Le Premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou, a estimé, lundi 11 décembre à Bruxelles, que reconnaître Jérusalem en tant que capital de l’État hébreux serait un atout à la paix au Proche-Orient.
« Personne ne peut nier que Jérusalem est la capitale d’Israël. Cela n’empêche pas la paix, cela rend la paix possible car reconnaître la réalité est la substance de la paix », a-t-il expliqué à son arrivée au Conseil de l'UE, où il s'est entretenu avec la Haute Représentante de l’UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, Federica Mogherini, et les 28 ministres des Affaires étrangères européens. C’était la première visite aux institutions européennes d’un premier ministre israélien depuis 22 ans.
« Je crois que la totalité, ou la plupart des États membres, vont transférer leur ambassade à Jérusalem (depuis Tel Aviv, ndlr), reconnaître Jérusalem comme capitale d’Israël et s’engager fortement avec nous pour la sécurité, la prospérité et la paix », a ajouté M. Netanyahou. Selon lui, la reconnaissance de Jérusalem comme capitale d’Israël, comme l'a fait le président américain Donald Tusk (EUROPE 11921), « traduit véritablement les faits ».
Fin de non recevoir de l'UE
À l’issue d'une rencontre de plus de deux heures, Mme Mogherini a adressé une fin de non recevoir aux aspirations israéliennes. « Le Premier ministre Netanyahou espère que d’autres pays suivent (les États-Unis). Il peut garder ses attentes pour d’autres car, du côté de l’UE, ce changement n’aura pas lieu », a-t-elle prévenu devant la presse.
Plus tôt dans la journée, lors d’une déclaration en présence du Premier ministre, Mme Mogherini avait rappelé la position traditionnelle des Européens sur une possible issue politique au conflit israélo-palestinien. Pour l’UE, « la seule solution réaliste au conflit entre Israël et la Palestine est fondée sur la création deux États avec Jérusalem comme capitale, à la fois pour l’État d’Israël et pour l’État de Palestine », et selon les frontières de 1967.
« Nous continuerons à respecter le consensus international sur Jérusalem jusqu'à ce que le statut final de la Ville sainte soit résolu par des négociations directes entre les parties », a expliqué la Haute Représentante, espérant que les parties puissent réamorcer des négociations directes significatives avec le soutien de la communauté internationale. Devant la presse, elle a insisté sur le fait qu’il n’y avait pas d’alternative à une solution à deux États.
Mme Mogherini a aussi appelé au calme. « La pire chose » qui puisse se produire après la décision américaine serait « une escalade des tensions, de la violence », a-t-elle estimé. Et de prévenir: « Des tensions et des violences accrues ne feraient qu’enflammer la région et seraient un cadeau aux extrêmes et à ceux qui ne sont pas intéressés par la paix ».
Vers un rôle accru de l’UE
À leur arrivée, les ministres des Affaires étrangères ont, une nouvelle fois, souligné leur opposition à la décision américaine. La plupart ont aussi soutenu un rôle accru de l'UE dans les efforts visant à relancer les négociations de paix.
« L’UE va intensifier son travail avec les partenaires internationaux et régionaux, en particulier la Jordanie et l’Égypte, et bien sûr avec les parties, pour commencer à relancer le processus de paix, même si cela semble difficile », a annoncé Mme Mogherini. « Nous ne travaillons pas sur une initiative européenne spécifique, ni n’attendons ou ne faisons rien, mais nous travaillons activement avec nos partenaires », a-t-elle expliqué en conférence de presse.
Selon la Haute Représentante, aucune initiative de paix, ou tentative de reprise des discussions « ne peut se faire sans les Américains ». D'après elle, « il y a besoin d’un cadre régional et international pour accompagner, si Dieu le veut, le début des négociations, ce qui semble vraiment très loin en ce moment ».
Pour le Lituanien Linas Linkevicius, « l’UE peut potentiellement jouer un rôle plus pertinent que jusqu’à présent ». Le fait que l’UE est le premier partenaire commercial d’Israel et principal soutien financier de la Palestine, fait qu’elle peut jouer un « meilleur rôle dans la relance des négociations », a considéré le Belge Didier Reynders. Mais, pour le Français Jean-Yves Le Drian, il est nécessaire d’attendre l’initiative américaine, attendue depuis plusieurs mois. « Si ce n’est pas le cas, sans doute faudrait-il que l’UE prenne des initiatives mais c’est un peu trop tôt pour le dire », a-t-il estimé. (Camille-Cerise Gessant)