Parmi les onze recommandations du groupe d'experts piloté par l'ancien commissaire européen Pascal Lamy figure celle de doubler le budget alloué au programme-cadre de recherche et d'innovation dans le prochain cadre financier pluriannuel.
« Doubler le budget total du programme de recherche et d'innovation après 2020 est le meilleur investissement que l'UE puisse faire », indique le rapport du groupe d'experts présenté lundi 3 juillet à Bruxelles lors d'une conférence sur la contribution de la recherche au façonnement de l'avenir de l'Europe. Le programme 'Horizon 2020' est actuellement doté de 80 milliards d'euros, soit près de 8% du budget communautaire.
Le minimum que l'on puisse faire, c'est de fixer une dotation à 120 milliards d'euros, a estimé M. Lamy. Il a noté qu'un tel chiffre ne correspondrait qu'au montant nécessaire pour perpétuer le rythme actuel (+6,5%) de croissance annuelle du budget du programme 'Horizon 2020'.
Le commissaire à la Recherche, Carlos Moedas, a estimé qu'avec un budget limité à 8% du budget communautaire, il sera « impossible de relever les défis de demain ». C'est un marathon, il faut que l'Europe soit en mesure de courir aussi vite et longtemps que les autres, a-t-il souligné, citant des pays concurrents comme la Corée du Sud et les États-Unis.
Le groupe d'experts n'avait pas pour mandat de spécifier dans quels domaines les Européens devaient focaliser leurs recherches. « On est en pointe sur l'éolien, une technologie simple et aisée, mais c'est embêtant d'être à la traîne sur l'hydrogène », a-t-il toutefois noté. Et de pointer la difficulté des Européens à transformer le produit de la recherche en applications commerciales rentables : « On est bon pour faire la science avec de l'argent, mais pas très bon pour faire de l'argent avec la science ». Pour M. Moedas, l'UE est clairement en retard dans le domaine numérique. Selon lui, le prochain programme-cadre devra décliner la question numérique dans tous les domaines de recherche.
Brexit. Concernant la sortie du Royaume-Uni de l'UE, M. Lamy a considéré que, « pour limiter les dégâts » du Brexit, il conviendra de trouver un arrangement spécifique avec les Britanniques afin de prévoir leur participation au futur programme, à l'image de ce qui se fait déjà avec succès avec la Norvège, la Suisse et Israël.
Le rapport pointe également la nécessité d'assouplir les règles européennes de concurrence concernant le financement public à la recherche lorsque l'argent public bénéficie du label du programme-cadre de recherche de l'UE. Et au niveau international, un dialogue doit s'ouvrir sur la façon de parvenir à des règles du jeu équitables en matière d'aides publiques à la recherche. Sinon, on en arrive à des contentieux du type Airbus/Boeing, a fait remarquer M. Lamy, ancien directeur de l'Organisation mondiale du commerce.
Voir le rapport (EN): http://bit.ly/2sEIMKP (Mathieu Bion)