Le Premier ministre irlandais, Leo Varadkar, a inauguré, mercredi 17 janvier à Strasbourg, une série de débats sur l’avenir de l’UE, son pays se trouvant directement concerné par ce thème du fait du Brexit. Pendant près d’une heure et demie, le jeune dirigeant de 39 ans a expliqué aux eurodéputés sa vision de l’UE et est revenu sur des sujets aussi divers que le budget européen, l’adhésion des pays des Balkans à l’UE, les questions de défense ou la fiscalité irlandaise, dans le collimateur de certains députés, mais aussi de la Commission.
Après le dirigeant irlandais, ce sont les dirigeants croate et portugais qui se succéderont au PE pour parler de l’avenir de l’UE. Le président français Emmanuel Macron interviendra, lui, en avril (voir autre nouvelle).
Mercredi, Leo Varadkar était surtout attendu prioritairement sur le Brexit et il a d’abord remercié l’institution, tout comme la Commission pour le soutien inconditionnel qu’elles apportent à Dublin dans les négociations avec Londres. En décembre, le président du Conseil européen, Donald Tusk, avait également apporté un soutien de taille au Premier ministre en disant que l’accord global sur le retrait du Royaume-Uni serait conditionné au feu vert irlandais.
Devant les parlementaires, Leo Varadkar a rappelé les lignes rouges de son pays, à savoir : le respect de l’accord du Vendredi saint et le bannissement de toute frontière physique. « La majorité des habitants d’Irlande du Nord a voté pour le maintien (dans l’UE) et veut rester dans l’Union douanière ; les habitants dans leur majorité pourront rester des citoyens européens » (en vertu de l’accord qui permet aux citoyens d’Irlande du Nord d’être à la fois britanniques et irlandais), a rappelé le dirigeant. Leo Varadkar s’est dit en faveur de relations aussi profondes que possible avec le Royaume-Uni quand celui-ci sera parti, mais dans les conditions fixées, à savoir celles de respecter l’intégrité du marché unique.
Sur le ton de l’humour, le Premier ministre a aussi démenti être impliqué dans tout complot visant à pousser les Britanniques à organiser un second référendum sur l’appartenance à l’UE, comme certains partisans du Brexit le clament. Pour Leo Varadkar, qui « regrette » certes le Brexit, cette décision ne peut revenir qu’aux seuls Britanniques et les gouvernements extérieurs n’ont pas à conseiller Londres sur cette question.
Préserver les budgets clefs
Sur le budget européen, le dirigeant irlandais a été particulièrement bien accueilli quand il a indiqué qu’il était prêt à augmenter la contribution de son pays, si cela permet d’approfondir le projet européen. Leo Varadkar s’est prononcé à ce sujet pour la préservation des budgets de la PAC et de la Politique de cohésion ainsi que pour les budgets liés à la recherche et à l’innovation.
Sur le plan démocratique, le jeune dirigeant a aussi plaidé pour plus de vitalité et de visibilité et s’est inscrit dans la proposition de créer une circonscription électorale européenne. Il a par ailleurs apporté son soutien au système de sélection de candidats pour la présidence de la Commission européenne, le fameux système de 'Spitzenkandidaten' (voir autre nouvelle).
Les États membres « hypocrites » sur la fiscalité
Quant à la fiscalité, Leo Varadkar a estimé qu’il fallait en effet s’attaquer aux entreprises qui ne paient pas d’impôts, mais, sur des sujets tels que la fiscalité des géants du numérique, il a renouvelé son souhait d’une solution internationale dans le cadre de l’OCDE pour ne pas donner d’avantages aux concurrents des pays tiers, voire au Royaume-Uni, quand il sera sorti de l’UE.
Le Premier ministre a aussi redit son désaccord avec la commissaire Margrethe Vestager sur le cas Apple, qui vaut à Dublin de se trouver devant la Cour de justice de l’UE. Leo Varadkar a contesté qu’il y ait eu un accord avec la firme américaine lui permettant de payer moins d’impôts.
Leo Varadkar s’en est d’ailleurs pris plus généralement à l’« hypocrisie » des États membres sur cette question de l’imposition des sociétés, des pays comme la Bulgarie ou la Roumanie ayant, par exemple, des taux plus bas que l'Irlande. Le dirigeant a surtout montré du doigt la France, qui dispose finalement d’un système rempli de dérogations pour les entreprises et qui s’avère, en fin de compte, plus souple que l’Irlande et avec une pression fiscale moindre. (Solenn Paulic)