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Bulletin Quotidien Europe N° 11781
REPÈRES / RepÈres

De Paris et Londres à Kiev et Ankara, en passant par Trafalgar (I)

 

Les Français redonneront-ils, dimanche soir, des couleurs aux artisans du Brexit en entrouvrant la porte à un Frexit ? Tout indique que ce ne sera pas le cas : le très mauvais rêve d’une arrivée de Marine Le Pen à l’Élysée ne deviendra pas réalité. Pas cette fois en tout cas : on verra dans cinq ans si les aigreurs et ressentiments citoyens ont pu être enfin pris en compte et ‘soignés’ par Emmanuel Macron et ceux qu’il rencontrera bientôt au sein du Conseil européen.

Car – qu’on ne s’y trompe pas ! – si sa victoire est celle de l’Europe, de l’esprit européen des citoyens français, les millions de voix qui ont été portées sur la candidate du Front national sont celles de citoyens désenchantés par le cours pris par la mondialisation et l’intégration européenne, seulement coupables de n’avoir pas vu que la protection de frontières nationales ne valait guère mieux que celle des fiers châteaux forts d’hier tombés en ruines aujourd’hui... Soigner le mal qui est le leur – et qui est celui de beaucoup de leurs... concitoyens d’Europe – ne pourra pas dépendre de la seule action du nouveau pensionnaire de l’Élysée : c’est du niveau de l’Union tout entière que devra venir la prescription salvatrice, la réconciliation avec la perspective d’un avenir meilleur pour tous les citoyens d’Europe.

Les citoyens britanniques, eux, ne peuvent même plus s’accrocher à cet espoir. Les promesses des partisans du Brexit se dégonflent les unes après les autres comme des baudruches, obligeant les comparses de Nigel Farage à ne plus sortir des coulisses de l’histoire dans lesquelles les ont conduites leurs mensonges populistes et xénophobes.

Les ‘responsables’ conservateurs découvrent avec stupéfaction la somme colossale de problèmes qu’il leur incombe désormais de tenter de résoudre. Theresa May n’en revient pas de découvrir face à elle vingt-sept États membres bien décidés à ne pas permettre à son pays de continuer à jouer, comme il s’en était fait le champion au sein de l’Union, le ‘diviser pour régner’ (EUROPE 11778). Elle découvre, ébahie, un président de la Commission européenne qui la juge « sur une autre galaxie » à l’heure d’entamer les négociations de désadhésion, une chancelière allemande qui lui signifie vertement que des « pays avec un statut de pays tiers – et c’est ce que sera le Royaume-Uni – ne pourront avoir et n’auront pas les mêmes droits, voire même davantage, qu’en tant que membres de l’Union européenne ». Elle se rend compte, abasourdie, que le ‘continent’, cet ‘autre côté de la Manche’ dont ses prédécesseurs se sont toujours méfié comme de la peste, ne lui accordera, cette fois, aucune ristourne, qu’il veut à son tour ‘its money back’ et n’en démordra pas. Elle découvre, horrifiée, que son beau Royaume-Uni menace, de Gibraltar à l’Écosse en passant par l’Irlande du Nord, de voler en éclats, le nationalisme anti-européen des Anglais n’étant pas la tasse de thé de tous les Britanniques. En clair, c’est aujourd’hui un Trafalgar à l’envers qui se profile à l’horizon.

En annonçant la convocation d’élections législatives anticipées le 8 juin prochain (EUROPE 11769), le Premier ministre britannique, Madame Theresa May, a indiqué vouloir disposer d’une légitimité politique suffisante pour pouvoir « reprendre le contrôle de notre monnaie, de nos lois et de nos frontières » – litanie de poncifs que ne désavouerait certainement pas Marine Le Pen. Mais alors que celle-ci continuera à écouter les ‘voix’ d’une France profonde et éternelle telle une Jeanne d’Arc que la majorité de Français ne veut pas entendre, Mme May continuera-t-elle longtemps encore à pouvoir ignorer la désolation de ses compatriotes qui avaient voté pour le maintien dans l’Union et, désormais, les remords de ceux qui, lucides, mesurent l’ampleur de la catastrophe promise à leur pays ?

Selon un sondage publié par The Times le 27 avril dernier, les citoyens britanniques seraient aujourd’hui 45% à regretter le Brexit décidé lors du référendum de juin de l’année dernière, 43% d’entre eux maintenant leur décision (EUROPE 11776). Ils considèrent aussi majoritairement – 39% contre 28% – que quitter l’Union pénalisera leur pays, donc eux-mêmes.

Est-il, dès lors, légitime de penser, ainsi que le fait et le déclare Mme May, que « la Grande-Bretagne quitte l’Union européenne et il ne peut y avoir de retour en arrière » ? Poser cette question, c’est bien entendu revenir une fois encore sur l’absurdité crasse d’une décision de nature et de portée constitutionnelles par le biais d’un référendum – consultatif – dont des apprentis sorciers tout à leur jeu de politique politicienne n’ont même pas pris la peine d’assurer la validité en prévoyant une majorité plus conséquente que le couperet des 50,01%.

À l’issue de sa récente visite au 10 Downing Street, le président du Parlement européen, Antonio Tajani, a estimé que les partenaires de Londres ouvriraient grands leurs bras si, au détour du scrutin du 8 juin, les citoyens britanniques choisissaient une majorité disposée à revenir sur le déclenchement de l’article 50 : « Si le Royaume-Uni voulait rester, tout le monde y serait favorable », a-t-il lancé avec enthousiasme. Il ne se trompe sans doute pas, sinon que ce scénario est encore beaucoup plus improbable qu’une victoire de Marine Le Pen, tant le parti conservateur, en s’accommodant des bas instincts inoculés dans la société britannique par les populistes et leurs agents médiatiques, et le parti travailliste de Jeremy Corbyn, par son aversion européenne atavique, ont dévoyé le jeu démocratique propre au Royaume-Uni lorsqu’il y est question de l’Europe.

Pourtant, par fair play pour les citoyens britanniques qui n’ont pas voulu ce déchirement et la déroute en rase campagne qui est in fine promise à leurs compatriotes, par souci d’éviter aussi que d’autres citoyens européens ne cèdent à leur tour aux sirènes populistes qui ne sont pourtant annonciatrices que du retour inéluctable aux drames atroces d’un passé pas si lointain (dans l’histoire, 77 ans, ce n’est rien !), il est bon que des voix alternatives s’élèvent pour paver la voie à un avenir meilleur pour les européens. Pour tous les citoyens d’Europe. (À suivre)

Michel Theys

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