Le ministre délégué aux Affaires européennes, Victor Negrescu, a plaidé, jeudi 7 décembre à Bucarest auprès de quelques journalistes dont EUROPE, pour qu’une décision concernant l’adhésion de son pays à l’espace Schengen de libre circulation des personnes soit prise au second semestre 2018.
Selon M. Negrescu, une telle décision sera difficile à prendre sous présidence bulgare du Conseil de l'UE du premier semestre 2018 ou sous présidence roumaine du premier semestre 2019 car elles auront un rôle de médiateurs. Néanmoins, « il y a six mois entre les deux présidences, cela pourrait peut-être être un moment où une décision pourrait être prise », a-t-il envisagé.
Selon M. Negrescu, une intégration de son pays dans l’espace Schengen fin 2018, pourrait se fait en deux étapes à l’occasion de la présidence roumaine du Conseil de l’UE. Le ministre souhaiterait que son pays intègre l'espace d'abord via les aéroports afin de faciliter la venue de hauts responsables européens à l’occasion du semestre présidentiel, 60000 personnes étant attendues à cette occasion. « Nous sommes capables de nous adapter en quelques semaines. Ce n’est pas un problème et cela n’affectera personne », a-t-il justifié.
D’après M. Negrescu, tout comme pour le ministre des affaires étrangères Teodor Meleșcanu, il ne s’agit plus pour la Roumanie de prouver qu’elle remplit les critères techniques, mais d’obtenir un accord politique.
Depuis 2011, le pays, tout comme la Bulgarie, remplit les critères pour adhérer à l’espace Schengen mais certains pays lient cette adhésion au mécanisme de coopération et vérification (MCV) (EUROPE 11905) qui appelle encore à des progrès pour ces deux pays.
Le pays dépense 6% de son PIB dans la sécurité intérieure et extérieure et dispose, selon M. Negrescu, des équipements les plus modernes aux frontières.
« Pour nous, il n’y a pas de problèmes techniques mais en même temps on doit reconnaître qu’il y a quelques problèmes politiques », a expliqué M. Meleșcanu.
Ainsi, selon un haut fonctionnaire roumain, la principale préoccupation concernant l’adhésion de son pays à l’espace Schengen porte sur les flux commerciaux entre l’Europe orientale et l’Europe occidentale et les risques en matière de concurrence. « Un des gros problèmes est la question de la relocalisation (d’entreprises) et du coût de transférer votre entreprise », a expliqué cette personne. Selon elle, une fois la Roumanie au sein de l'espace Schengen, acheminer un produit de la Roumanie vers l’Allemagne ne prendrait que 20h, contre minimum 2 à 3 jours actuellement, en raison des contrôles à la frontière. « Il y a une certaine hostilité à s'ouvrir à la Roumanie, une des économies les plus dynamiques de la région », a ajouté l'officielm pour qui il n'y a pas d'autres explications.
Mais les ministres restent positifs. « Nous continuons le dialogue avec tous les États membres pour être sûrs d’avoir un consensus » sur un vote favorable à l’adhésion de la Roumanie à l'espace Schengen, a aussi expliqué M. Meleșcanu.
« L’intégration à Schengen dépend d’un vote (à l’unanimité). J’espère qu’il y aura assez vite, l’an prochain, une discussion à ce sujet. J’espère qu’un vote pourra avoir lieu pour dévoiler les différentes positions » des États membres, a expliqué M. Negrescu. Il s’est montré assez confiant: « Il semble que personne n‘ait de problème quand on discute directement ».
Le ministre délégué aux affaires européennes a cependant précisé que les États membres se renvoyaient la balle entre eux: « Chacun nous dit de discuter avec un autre pays », a-t-il regretté. Il a rencontré les autorités françaises, allemandes et verra prochainement les autorités néerlandaises.
Ne pas se précipiter sur l’euro
Si la Roumanie souhaite rentrer au plus vite dans l’espace Schengen, son gouvernement préfère prendre son temps concernant l'adoption de l'euro. « Nous savons que nous devons être préparés. Nous ne voulons pas être une nouvelle Grèce », a expliqué le ministre des Affaires européennes.
M. Negrescu s’est dit favorable au mécanisme d’intégration à la zone euro tel que récemment suggéré par la Commission (EUROPE 11920), tout en regrettant cependant que les pays concernés n’aient pas été consultés sur les modalités d'un tel mécanisme.
Le déficit du pays est inférieur à 3% du PIB, sa dette s'est élevée à 37,6% du PIB en 2016 et la croissance en 2017 pourrait atteindre au minimum 6%. (Camille-Cerise Gessant)