*** EDOARDO ALES, OLAF DEINERT, JEFF KENNER (sous la dir. de) : Core and Contingent Work in the European Union. A Comparative Analysis. Hart Publishing (Kemp House, Chawley Park, Cumnor Hill, Oxford, OX2 9PH, UK. Tél. : (44-1865) 517530 – fax : 510710 – Courriel : mail@hartpub.co.uk – Internet: http://www.hartpub.co.uk ). 2017, 315 p., 60 £. ISBN 978-1-78225-868-1.
Leur aventure intellectuelle a débuté en 1983 dans le couvent toscan de Pontignano dont l’Université de Sienne est le propriétaire. Depuis lors, des spécialistes européens du droit du travail ont pris l’habitude de se retrouver chaque année dans un lieu propice à la réflexion pour une semaine de séminaire consacrée à un thème précis. Ces professeurs et chercheurs venaient au départ d’Italie, d’Allemagne, de France, d’Espagne et d’Angleterre ; leur cercle s’est ensuite élargi à des collègues d’Autriche, de Belgique et des Pays-Bas. Cet ouvrage rend compte des travaux qu’ils ont mené en 2014 pour la 31ème fois, sa finalisation ayant permis que le cercle des contributeurs soit encore élargi à des experts du droit du travail venus de Hongrie et de Suède.
Le thème de cette rencontre a été les bouleversements majeurs qui sont en cours dans le monde du travail à l’heure du triomphe, comme le lance d’emblée le Pr. Edoardo Ales (Université de Cassino et du Latium méridional), de « la bien connue adaptabilité, dans le jargon européen ». D’ordinaire, cette thématique est abordée sous l’angle de la dichotomie entre travail typique ou atypique ; elle l’est cette fois sous celui de la dichotomie entre le travail s’inscrivant au cœur de l’entreprise par le biais d’emplois stables et celui qui le voit relégué à la marge de celle-ci, dans le cadre de divers emplois précaires. L’ouvrage s’ouvre d’ailleurs sur une mise en perspective, par le Pr. Antonio Lo Faro (Université de Catane), de ce qu’est et n’est pas le travail contingent, avançant ainsi que le travail indépendant et les relations de travail triangulaires telles que le travail intérimaire ou l’externalisation des services ressortent de cette catégorie, au contraire, par exemple, des contrats à temps partiels et à durée déterminée. Il n’en demeure pas moins que tous sont, aux yeux des auteurs, des facteurs d’incertitude et d’insécurité pour les travailleurs.
Quelles sont les questions juridiques en jeu pour ce qui est de ces formes relativement ‘nouvelles’ de travail ? Quels sont les instruments marginalisant les travailleurs par rapport à l’entreprise qu’ils servent ? Les systèmes nationaux prévoient-ils des mesures juridiques pour contenir cette dérive et/ou pour faire face à ses effets ? Telles sont les questions principales auxquelles les spécialistes réunis dans ces pages apportent des réponses. L’intérêt de la démarche découlant de l’esprit de Pontignano est qu’il y est répondu sur la base de rapports nationaux, chacun d’eux se concentrant sur une question et un instrument juridiques symbolisant, aux yeux du chercheur, l’attitude de son pays face à l’évolution du travail. Il en découle la présentation de dix « prototypes cognitifs »: l’Allemagne l’est pour la question de l’égalité de traitement à la lumière du sort qu’elle réserve au travail intérimaire ; la Belgique pour la conditionnalité du recours au travail contingent par sa législation en matière de contrat à durée déterminée ; l’Espagne pour ce qui est du « succès ‘suspect’ du travail indépendant » ; le Royaume-Uni pour l’inversion du paradigme de flexicurité grâce à ses « contrats zéro heure » ; la Hongrie pour ce qui est de la délocalisation du travail, à savoir le télétravail et le travail à domicile ; la France pour l’externalisation du travail , notamment à la lumière du concept de « co-emploi » ; la Suède pour la dimension intergénérationnelle du phénomène ; enfin, l’Autriche pour ce qui est de la protection sociale dont bénéficient, dans ce pays, les ‘nouveaux’ travailleurs.
