même temps, extrêmement intéressantes et trépidantes. J'ose dire que, en particulier, les trois années 2001-2003 ont changé le monde que nous avions connu jusqu'à cette époque. Les attentats terroristes du 11 septembre ont tout changé. Ils ont introduit de nouvelles menaces asymétriques, de nouveaux équilibres internationaux, de nouvelles façons de penser et de nouvelles politiques, de nouvelles méthodes dans les relations diplomatiques et dans la réponse aux crises. En un mot, ils ont renversé toutes les situations préalablement connues. En outre, ils ont créé et renforcé les forces réactionnaires et subversives, en particulier dans le monde arabe, avec des effets durables, très négatifs, que nous vivons aujourd'hui. " Dans ce livre, l’ambassadeur Kaskarelis fait part de la manière dont il a vécu ces quatre années qui ont changé le monde. Il y analyse les principes et les pratiques de la diplomatie internationale, les priorités de la Grèce, le poids des événements et l’importance des gens qui ont la responsabilité de les gérer. Avec un style direct et concis, l'auteur nous transporte dans les coulisses de la grande diplomatie, apporte un peu de lumière sur la manière dont fonctionne l’organisation internationale majeure qu’est l’Otan et expose et analyse les facteurs qui ont façonné la réalité actuelle. (AKa)

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