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Bulletin Quotidien Europe N° 11974
Sommaire Publication complète Par article 25 / 25
SUPPLÉMENT HEBDOMADAIRE / Bibliothèque européenne

N° 1212

*** PAUL JORION : Vers un nouveau monde. Renaissance du livre (1 av. du Château Jaco, B-1410 Waterloo. Tél. : (32-2) 2108914 – fax : 2108915 – Courriel : editions@renaissancedulivre.be – Internet : http://www.renaissancedulivre.be ). Collection « Solidaris », n° 1. 2017, 125 p., 11,90 €. ISBN 978-2-5070-5525-7.

Sociologue en anthropologue ayant notamment prédit la crise des subprimes, Paul Jorion s’est depuis fort longtemps forgé une réputation d’électron libre et plutôt incontrôlable dans les milieux où règne la pensée unique. Ce nouveau livre, inaugurant une collection dont le nom est celui d’une organisation mutuelliste de Belgique francophone, n’arrangera en rien son cas. Plantant résolument ses propos dans les traces laissées par Keynes dans sa « Lettre à nos petits-enfants » publiée en 1929, il y dénonce avec méthode, arguments moraux à l’appui, les maux qui accablent « une société en recul (...) sur le plan humain et solidaire », elle qui se trouve vouée au culte du veau d’or qu’est la « consommation » et qui, dès lors, ploie « sous le signe de la rentabilité et de la visibilité criarde du strass et du clinquant ».

Le ton est donné, et il ne se dément à aucun moment, en tout cas dans la première partie de l’ouvrage qui voit Paul Jorion décrire « le monde tel qu’il est ». Ce monde est celui où l’Homme, du fait de « l’absence d’indexation régulière et cohérente » de son salaire et, par conséquent, de son recours au crédit qui hypothèque son avenir, oscille « entre vivre et survivre ». C’est celui où les rapports de force dans la société « font que le pauvre paie davantage que le riche quand il achète, quand il emprunte et quand il s’assure ». C’est un monde où tout est asservi par les « idéologues ultralibéraux » et où la possibilité de sortir de sa condition par l’emploi et l’éducation est devenu un mirage alors que « l’image du ‘chômeur profiteur’ (...) se banalise » et que celui qui a le bonheur d’avoir un travail se trouve confronté « à une flexibilité infinie ». C’est le piège d’un monde où, pourtant, « le travail à lui seul, en voie de disparition », ne pourra plus être le fondement des existences... C’est un monde aussi où l’Etat a été réduit par l’ultralibéralisme à n’être plus qu’un « Etat veilleur de nuit », seulement chargé d’assurer « la protection de la propriété privée » et les intérêts des possédants. L’auteur parle encore d’une « ‘science’ économique » qui opprime et de « règles comptables » érigées en « Constitution » de notre temps...

N’en jetons plus, tout est réuni, selon Paul Jorion, pour que les citoyens prennent conscience qu’ils ne sont pas seuls à subir ce monde et que, ensemble, ils peuvent changer le cours des choses et amener « le maître absolu, le créancier impitoyable, le capitalisme sous sa forme sauvage présente » à devoir rendre à son tour des comptes pour les méfaits qu’il a commis, son dernier fait d’armes étant d’avoir étendu la colonisation « à l’ensemble de la planète » pour le profit « d’un petit groupe au pouvoir infini ». La deuxième partie du livre voit précisément l’auteur développer dix idées susceptibles de crédibiliser l’indispensable révolte : il invite tour à tour à « casser la machine à concentrer la richesse » (considérant cette concentration « obscène », il suggère d’autoriser « le prêt sans versements d’intérêts pour le crédit à la consommation portant sur l’indispensable »), à remettre en question la définition du salaire comme « coût pour l’entreprise », à frapper d’une taxe le travail des machines, robots et logiciels, à « faire de l’Etat-providence une institution irréversible et intangible », à assurer « la gratuité pour tout ce qui relève de l’indispensable », de restaurer encore « l’interdiction de la spéculation »... Autant d’idées que réprouveront sans nul doute les partisans de l’orthodoxie économiste, mais qu’il a le bon goût d’assortir de propositions précises démontrant que le rêveur a les pieds bien sur terre !

Sans doute Paul Jorion se trompe-t-il parfois, par exemple lorsqu’il fait preuve d’une indulgence mal placée pour le « conspirationnisme » et le « populisme ». Mais est-il dans l’erreur totale quand il dénonce le mauvais sort réservé au projet européen originel par des « autorités centrales européennes, obnubilées par une représentation de l’humanité sous la forme uniquement d’un ‘marché’ ». Au contraire, beaucoup de citoyens devraient plutôt prêter une oreille bienveillante à ses récriminations, par exemple lorsqu’il lance : « Comment invoquer l’idée européenne comme un idéal alors que l’on rejette, comme le font nos dirigeants actuels, le projet d’une fiscalité unifiée à l’échelle de la zone euro ? » A-t-il réellement tort d’estimer que « le projet européen est à revoir, à corriger, à poursuivre, à compléter, mais en l’éloignant de la seule préoccupation qui a été véritablement la sienne » depuis la fin des années 80, à savoir « être un marché », un marché où seuls les plus forts gagnent ? Pour que son acte d’accusation ne soit pas stérile, Paul Jorion l’assortit l’a également de propositions concrètes, celles par exemple de faire de l’euro « l’embryon d’un nouveau système monétaire international » et de mettre en place un « système fiscal unique pour les dix-neuf pays de la zone euro ». La déraison est-elle, dès lors, de l’écouter ou de ne pas l’écouter ?

