La toute première stratégie de l'UE sur les plastiques, présentée par la Commission européenne à la mi-janvier comme nouveau jalon de l’économie circulaire, a été favorablement accueillie par les ministres de l’Environnement des Vingt-huit, lundi 5 mars à Bruxelles, lors de la réunion du Conseil 'Environnement'. Mais ceux-ci ont estimé que la Commission aurait dû être plus concrète.
Cette stratégie, a rappelé le commissaire à l'Environnement, Karmenu Vella, vise à garantir que 100 % des emballages plastiques mis sur le marché de l’UE soient recyclables ou réutilisables à l’horizon 2030, notamment en promouvant des modes de production plus durables du plastique, dès sa conception, et en rendant son recyclage économiquement plus rentable pour les entreprises (EUROPE 11940).
La discussion ministérielle était axée sur les actions en faveur d'un accroissement sensible de l'utilisation des plastiques recyclés, d’une part, et sur la valorisation sûre des déchets contenant des substances préoccupantes pour tenter de lever les obstacles à la création d’un marché unique des matières premières secondaires, d’autre part (EUROPE 11973).
Mesures de mise en œuvre et incitants économiques. Selon le ministre bulgare de l'Environnement, Neno Dimov, un consensus s'est dégagé sur la nécessité : - d'adopter des mesures de mise en œuvre pour le recyclage des matières plastiques ; - de continuer à sensibiliser à l'enjeu ; - d'améliorer la qualité des plastiques.
« Les ministres ont aussi insisté sur les marchés publics 'verts', l'extension de la responsabilité des producteurs et d'autres incitants pour le secteur privé. Les ministres ont, en outre, insisté pour disposer de davantage d'informations tout au long de la chaîne de valeur pour réduire la part des substances chimiques dans les plastiques. Certains ont plaidé pour une harmonisation de la définition de la fin du statut de déchets », a-t-il déclaré à la presse.
Ce débat d'orientation liminaire sera mis à profit par la Présidence bulgare pour préparer un projet de conclusions qui devrait être adopté par le Conseil 'Environnement' en juin.
Plusieurs pays ayant déjà des stratégies nationales sur les plastiques, la discussion sur le premier point a surtout permis aux ministres d’échanger leurs expériences respectives sur ce qui fonctionne, comme, par exemple, la pratique des consignes sur les bouteilles plastiques.
Le secrétaire d'État allemand à l'Environnement et la Conservation de la nature, Jochen Flasbarth, quant à lui, a mis en avant « la grande expérience » de son pays en matière de prévention et de recyclage des emballages plastiques. Il a souligné, devant la presse, l'importance de s'attaquer aux microplastiques que « beaucoup d'États membres veulent interdire dans la production ».
S’agissant de l’interface entre les législations relatives aux substances chimiques, aux produits et aux déchets, des points de vue divergents ont été exprimés quant à la possibilité de garantir que les déchets contenant des substances préoccupantes soient récupérés dans des matériaux pouvant être utilisés en toute sécurité.
Plusieurs ministres, à l’instar de l'Autrichienne Elisabeth Köstinger, ont estimé préférable d’incinérer ces déchets plutôt que de les enterrer ou de les recycler à des coûts énormes et au prix de dégâts environnementaux.
D’autres ont confié que cette question constituait un problème majeur dont ils se demandent bien comment le résoudre.
Des ONG tirent la sonnette d'alarme
Le même jour, l’ONG European Public Health Alliance (EPHA) a publié une nouvelle étude montrant que plus de 59 substances toxiques liées à un large éventail d’impacts sanitaires potentiels, dont des perturbateurs endocriniens et des carcinogènes, peuvent être présents dans les tapis vendus dans l’UE.
Forte de ce constat, l'EPHA recommande à l’UE, aux États membres et aux fabricants d’adopter une approche de la transition vers l’économie circulaire qui soit fondée sur la santé d'abord. L'ONG préconise aussi une réglementation plus cohérente et plus rapide dans sa mise en œuvre, ainsi que des mesures sur la responsabilité des producteurs et l’éco-conception pour garantir des produits exempts de substances toxiques.
« Cette étude montre clairement que la Commission (...) n’a pas fait son travail en préparant l’initiative sur l’économie circulaire. Elle peut y remédier en allouant suffisamment de ressources pour garantir que les évaluations d’impact sanitaire soient faites correctement et en consultant des experts en santé indépendants avant de présenter toute proposition », a commenté dans un communiqué, Nina Renshaw au nom de l'organisation. (Aminata Niang)