Moscou souhaite « une relation pragmatique et davantage orientée vers les résultats, moins emprunte de slogans, plus riche en substance » avec une Union européenne « économiquement et politiquement forte » dans un monde multipolaire, et escompte que le Brexit ne sera dommageable ni à l’UE, ni au Royaume-Uni, ni aux pays tiers liés à l’UE par un partenariat stratégique, comme la Russie, a souligné l’ambassadeur de ce pays auprès de l’UE, Vladimir Chizhov, mercredi 3 mai à Bruxelles.
Il s’exprimait, devant la presse européenne, une semaine après la rencontre entre la Haute Représentante de l’UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, Federica Mogherini et le ministre russe des Affaires étrangères, Sergeï Lavrov (EUROPE 11773), et au lendemain de la rencontre à Sotchi entre la chancelière allemande, Angela Merkel, et le Président russe, Vladimir Poutine.
Interrogé sur son appréciation du Brexit, l’ambassadeur russe a estimé que « tous les pays tiers qui ont des partenariats avec l’UE auront à calculer l’effet du Brexit ». Il a cité notamment le fait que le Royaume-Uni, le 29 mars 2019, ne sera plus tenu par l’accord de coopération avec la Russie, par les décisions antidumping, par l’accord sur le ciel unique, les quotas tarifaires à l’importation de produits agricoles, et que tout cela entraînera de longues négociations. Il a fait remarquer à cet égard que tous les anciens accords sur l'aviation civile, dont certains remontent aux années 1950, devront être renégociés avec le Royaume-Uni.
Selon lui, « la meilleure option possible, le jour où le Royaume-Uni quittera l’UE, serait la levée [par ce pays] des sanctions infligées à la Russie ». Mais d’ajouter aussitôt: « J’espère la levée des sanctions [de l’UE] avant que le Brexit n’intervienne. J’espère que le processus de Brexit ira de pair avec un plan précis et un calendrier, et que les populations des deux côtés de la Manche n’auront pas à souffrir, et dans d’autre parties du monde non plus ».
Invité à se prononcer sur les soupçons de propagande russe en Europe, l'ambassadeur russe a répondu : « Nous n’avons pas l’intention de déstabiliser l’UE. Nous voulons que l’UE soit un acteur majeur tant au plan économique que politique. Nous voyons à quel point l’Asie se développe rapidement, à quel rythme l’Amérique latine se développera demain, et l’Afrique après-demain. Nous devrions être réalistes dans nos objectifs stratégiques. Nous devrions nous limiter à maintenir notre position dans ce monde multipolaire », a-t-il déclaré, en exprimant le regret que la politique russe soit de « promouvoir le partenariat de coopération avec l’UE » tandis que l’UE, dans sa stratégie globale, qualifie les relations avec la Russie de « défi ». (Aminata Niang)