Michel Theys

*** MONIQUE PINCON-CHARLOT, MICHEL PINCON, ETIENNE LECROART : Panique dans le 16ème ! Une enquête sociologique et dessinée. Editions La ville brûle (36 rue Parmentier, F-93100 Montreuil. Tél. : (33-1) 42872915 – Courriel : contact@lavillebrule.com – Internet : http://www.lavillebrule.com ). 2017, 94 p., 16 €. ISBN 978-2-36012-091-8.

Sociologues spécialistes de la grande richesse, Monique Pinçon-Charlot et Michel Pinçon sont aussi des militants qui, voici deux ans, ont été choqués par l’attitude de résidents du 16ème arrondissement parisien... montés aux barricades pour s’opposer à la construction d’un centre d’hébergement d’urgence pour personnes sans-abri dans leur quartier. Ils ont alors décidé de tirer les fils sociologiques de cet événement qui n’était, pour eux, anecdotique qu’en apparence et de s’allier au dessinateur Etienne Lécroart pour « mettre en évidence la vivacité des enjeux liés au refus de la mixité sociale de la part des riches et des puissants ». Ce livre est le fruit de ce travail à six mains qui raconte et décrypte cette bataille finalement gagnée par les défenseurs des SDF. Les auteurs y mêlent observations et interviews qui nourrissent un entremêlement de textes sociologiques et de dessins de type bande dessinée, le tout mettant à nu et décryptant, ainsi que le confessent les auteurs dans leur introduction, « l’énergie dépensée par ceux qui s’accaparent toutes les richesses et tous les pouvoirs pour préserver de génération en génération des espaces purifiés socialement », ce qui, précisent-ils encore, « est l’une des conditions de la reproduction de l’ordre des rapports de classe ».  (MT)

*** EVANGELOS SISKOS : Economie mondiale et européenne. Editions Patakis (38 Panayi Tsaldari, GR-10437 Athènes. Tél. : (30-210) 3650000 – fax : 3811940 – Courriel : bookstore@patakis.gr – Internet : http://www.patakis.gr ). Collection « Sciences sociales et politiques ». 2017, 317 p., 19,70 €. ISBN 978-960-16-7707-1.

L'expérience européenne montre qu’une intégration économique est, pour un pays, un moyen de développement comptant parmi les plus efficaces. Elle apporte la preuve que se doter d'une organisation économique régionale prenant la forme d’un marché commun du travail et du capital cesse d'être simplement la somme des économies nationales et passe à un niveau supérieur de compétitivité. L'utilisation des ressources matérielles et de main-d'œuvre, ainsi que de moyens financiers mis en commun, accélère et renforce à tous les coups le développement économique de chacun des pays membres et de l’organisation dans son ensemble. Dans ce livre, l’économiste Evangelos Siskos, membre fondateur et directeur du programme d'études supérieures en administration des affaires à l'Université nationale économique de Ternopol en Ukraine, soutient la thèse que le développement durable des économies européenne et même mondiale ne sera possible que si entrent en résonance les politiques économiques extérieures des Etats-Unis, de l’Allemagne, de la Grande-Bretagne, de la France, de l'Italie, du Canada, du Japon, du Brésil, de l'Arabie saoudite, de la Chine, de l'Inde et de la Russie, mais aussi celles suivies par les dirigeants des pays en voie de développement et celles prônées par l’Organisation mondiale du commerce, l’Organisation des Nations unies, le Fonds monétaire international et la Banque mondiale.

En clair, tout le monde doit œuvrer en bonne intelligence et de manière concordante afin de parvenir à une meilleure régulation de l'économie mondiale. Selon l’auteur, c’est d’autant plus possible que la mondialisation s’accompagnera d'un renforcement de l'interdépendance de tous les pays, chacun d’eux, aussi petits soient-ils, disposant d’une capacité d'influence croissante tant au niveau régional que mondial. Il montre également que la pauvreté constitue un risque particulier pour la paix et la sécurité mondiale, elle qui est de nature à contribuer à accroître le terrorisme international et à aggraver les conflits religieux et transnationaux. Pour Evangelos Siskos, la mondialisation entraîne la nécessité d'une meilleure gouvernance de l'Union (économique) européenne et, partant, d’un changement qualitatif inévitable dans la structure de celle-ci, ce dont les Etats souverains doivent prendre conscience quoi qu’il leur en coûte. (AKa)

*** L'Europe en formation. Revue d'études sur la construction européenne et le fédéralisme – Journal of Studies on European Integration and Federalism. Centre international de formation européenne (« L’Adriatic », 81 rue de France, F-06000 Nice. Tél. : (33-4) 93979397 – fax : 93979398 – Courriel : europe.formation@cife.eu – Internet : http://www.cife.eu ). 2016, n° 381, 160 p., 20 €. Abonnement : 50 €.