Il va de soi que la richesse des analyses et réflexions consignées dans ce livre rend illusoire de pouvoir en rendre compte de manière satisfaisante. Observons seulement que les conclusions tirées par Edoardo Ales et Olaf Deinert (Université Georg-August de Göttingen) valent à elles seules le détour pour bien comprendre les enjeux et les défis posés par cette évolution du monde du travail dans l’Union européenne, tant il est vrai, expliquent-ils notamment, qu’aucun des pays passé sous la loupe des auteurs n’a développé « une stratégie législative globale » en la matière alors même que « l’adoption de telles politiques professionnelles a pour effet d’augmenter le nombre de relations de travail non protégées ». Ne s’y résignant aucunement, ils avancent quelques propositions qu’il serait utile que les institutions européennes prennent en considération puisque, leur rappellent-ils, « la cohésion sociale et économique est la bonne réponse à l’exclusion sociale et économique qui risque, à l’heure actuelle, non seulement d’accroître la pauvreté, mais aussi d’alimenter l’extrémisme et le radicalisme parmi ceux qui sont placés en marge de la société européenne »... Michel Theys
*** Sens et avenir du travail. La 95ème Semaine sociale du Mouvement ouvrier chrétien. ASBL Politique (9 rue du Faucon, B-1000 Bruxelles. Tél. : (32-2) 5386996 – Courriel : info@politique.eu.org – Internet : http://www.revuepolitique.org ). Collection « Politique », n° 1. 2017, 106 p., 8 €.
La 95ème Semaine sociale du Mouvement ouvrier chrétien belge a été tout entière consacrée à la question du sens et de l’avenir du travail. Cette publication en offre les actes, assurés par la Fondation Travail-Université. Le thème retenu est d’une évidente actualité en ce que le travail se retrouve précarisé en ce temps où il reste souffrance pour certains mais n’est pas moins douloureux pour ceux qui n’en ont pas. Chaque jour un peu plus, le modèle du contrat salarié à durée indéterminée et à temps plein, garantissant salaire correct et protection sociale digne de ce nom, se détricote un peu partout en Europe, au point même de devenir un horizon quasi utopique pour les générations les plus jeunes. La montée en puissance de l’économie numérisée ne devrait guère les rassurer... D’où les questions qui servent de fil rouge aux contributions réunies dans ces pages : les sociétés européennes ne sont-elles pas en train de s’émanciper du travail et, dans l’affirmative, quelles en seront les conséquences ? Surtout, pour quel avenir serait-il bon et raisonnable que les personnes sensibles à la question sociale se mobilisent face aux scénarios de l’économie collaborative, de l’allocation universelle, de l’économie numérique ? Un diagnostic est d’abord posé à la lumière de la manière dont la souffrance dans le travail a été gérée au fil des dernières décennies avant que ne soit rappelée la situation des « précaires, sans emploi ou dans le ‘mal emploi’ » à l’heure où l’austérité prive « les services publics de moyens et d’équipements, ce qui a pour effet d’encore précariser davantage les moins nantis ». Il est aussi question des conséquences perverses de la mondialisation, notamment dans le secteur de l’habillement, avant que le Pr. Gérard Valenduc s’emploie à discerner de quoi est porteuse une numérisation de l’économie peut être synonyme de quatrième révolution industrielle. Des regards avertis sont aussi portés sur les grandes controverses que sont la redistribution collective du temps de travail, la démocratisation de celui-ci et, enfin, l’avenir de la protection sociale, question derrière laquelle se cache la discussion sur l’opportunité ou non de promouvoir un revenu de citoyenneté. En guise de conclusion, Christian Kunsch, président du Mouvement ouvrier chrétien, observe que le modèle du salariat est attaqué de toutes parts et que « le travail redevient une marchandise comme les autres », ce qui « contribue au désenchantement citoyen à l’égard de la politique et des institutions ». Il ne s’y résigne pas, invitant à se remettre en route pour construire sans tarder « les utopies du monde que nous voulons ». (MT)
*** GABRIEL AMITSIS : Les initiatives emblématiques pour préserver la cohésion sociale au moment des Mémorandums : le modèle de la stratégie nationale d'inclusion sociale. La réforme de l'État social. Editions Papazisi (2 rue Nikitara, GR-10678 Athènes. Tél. : (30-210) 3822496 – fax : 3809020 – Courriel : papazisi@otenet.gr – Internet : http://www.papazisi.gr ). 2017, 416 p., 26,50 €. ISBN 978-960-02-3263-9.
