Les députés européens ont appelé une nouvelle fois l’UE à renforcer sa stratégie contre les fausses informations, mercredi 17 janvier, lors d’un débat en session plénière sur l’influence de la propagande russe dans les pays de l’UE.
Ainsi, plusieurs députés tels que Sandra Kalniete, tout en saluant le travail de la East Stratcom du SEAE, ont regretté que celle-ci n’ait pas suffisamment de moyens, qu’ils soient financiers ou humains. « Cela n’est crédible que s’il y a les capacités et la volonté politique à la hauteur de nos ambitions », a souligné la députée lettone du PPE. « Il va de soi qu’il faut renforcer la communication stratégique de l’UE et les ressources à allouer à ces actions », a précisé la Finlandaise Liisa Jaakonsaari, pour le S&D.
L’Espagnol Esteban Gonzàlez Pons (PPE) a rappelé que le budget pour la communication stratégique de l’UE était d’un million d’euros par an, quand celui du Kremlin atteignait un milliard par an. « Nous sommes presque sans défense. Il faut commencer à réagir plus sérieusement », a-t-il estimé.
Les députés ont aussi souhaité une plus grande transparence en ce qui concerne les propriétaires des médias et une meilleure formation des journalistes. « La désinformation a toujours existé, mais, à l’heure d’Internet, on a du mal à voir d’où viennent les fausses informations, qui en est à l’origine. (…) Il faut savoir qui finance les nouvelles sur Internet. Le mieux n’est pas de faire de la contre-propagande, mais de fournir des faits », a expliqué Johannes Cornelis van Baalen (ADLE, néerlandais), ajoutant qu’il n’y avait pas que la Russie, mais aussi la Chine, etc. Pour l’Allemande Rebecca Harms, au nom des Verts/ALE, « si les médias sociaux commencent à supplanter les journalistes, ils doivent respecter les mêmes règles que les groupes de médias et les journalistes ».
Liisa Jacckonsaari (S&D, finlandaise), tout comme Mario Borghezio (ENL, italien), a souhaité renforcer le dialogue entre le Parlement européen et la Douma russe. « Ceux à qui on peut présenter nos doutes, ce sont les députés de la Douma ; il est incroyable que l’on ne parle pas avec eux », a ainsi souligné M. Borghezio.
Certains députés européens ont cependant estimé qu’il n’y avait pas de données fiables concernant des faits de propagande ou d’influence russe. Par exemple, pour Barbara Spinelli (GUE/NGL, italienne), « il n’y a aucune preuve d’ingérence de la Russie dans les élections ». Elle a ajouté que le concept de 'fake news' était à manipuler avec précaution, car il s’agissait d’un concept ambigu.
Au cours du débat, le commissaire Julian King (Union de la sécurité), a rappelé que la Commission européenne présenterait une stratégie au printemps sur la lutte contre les fausses informations. L’institution souhaite lutter contre les informations hostiles ou fausses, tout en gardant le respect de la liberté d’expression. Selon lui, l’information est une sorte de nouvelle arme militaire pour la Russie. M. King a aussi a précisé que, s’il appartenait aux États membres de garantir la liberté et le pluralisme des médias, la Commission européenne comptait, elle aussi, prendre des mesures dans ce domaine, en respectant ses compétences.
Pour la Présidence bulgare du Conseil, la ministre Monika Panayotova a aussi estimé qu’il était « nécessaire d'élaborer des mesures pour développer la résilience des citoyens, par exemple, en les sensibilisant, et un plus grand pluralisme des médias ». (Camille-Cerise Gessant)