Alors que le théâtre politique bat son plein à Londres, en coulisses, l’Union européenne continue à bon rythme de préparer le Brexit.
Cette semaine, les observateurs du Brexit ont reçu une impressionnante série de présentations Powerpoint, de notes techniques et autres lignes directrices politiques visant à exposer les réflexions de l’UE sur une période de transition après le Brexit, mais aussi sur les grandes lignes d’un futur accord commercial.
Parmi les slogans du jour figuraient les 'level playing fields' et le 'cherry picking', mais ces termes en apparence dénués de sens cachent en réalité de nombreux détails complexes.
Prenez les 'level playing fields' par exemple.
La Commission européenne redoute de voir le Royaume-Uni tenter de proposer des prix plus avantageux que ses concurrents européens en assouplissant les règles relatives aux aides d’État, en abaissant la fiscalité et en réduisant les normes en matière d’environnement et de travail.
Une présentation Powerpoint de la Commission européenne aux diplomates montre ainsi l’inquiétude de l’UE au sujet de la fiscalité. Elle voit en effet « clairement le risque » que le Royaume-Uni adopte une baisse d’impôts pour gagner un « avantage concurrentiel ».
Toujours selon cette présentation, l’UE insistera pour intégrer des « dispositions de fond » ('substantive clauses') dans un futur accord commercial avec le Royaume-Uni, afin d’empêcher un abaissement de ces normes.
Ces dispositions comprendront des « clauses de non-régression » règlementaire (qui existent déjà dans le droit du travail de l’UE) et des sanctions rapides (dont des sanctions financières).
« Personne ne veut avoir pour voisin direct un pays qui sape vos normes, vos principes et vos lois », a expliqué un diplomate chevronné de l’UE proche des négociations sur le Brexit.
Les discussions ont également servi de nouvel avertissement à destination des Britanniques, en leur rappelant de renoncer à tout espoir de choisir à leur guise des accords spéciaux pour les services financiers, et pour d’autres services essentiels, tels que l’aviation, les télécommunications, l’audiovisuel et les médias, ou encore pour les services professionnels et juridiques.
Tandis que le négociateur en chef de l’UE, Michel Barnier, notamment soutenu par la France et l’Allemagne, prônerait une ligne plus dure, en particulier sur le sujet des services financiers, certains envisageraient une forme de régime d’équivalence pour les banques britanniques (EUROPE 11952).
Mais le 'passeport européen' est définitivement exclu, selon trois diplomates qui participaient aux négociations.
« Pas un seul des 27 États membres ne cède du terrain », a ajouté un diplomate européen sur la question des services financiers.
Autre source croissante de frustration pour les négociateurs de l’UE, l’absence continue de précision de la part du Royaume-Uni sur sa conception d’une future relation.
« Les Britanniques n’ont pas de position », a déclaré un diplomate chevronné de l’UE. « Nous lisons les médias ».
Toutefois, plusieurs déclarations, parfois contradictoires, sur les attentes du Royaume-Uni au sujet de la transition (EUROPE 11948) ont été publiées, et elles n’ont pas plu aux conservateurs eurosceptiques, qui ont accusé Madame May, son Chancelier de l'Échiquier et ses conseillers sur le Brexit de tenter de faire échouer le Brexit et de transformer le pays en « État vassal » de l’UE.
Les négociations sur une période de transition après le Brexit devraient avoir lieu à Bruxelles la semaine prochaine, après un déjeuner de travail organisé entre M. Barnier et le ministre britannique chargé du Brexit, David Davis (EUROPE 11949).
Pour sa part, le Premier ministre, Madame Theresa May, a déclaré à des journalistes lors de son séjour en Chine cette semaine, qu’elle entendait s’opposer aux lignes directrices de l’UE sur la transition en matière de migration (EUROPE 11952).
« Tout ce temps que nous perdons aujourd’hui à débattre de la manière d’être membre sans en avoir le titre ! », a ajouté le co-président du groupe Verts/ALE au Parlement européen, le Belge Philippe Lamberts. « Il est temps que les politiciens britanniques ouvrent les yeux ».
Alors que le rideau se lève sur les négociations relatives à la période de transition, il faudra faire preuve d’une grande virtuosité pour respecter le délai fixé au mois de mars pour la signature d’un accord sur ce point – avant de s’atteler au gros dossier du commerce. (Version originale anglaise par Sarah Collins)