Qu'il s'agisse du commerce international ou de la lutte contre le changement climatique, les sujets de contentieux sont nombreux entre les vingt principales économies de la planète dont les dirigeants se réuniront, vendredi 7 et samedi 8 juillet à Hambourg.
Hôte du sommet, la chancelière allemande, Angela Merkel, souhaite faire de ce sommet un succès personnel à moins de trois mois des élections législatives allemandes malgré les incertitudes qui entourent les positions de grandes puissances telles que les États-Unis. Elle n'est toutefois pas prête à brader les intérêts des Européens qui prônent, contre vents et marées, le multilatéralisme pour affronter les défis globaux du moment. Promettant de se faire entendre à Hambourg, la société civile est fortement mobilisée pour rappeler leurs responsabilités aux leaders mondiaux.
Commerce. En matière de commerce, le sommet de Hambourg devrait être le théâtre de discussions houleuses, les observateurs s’attendant à un 'clash' entre le président américain, Donald Trump, dont l’administration rechigne à reprendre à son compte les engagements des administrations américaines précédentes en faveur du libre-échange et contre le protectionnisme, et l’hôte de la réunion, la chancelière allemande, Angela Merkel, ainsi que les autres leaders des principales économies mondiales (EUROPE 11819).
Entre l’UE et les États-Unis, le torchon brûle, au-delà de la lenteur de Washington à se positionner sur les négociations TTIP en suspens, et de la démarche adoptée par Washington en vue de remédier au déficit commercial américain à l'égard de pays européens (EUROPE 11786) : les Européens redoutent que l’administration américaine décide de frapper les exportations européennes d’acier de taxes antidumping, suite à enquête spéciale sur les importations américaines d'acier confiée par M. Trump à son département du commerce.
M. Trump a invoqué la clause d'une loi commerciale datant de 1962, intitulée 'section 232', qui donne les pleins pouvoirs à l'administration américaine face au Congrès et l'autorise à restreindre, d'autorité, des importations qui mettraient en cause la sécurité du pays. Les résultats étaient attendus pour juin.
Mais la commissaire au Commerce, Cecilia Malmström, a d’ores et déjà prévenu, le 26 juin, que l'UE n'exclurait pas l'adoption de mesures de rétorsion commerciale contre les États-Unis, si Washington décidait de frapper les exportations européennes d'acier de taxes antidumping (EUROPE 11816). « Nous sommes très bien préparés », a assuré une source européenne, lundi 3 juillet. « Nous ne voulons pas créer de tensions mais si des mesures sont adoptées nous réagirons et nous nous y préparons », a-t-on aussi indiqué dans l’entourage du président français, Emmanuel Macron.
La question des surcapacités d’acier sera à l'ordre du jour du sommet de Hambourg. Lors de leur précédent sommet à Hangzhou (Chine), début septembre 2016, les pays du G20 avaient décidé de mettre en place un forum mondial sur les surcapacités mondiales dans le secteur de l'acier, piloté par l'OCDE et dont un rapport d'étape est attendu cette année (EUROPE 11616).
D’un point de vue global, si Mme Merkel a dit, lundi, ne pas s’attendre à ce que les positions du gouvernement américain changent à Hambourg, prévoyant des « divergences » sur le commerce, l’UE et ses pays membres siégeant au G20 réaffirmeront leur engagement en faveur du libre-échange. « Sur la déclaration finale, l’UE adhèrera aux principes fondamentaux que le commerce doit être libre et équitable », nous a confié cette source européenne, affirmant toutefois le souhait des Européens de « faire preuve de prudence quant à toute forme de langage qui demanderait une réforme de l'OMC ».
Mais tout en réaffirmant leur engagement contre le protectionnisme, les Européens afficheront aussi leur fermeté à l’égard du commerce déloyal. « Lors du sommet du G20, l'UE appellera à résister au protectionnisme. Mais l'Europe ne restera pas les bras croisés et n'hésitera pas à recourir aux outils dont elle dispose lorsque des pays ne respectent pas les règles du jeu », avait prévenu Mme Malmström le 26 juin, lors de la présentation d’un rapport de la Commission mettant en exergue une hausse de 10% en 2016 des barrières au commerce rencontrées par les exportateurs européens, dont la plupart se situent dans les pays du G20 - la Russie, la Chine et l'Inde en tête.
Climat. Les dirigeants du G20 devraient adopter un plan d’action pour le climat et l’énergie au service de la croissance. « L’objectif est de monter que le G20 et Trump sont sur la même longueur d’onde. Il ne s’agit pas de mettre la pression sur qui que ce soit », a indiqué ce haut fonctionnaire européen, lundi.
