Sous la présidence du Turkménistan et en l'absence notable de la Russie, 52 des 54 membres (dont l'UE et 27 de ses États membres, l'Italie n'étant que signataire) du traité de la Charte internationale de l'énergie (ECT) sont convenus, mardi 28 et mercredi 29 novembre à Achgabat, de la nécessité de faciliter les investissements en vue de la transition durable et de renforcer la coopération pour garantir le transit.
La déclaration ministérielle approuvée non sans peine lors de la 28ème conférence du 'Processus de la Charte de l'énergie' souligne l'importance de moderniser ce processus afin de renforcer la coopération énergétique internationale à long terme, et partant, la sécurité énergétique.
Les pays membres de l'ECT ont relevé cinq défis : en premier lieu, faciliter l'investissement dans des infrastructures énergétiques « de qualité », en vue de la transformation nécessaire des systèmes énergétiques pour atténuer l'impact du changement climatique et atteindre les objectifs de développement durable, et de prévenir et gérer les litiges en matière d'investissement.
Dans ce but, ils ont salué les efforts du Secrétariat de la Charte de l'énergie pour élaborer une nouvelle publication sur l'évaluation des risques liés aux investissements énergétiques pour aider les pays intéressés à réduire au minimum les risques réglementaires liés aux investissements et pour prévenir les litiges en la matière et agir en médiateur pour un leur règlement amiable.
Les pays membres de l'ECT sont convenus de poursuivre l'élargissement de l'adhésion au traité. La conférence d'Achgabat a officialisé l'entrée de cinq nouveaux signataires - Burkina Faso, Émirats arabes unis, Gambie, Mali, Nigéria et Panama, portant à 39 le nombre d'observateurs (dont les États-Unis et la Chine).
Les pays membres sont aussi convenus d'améliorer la sécurité énergétique grâce à une coopération internationale renforcée pour garantir le transit de l'énergie et faciliter les échanges commerciaux. Dans leur déclaration qui a donné lieu à d'âpres tractations, ils ont reconnu « le rôle du processus de la Charte de l'énergie dans le renforcement de la coopération énergétique régionale et internationale, la facilitation de l'interconnectivité et la promotion de marchés de l'énergie ouverts et concurrentiels afin d'assurer l'accès universel aux sources d'énergie durables, à l'exception des circonstances génératrices de préoccupations pour la sécurité internationale et nationale des États concernés, renforçant ainsi la sécurité énergétique ».
Les pays membres de l'ECT ont aussi souligné le rôle « important et efficace » du gaz naturel dans la transition vers un système sans émissions de carbone, plaidant pour le développement d'un marché mondial du gaz « efficient, transparent et concurrentiel », incluant des plateformes d'échange de GNL. Ils ont salué les travaux du Turkménistan sur le transit fiable de l'énergie et sont convenus de poursuivre leurs efforts dans ce domaine en vue de soutenir la diversification des sources et des routes d'approvisionnement.
Les pays membres se sont engagés à poursuivre leurs efforts pour moderniser le processus de la Charte de l’énergie et à « chercher le dialogue » pour examiner une mise à jour potentielle et une modernisation de la Charte internationale de l'énergie
Enfin, les pays membres se sont engagés à promouvoir la coopération régionale dans le domaine de l'énergie sur la base des principes de la Charte internationale de l'énergie pour faciliter et promouvoir les projets d'infrastructure stratégique visant à fournir une énergie sûre, durable et compétitive.
Lors de la session ministérielle plénière, mercredi, qui réunissait les représentants des pays membres et observateurs, mais que le président turkmène, Gurbanguly Berdimuhamedov, a boudée, faute de présence suffisante au niveau ministériel, les participants ont souligné la nécessité d'une transition énergétique dans le monde axée sur les renouvelables, l'efficacité énergétique et les nouvelles percées technologiques.
Les participants ont salué les efforts déployés par le diplomate slovaque et secrétaire général de l'ECT, Urban Rusnak, pour étendre la Charte de l'énergie de l'Europe vers le monde et réformer et moderniser la Charte pour relever les défis actuels. Plusieurs d'entre eux ont fait valoir que la Charte de l'énergie était le seul accord multilatéral contraignant sur le commerce énergétique.
Le vice-président du cabinet des ministres turkmènes, Maksat Babayev, qui a présidé la conférence, a souligné l'importance de l'énergie pour l'avenir, faisant part de la proposition du Turkménistan de créer un Conseil de l'énergie des Nations Unies. « Le Turkménistan est l'un des plus grands producteurs de gaz en Asie centrale et est d'accord avec les propositions visant à changer les relations de pouvoir dans le monde à un niveau supérieur afin de stabiliser l'ensemble du secteur de l'énergie. La stabilité de l'économie mondiale dépend de la stabilité du secteur énergétique », a-t-il insisté.
Le Secrétaire général de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), Thomas Greminger, a appelé à « créer des cadres réglementaires qui encouragent plutôt que découragent l’investissement », assortis de « mécanismes anticorruption ». Il a dit aussi espérer que la Déclaration d'Achgabat fera progresser le dialogue sur la transition durable, les renouvelables et l'efficacité énergétique.
Des objectifs que la Roumanie, qui sera le premier État membre de l'UE à assurer la présidence de la Charte internationale de l'énergie, en 2018, a dit vouloir poursuivre. Bucarest « promouvra les progrès dans l'énergie à faible teneur en carbone, la sécurité des flux transfrontaliers d'énergie et la coopération régionale », a indiqué le secrétaire d'État roumain chargé de l'Énergie, Robert Iulian Tudorache.
Déplorant l'absence de nombreux ministres lors de la récente Conférence de l'ONU sur le climat (COP 23), à Bonn, M. Rusnak a insisté sur la nécessité d'investir dans l'énergie durable, rappelant que la Charte de l'énergie était « le garant pour résoudre les conflits d'investissement tout en donnant aux investisseurs la confiance nécessaire ». « La charte doit faciliter plutôt que faire obstacle à la transition énergétique. Toute réforme potentielle de l'ECT devrait œuvrer en ce sens », a-t-il insisté.
La directrice chargée de la politique énergétique à la DG Énergie de la Commission européenne, Megan Richards, a souligné l'action de l'UE face aux nombreux défis en matière d'investissements que soulève la transition énergétique, mettant en exergue le 'paquet pour l'énergie propre' et les efforts pour renforcer les interconnexions électriques, intégrer les renouvelables aux réseaux et développer les réseaux intelligents.
Parmi les interventions qui se sont succédé mercredi, retenons celle, fracassante, du vice-ministre arménien de l'Énergie, Hayk Harutyunyan, qui, soulignant le « rôle clé » de la Charte de l'énergie, a plaidé pour « des principes unifiés du transit de l'énergie », jugeant qu'il y a « trop de politique et pas assez d'énergie dans les questions de transit de l'énergie ». (Emmanuel Hagry)