Émanant des cinq continents, des grandes puissances commerciales aux pays représentant la diversité du monde en développement, de vibrants appels se sont multipliés, en ouverture des travaux de la 11ème conférence ministérielle de l'OMC, dimanche 10 et lundi 11 décembre, pour préserver le système commercial multilatéral régi par l'OMC, contre laquelle les États-Unis ont sonné la charge lundi.
« Les succès des conférences (de Bali en 2013 et Nairobi en 2015) ont amené un certain optimisme à l'idée que, malgré les divergences de vues considérables entre ses membres, l'OMC peut toujours parvenir à d'importants résultats négociés. Mais nous commençons cette année avec plus de questions que de réponses », a regretté lundi la commissaire au Commerce, Cecilia Malmström, en session plénière.
« Le système (commercial multilatéral) est remis en doute, les pays membres font preuve d'une appropriation collective insuffisante et sont divisés sur des questions clés de ce que l'OMC devrait faire. Et il y a de plus en plus d'appels à mener des affaires en dehors du cadre multilatéral », a-t-elle poursuivi.
Parmi les « nombreux problèmes », Mme Malmström a déploré des « blocages procéduraux sur des sujets indiscutablement critiques pour le commerce mondial d'aujourd'hui, et par une discussion futile sur l'existence ou non d'un mandat ». « Le problème est systémique et commence à mettre en péril l'ensemble de l'organisation », a-t-elle prévenu.
Mme Malsmtröm faisait référence au blocage des États-Unis s'opposent au renouvellement de trois juges de l'organe d'appel de l'organe de réglement des différends de l'OMC.
L'OMC « perd son attention essentielle sur la négociation » pour devenir « une organisation de plaintes », avait auparavant déploré le représentant américain au commerce Robert Lighthizer, qui a confirmé la charge menée par l'administration de Donald Trump contre l'institution multilatérale.
Certains pays utilisent le système « pour obtenir des avantages qu'ils ne pourraient jamais avoir » dans les négociations, a-t-il déploré.
« Nous devons clarifier notre compréhension du développement au sein de l'OMC. Nous ne pouvons pas maintenir une situation dans laquelle de nouvelles règles ne peuvent s'appliquer qu'à quelques-uns et où les autres se verront accorder un laissez-passer au nom d'un statut de développement autoproclamé », a aussi regretté M. Lightlizer. « Quelque chose ne va pas quand les cinq des six pays les plus riches du monde revendiquent actuellement le statut de pays en développement à l'OMC », a-t-il insisté.
Jugeant toutefois l'OMC comme une « organisation très importante », M. Lighthizer a rejeté toute négociation sur de « nouvelles règles » quand « beaucoup de règles actuelles ne sont pas honorées ».
De son côté, le ministre chinois du Commerce, Zhon Shan, a appelé à « avoir plus que jamais confiance dans le système commercial multilatéral » et mis en garde contre le protectionnisme résurgent.
Les problèmes de l'OMC vont être résolus avec plus d'OMC et non moins d'OMC, avait affirmé dimanche le président argentin Mauricio Macri, affichant la volonté de l'Argentine d'œuvrer « pour un commerce plus équitable et plus durable, qui améliore la situation des populations ».
Dimanche, ses homologues du Mercosur, les présidents brésilien Michel Temer, uruguayen Tabaré Vázquez et paraguayen Horacio Cartes étaient présents à ses côtés en ouverture des travaux.
Les pays du Mercosur, le Chili, la Colombie, le Pérou, le Surinam, le Guyana et le Mexique ont signé une déclaration affirmant leur attachement au système commercial multilatéral. (Emmanuel Hagry)