Toutefois, après l’annonce du retrait de l’Administration Trump de l’Accord de Paris sur le climat, c’est bien cet accord universel qui constitue l’un des points de divergence entre 19 membres du G20 et les États-Unis, le Président Trump ayant confirmé jeudi 29 juin qu’il était « très fier » de lui tourner le dos.
L’UE, plus que jamais déterminée à jouer un rôle de chef de file pour la mise en œuvre de l’Accord, est néanmoins confiante dans l’engagement du 'G19'. « Il n’y a pas encore de point de rupture. Au contraire, un engagement très fort a été pris. Tout le monde comprend que le climat est une question mondiale. Du côté américain, ils comprennent et partagent cette préoccupation. En revanche, ils parlent de renégocier les voies et les moyens. Il faudra trouver une façon d’aller de l’avant », a résumé cette source européenne, étant entendu que, pour l’UE, l’Accord de Paris n’est pas renégociable (EUROPE 11819).
Dans la déclaration de Hambourg, il est envisageable que le problème soit résolu par une formulation en deux temps à l’instar de ce qui s’était passé au G7 de Taormina (EUROPE 11797). Un paragraphe de portée générale reconnaîtrait l’engagement de tous à lutter contre le changement climatique, et un deuxième paragraphe, concernant spécifiquement l’Accord de Paris sur le climat, pourrait renvoyer « éventuellement à une note de bas de page » pour signaler la position particulière des États-Unis, a déclaré la même source.
Fiscalité. Prenant chaque année le pouls de l'économie mondiale et des moyens nécessaires pour soutenir la reprise économique, le G20 sera aussi à nouveau sur les questions fiscales.
L’OCDE présentera à Hambourg les résultats des travaux du Forum mondial sur les paradis fiscaux. Depuis le scandale Panama Papers, les chefs des vingt plus grandes économies mondiales avaient demandé à Hangzhou l’élaboration d’une liste noire internationale des paradis fiscaux d'ici à juillet 2017 (EUROPE 11616). De l’examen du Forum mondial, il ressort que seule Trinité-et-Tobago serait finalement épinglée, car elle n’a pas été en mesure de démontrer des progrès suffisants. Les Îles Marshall ne remplissent que partiellement leurs obligations.
Côté européen, on estime que la liste noire internationale est « insuffisante ». L’UE travaille à sa propre liste des paradis fiscaux avec des critères allant un peu au-delà de ceux de l’OCDE (EUROPE 11730). À ce stade, l’UE a contacté 92 juridictions qu’elle entend évaluer. D’après nos informations, toutes n’auraient pas répondu encore. Les États membres espèrent arrêter une liste finale et une palette de sanctions avant la fin de l’année.
Finalisation de Bâle III. Un point sera fait, lors du sommet, sur le renforcement des règles internationales fixant des exigences en capital bancaire (Bâle III). Lors de la réunion de juin du Comité de Bâle (EUROPE 11810), aucun consensus n’avait pu être dégagé sur la révision de seuils minimaux d’exigences en fonds propres (‘output floor’).
Afrique. Le G20 devrait lancer un nouveau partenariat avec l’Afrique visant à stimuler l’investissement, l’emploi et le développement durable - une initiative chère à la Présidence allemande du G20 et dont l’UE se félicite.
L’UE cherchera à créer des synergies avec ses propres initiatives en amont du sommet UE/Afrique d’Abidjan (EUROPE 11812), notamment son plan d’investissement extérieur ou Fonds européen de développement durable (EFSD). La création formelle de cet instrument est imminente afin que le fonds soit en mesure de lever 44 milliards d'euros d’investissements dans le secteur privé sur le continent africain et les pays du voisinage avec un budget initial de 3,35 milliards d’euros (EUROPE 11818). « Dans l’UE, nous avançons avec notre plan d’investissement extérieur. Nous souhaitons capitaliser sur ce que l’Allemagne s’efforce d’obtenir. Nous souhaitons la reconnaissance [par le G20] que l’UE apporte sa contribution via son plan d’investissement extérieur », a expliqué la même source européenne.
Migration. En référence aux travaux réalisés en 2015 à Antalya (EUROPE 11431), les leaders mondiaux évoqueront, par ailleurs, le défi migratoire qui comporte des opportunités en termes de dynamique économique ainsi que des défis quant à l'intégration des migrants dans les pays d'accueil.
Enfin, le G20 devrait aussi adopter une déclaration sur la lutte contre le terrorisme, un sujet qui tient à cœur l'Allemagne, elle-même frappée sur son sol par le phénomène. Quant aux crises régionales, telles que la guerre en Syrie, elles devraient être évoquées, vendredi, lors d'un dîner des ministres des Affaires étrangères des pays du G20. (Emmanuel Hagry, Aminata Niang, Élodie Lamer, Marion Fontana, Mathieu Bion)