Des représentants de 20 États membres ont adopté, en présence de la commissaire au Marché intérieur et à l’Industrie, Elżbieta Bieńkowska, une déclaration commune recommandant que l’Union se dote d’une stratégie industrielle holistique ambitieuse, lors de la cinquième conférence internationale des 'Amis de l’industrie' (‘Friends of Industry’), qui s’est tenue à Berlin, vendredi 30 juin. L'ombre du président américain, Donald Trump, et ses récentes actions, plane sur le contenu du texte.
« Nous avons besoin d'une industrie forte en Europe et d'une stratégie industrielle européenne claire avec des mesures concrètes en faveur du renforcement durable de la compétitivité de notre industrie », a déclaré le secrétaire d’État allemand, Matthias Machnig, qui, à cette occasion, a invité la Commission européenne à présenter rapidement une telle stratégie. Une manière d’enfoncer le clou planté par le Conseil ‘Compétitivité’ de mai 2017, qui demandait à la Commission de présenter une stratégie holistique pour le printemps 2018 (EUROPE 11798).
La déclaration, intitulée « Déclaration de Berlin » (‘Berlin Declaration’), rappelle d’ailleurs précisément la demande des États membres. La Commission européenne devrait présenter, au printemps 2018, une stratégie holistique pour le secteur industriel qui fixerait des objectifs stratégiques sur le moyen et long terme et qui serait accompagnée d’un plan d’action et de mesures concrètes, ainsi que d’une analyse d’impact sur l’industrie européenne des politiques européennes en règle générale.
La déclaration, longue de 5 pages, aborde de nombreuses thématiques, telles que la numérisation, l’accès aux investissements, la durabilité et l’écologie, ou encore le commerce international. La question de la transformation numérique de l’industrie est traitée en premier. Ici, les signataires considèrent que les États membres doivent renforcer leur investissement dans les infrastructures, tandis qu’au niveau européen, national et régional, des investissements accrus doivent avoir lieu dans les compétences numériques. Ils veulent, dans ce cadre, mettre l’accent sur les disciplines STEM, à savoir, celles liées aux sciences, aux technologies, à l’ingénierie et aux mathématiques.
Pour ce qui est des 'jeunes pousses' (‘start-ups’), les signataires veulent faciliter, pour les PME, l’accès aux marchés et aux financements, mentionnant de manière plus vague l’accès aux compétences, à la connaissance, à l’expertise et aux services technologiques et aux pôles d’innovation (‘innovation hubs’). En matière d’innovation, ils citent pêle-mêle : la 5G, l’impression 3D, la cybersécurité. En lien avec l’innovation, les 20 États membres précisent qu’il faut ajuster les programmes de financement et le cadre réglementaire dans sa globalité pour répondre aux enjeux de l’économie des données (‘data economy’).
Par ailleurs, les États membres demandent : le maintien du Fonds européen pour les investissements stratégiques, la réduction des coûts liés aux réglementations européennes, un environnement réglementaire stable dans le domaine de l’environnement. Sur ce dernier point, les signataires dénoncent, sans le citer, le récent retrait annoncé par le président américain, Donald Trump, de l’Accord de Paris. Sur le système ETS d’échange d’émissions, les signataires demandent de prendre en compte les industries énergivores.
Le commerce international occupe une part importante de la déclaration. Le texte constate que « le temps où de grandes nations commerciales se prononçaient en faveur de l’ouverture des marchés (…) est révolu », toujours en référence de manière à peine voilée aux États-Unis. Un changement que regrettent les signataires, qui considèrent que cela grèvera les chaînes de valeur industrielles. Partant, la déclaration souligne l’importance de faire respecter le principe de réciprocité et de répondre à la concurrence déloyale. Elle réitère ainsi l’importance des négociations multilatérales et bilatérales et insiste sur la nécessité, pour la Commission européenne, de défendre efficacement l’industrie européenne.
Ont signé la déclaration : l’Autriche, la Belgique, la Bulgarie, la Croatie, la République tchèque, la France, l’Allemagne, la Hongrie, l’Italie, la Lettonie, la Lituanie, le Luxembourg, Malte, les Pays-Bas, la Pologne, le Portugal, la Roumanie, la Slovaquie, la Slovénie et l’Espagne. (Pascal Hansens)