Qu’aurait pensé Alexandre Marc de ce numéro de la revue qu’il avait fondée en 1960 ? Chantre du fédéralisme intégral, il se serait certainement réjoui du Dossier qui y est consacré à la « Liberté ». C’est que, ainsi que l’explique Hartmut Marhold dans son introduction, cette valeur au cœur du projet européen souffre, ces derniers temps, des excès du néolibéralisme et de « l’hystérie populaire » qu’a suscité le faux problème de l’accueil des réfugiés. Alors que certains mettent désormais en cause la valeur fondamentale de la liberté, il était donc utile que des chercheurs et experts proches de son Centre international de formation européenne s’emploient à repenser cette notion. Des contributions portent ainsi sur l’Espace de liberté, de sécurité et de justice, sur l’état des libertés économiques au sein de l’Union et sur les « atouts et limites » du libéralisme économique dans le combat contre les inégalités. Pour sa part, Arnaud Leconte analyse de manière décapante les raisons pour lesquelles l’Europe n’est plus « un aiguillon de la société libérale » (« Au vu de la crise de confiance dans la capacité du pouvoir politique à projeter un futur désirable », écrit-il entre autres, il faut se demander si l’économie doit rester le vecteur principal de la construction de l’Union). A ses yeux, les quatre libertés de circulation relèvent dès lors d’une « Europe de l’Ancien régime » qui, réveillant désormais les nationalismes, appelle « un changement de régime et une révolution, autant que possible pacifique ». Ce qui renvoie à « la réflexion fédéraliste sur la liberté » qui prévalait dans la revue personnaliste L’Ordre Nouveau de l’entre-deux guerres, l’historien Christian Roy en éclairant fort utilement certains aspects qui font sens encore aujourd’hui. C’est le cas, par exemple, quand il rappelle que l’écrivain personnaliste Daniel-Rops parlait ainsi du libéralisme économique : « cette liberté qu’il réclame théâtralement pour les abstraites forces économiques, elle aboutit, pour des millions d’hommes, de chair et de sang, à la liberté de mourir de faim ». A noter également, à côté de contributions relatives à la politique ukrainienne de l’Union, aux relations commerciales de celle-ci avec le Brésil et aux « accords de libre-échange du XXIe siècle », un hommage rendu par Claude Nigoul à Marc Heim qui, récemment disparu, avait été, alors qu’il était jeune économiste, « instantanément séduit par la pensée économique du fédéralisme, qui s’opposait aussi bien à la doxa marxiste en vogue à l’époque qu’aux recettes d’un capitalisme conquérant mais déshumanisé ».  (MT)

*** JOHN CARTWRIGHT, SIMON WHITTAKER (sous la dir. de) : The Code Napoléon Rewritten. French Contract Law after the 2016 Reforms. Hart Publishing (Kemp House, Chawley Park, Cumnor Hill, Oxford OX2 9PH, UK. Tél. : (44-1256) 302890 – fax : 842084 – Courriel : mail@hartpub.co.uk – Internet : http://www.hartpub.co.uk ). Collection « Studies of the Oxford Institute of European and Comparative Law », n° 25. 2017, 507 p., 90 £. ISBN 978-1-50991-160-8.

Encore appelé par certains ‘Code Napoléon’, le code civil français né en 1804 est resté largement inchangé très longtemps et a servi de modèle pour quantité de codes civils dans le monde. Traitant du droit des contrats, du régime général des obligations et de la preuve de celles-ci, il a finalement été réformé en 2016, sa version rafraichie étant entrée en vigueur le 1er octobre de cette année-là. C’est à présenter les grandes lignes de cette réécriture que les experts réunis dans ces pages après l’avoir été dans un colloque s’attèlent. Les nouvelles dispositions arrêtées par ordonnance figurent en français en annexe, ainsi que leur version en langue anglaise, cette traduction ayant notamment été assurée par les deux coordinateurs de l’ouvrage. Dans leur introduction, les Pr. John Cartwright et Simon Whittaker soulignent notamment que le nouveau code est « considérablement plus clair, plus explicite et facilement compréhensible » que l’originel sans en altérer la concision et même l’élégance, mais que sa nature n’en fait pas pour autant un texte à la portée de qui n’est pas juriste. Juristes, les auteurs le sont tous, et si la plupart d’entre eux sont français, certains ne le sont pas et apportent un éclairage allemand, espagnol et italien sur certaines des dispositions étudiées. Outre sur les fondements de la réforme et sur des dispositions transversales dans le nouveau code, les regards des chercheurs portent notamment sur la création d’un contrat valide, le contenu et les effets des contrats, ainsi que l’inexécution contractuelle et ses remèdes. (PBo)

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