Le but de cette étude d’un professeur en droit de la sécurité sociale au département d’administration des unités de santé et de bien-être de l’Université d’Athènes est de mettre en évidence les initiatives phares des gouvernements grecs lors de la mise en œuvre des deux premiers Mémorandums de stabilité de l'économie grecque, lesquels ont créé le cadre nécessaire à l'avènement de nouvelles politiques de sauvegarde de la cohésion sociale. De la sorte ont été posés les fondements d'une sécurité sociale cohérente et intégrée en faveur des groupes vulnérables. Les initiatives pertinentes ont concerné le domaine de l'inclusion sociale, façonnant le socle d’une lutte intégrée des politiques de l’Etat contre la pauvreté et l'exclusion sociale. Il s'agit du Livre vert sur la Stratégie nationale pour l'intégration sociale (2013) et de la Stratégie nationale pour l'inclusion sociale (2014), deux textes de principes présentant pour la première fois dans le débat sociopolitique grec le modèle idéologique de l'État social actif et de l'intégration active. Egalement avocat, Gabriel Amitsis explique que ce modèle complète les politiques traditionnelles de réduction de la pauvreté en poursuivant trois priorités fondamentales : (a) soutenir le revenu des personnes qui ne disposent pas de ressources suffisantes ; (b) sur le marché du travail, prendre des mesures pour promouvoir l'emploi ; (c) améliorer l'accès aux services. L'auteur observe que ces initiatives stratégiques n'ont pas été traduites, pendant la période 2015-2016, en législation nécessaire, ce qui aurait marqué le lancement d'un véritable processus de révision du système grec de sécurité sociale. Il en découle que l’Etat grec restait institutionnellement vulnérable, lors de la mise en œuvre du 3ème programme de politique économique et financière, aux défis sociaux accentués en cas de crise. Par conséquent, la Grèce a continué à faire face à de graves problèmes structurels et à des déficits institutionnels au cours des dernières années, étant toujours bien en peine de garantir un réseau viable d'inclusion active des groupes sociaux vulnérables de la population, lesquels continuent à mettre en danger le développement de la société et la cohésion du pays. (AKa)
*** THOMAS KOSTERA : When Europa meets Bismarck. How Europe is used in the Austrian Healthcare system. Editions de l'Université de Bruxelles (26 av. Paul Héger, B-1000 Bruxelles. Tél. : (32-2) 6503799 - fax : 6503794 – Courriel : editions@ulb.ac.be – Internet : http://www.editions- universite-bruxelles.be/). Collection « Etudes européennes ». 2016, 238 p., 28 €. ISBN 978-2-8004-1611-3.
Que se passe-t-il lorsque l’Union européenne fixe de nouvelles règles pour ce qui est de la fourniture de soins de santé transfrontaliers alors qu’ils étaient autrefois réservés à la population vivant sur le territoire national ? L’Union déstabilise-t-elle de la sorte la solidarité sociale existant au plan national ? Les responsables d’un système de santé ont-ils tendance à offrir une résistance à cette européanisation ? Ce sont des réponses à ces questions, et à bien d’autres encore, qui sont apportées dans cet ouvrage, version allégée d’une thèse de doctorat soutenue à l’Université libre de Bruxelles. Le politologue Thomas Kostera les formule à la lumière du cas particulier de l’Autriche, ayant rappelé dans un premier temps les caractéristiques d’un Etat-providence bismarckien et la manière dont les acteurs du système de santé y opèrent. Il décrit et analyse ensuite la manière dont ceux-ci ont navigué entre contraintes institutionnelles nationales et opportunités européennes, cherchant à voir si les ouvertures transfrontalières ont été de nature à déstabiliser le bien-être national autrichien. De la sorte, il montre que la prestation de soins de santé transfrontaliers est d’ores et déjà une pratique bien intégrée, ce même dans un pays dont il présente le système de santé au fil des quatre changements de régime politique intervenus en cent cinquante ans, l’intégration européenne étant le quatrième. Par-dessus tout, ce politologue désormais actif au sein d’une fondation allemande où il travaille sur la numérisation des soins de santé montre, dans ce livre, la flexibilité et la résilience des modèles nationaux de bien-être. (PBo)
*** ANTIGONI LIMBERAKI : Les femmes dans l'économie. Editions Papadopoulos (9 Kapodistriou, GR-14452 Metamorphosi. Tél. : (30-210) 2846074-5 – fax : 2817127 – Courriel : info@epbooks.gr – Internet : http://www.epbooks.gr ). Collection « Petits livres pour les problèmes d’aujourd’hui ». 2017, 112 p., 10,99 €. ISBN 978-960-569-690-0.
Qu'est-ce que l'égalité au travail et pourquoi est-il important que les femmes travaillent ? Le travail touche-t-il à leur propre liberté et à leur indépendance ou intéresse-t-il l'ensemble de l'économie et de la société ? S’agit-il d’un problème qui aurait été réglé partout sauf en Grèce ? Une troisième grande vague de changements est-elle requise pour briser enfin le plafond de verre ? Ce petit livre aborde ces grandes questions en alternant le point de vue national et international. Professeure au Département du développement économique et régional à l’Université Panteion d’Athènes, Antigoni Limberaki y apporte des réponses à quelques questions clés, notamment celles de savoir si les femmes ont un comportement différent de celui des hommes et si l'égalité pourrait être pour demain. Elle décrypte aussi la place des femmes face au travail en Grèce en comparant les différences entre hier et aujourd'hui, sans compter celles probables de demain. Des cahiers de photos illustrent aussi la question du sexe dans l'économie sur un plan national et international. Le livre est encore enrichi par des notes explicatives et une vaste bibliographie. (AKa)