*** DOMINIQUE ANDOLFATTO, SYLVIE CONTREPOIS (sous la dir. de) : Syndicats et dialogue social. Les modèles occidentaux à l’épreuve. Presses Interuniversitaires Européennes / Peter Lang (41 av. Maurice, B-1050 Bruxelles. Tél. : (41-32) 3761717 – fax : 3761727 – Courriel : brussels@peterlang.com et order@peterlang.com – Internet : http://www.peterlang.com ). 2016, 292 p., 45 €, 36 £, 58,95 $. ISBN 978-2-875-74342-8.
Qu’en est-il de la concertation sociale alors que la mondialisation n’en finit plus d’entraîner son lot de restructurations et de recompositions économiques, alors que les technologies de l’information et de la communication bouleversent les frontières du monde du travail, alors que la crise multiforme qui sévit au sein de l’Union européenne fragilise des segments importants des sociétés, alors que la dimension européenne contribue aussi à brouiller certains repères traditionnels ? C’est à ces questions que des chercheurs spécialisés dans les relations du travail apportent des réponses éclairantes et scientifiquement étayées à travers quinze études de cas qui mettent en lumière l’évolution des systèmes de relations des partenaires sociaux au fil des trente dernières années dans quinze pays. Le point est ainsi utilement fait sur l’état des modèles qui étaient dominants à la fin du 20ème siècle, ainsi résumés par Dominique Andolfatto (professeur de science politique à l’Université de Bourgogne Franche-Comté) et Sylvie Contrepois (chercheure à la London Metropolitan University et membre du Centre de recherches sociologiques et politique de Paris) dans leur introduction : « un modèle britannique ou anglo-saxon (plus proche des Etats-Unis que de l’Europe continentale) qui ‘laisse une grande liberté de négociation aux acteurs syndicaux et patronaux’, un modèle allemand et, plus largement, de l’Europe du Nord-Ouest (ou rhénan) qui privilégie des négociations centralisées par branche (avec un sous-groupe constitué par les pays scandinaves qui a poussé le plus loin l’homogénéisation entre syndicalisme et politique), un modèle des pays latins dans lequel ‘l’Etat joue un rôle prépondérant du fait de l’héritage jacobin et du poids du secteur public’ ».
Ce que montrent les études de cas qui constituent le corps de cet ouvrage, c’est que ces modèles ont été aussi bousculés que l’ont été les acteurs syndicaux depuis le dernier quart du 20ème siècle, même si tous font de la résistance et s’emploient à s’adapter aux contextes nouveaux. Treize de ces études de cas portent sur des pays européens, à savoir : i) une étude relative aux évolutions du « modèle » anglo-saxon (Royaume-Uni) ; ii) six études concernent le « modèle » de l’Europe du Nord-Ouest dans ses différentes variétés (Allemagne, Autriche, Belgique, Danemark, Pays-Bas et Suède) ; iii) quatre études se rapportent à l’Europe latine (Espagne, France, Grèce, Italie) ; iv) deux études sont enfin consacrées à des pays d’Europe de l’Est, soit la Bulgarie et la Roumanie. S’y ajoutent deux études consacrées à l’Amérique du Nord à travers les Etats-Unis et le Québec, le premier éclairant et anticipant, selon les coordinateurs du livre, « certains changements qui caractérisent au moins partiellement la plupart des pays européens dans un sens d’une plus grande libéralisation », tandis que la province canadienne montre, quant à elle, une meilleure résistance de l’acteur syndical à la déréglementation, mais au prix d’importantes concessions.
Sans surprise, les conclusions auxquelles conduisent ces études de cas ne versent pas vraiment dans l’optimisme, ainsi qu’en atteste ce paragraphe qui ouvre le chapitre final : « Plusieurs décennies après que les premiers jalons pour la mise en place d’une Europe sociale aient été posés, l’incertitude quant à la capacité des pays du vieux continent de poursuivre ensemble la construction et l’affirmation d’un ‘modèle social européen’, différent, voire alternatif au néo-libéralisme qui caractérise le monde anglo-saxon, et même au-delà, paraît entière ». Toutefois, les auteurs invitent à la prudence lorsqu’il s’agit d’interpréter les diverses évolutions en cours et d’en tirer des enseignements. Le déclin général de la représentation syndicale prend ainsi des tournures fort différentes selon les pays, les syndicats manifestant en outre partout la volonté et la capacité de se renouveler pour y faire face. Une autre tendance lourde observée est une évolution combinant décentralisation de la négociation collective et régulation croissante des relations professionnelles par les Etats. Ce processus de décentralisation joue un rôle important dans la dérégulation des relations d’emploi, mais ce rôle reste toutefois freiné notamment par « le développement de la législation européenne, qui se traduit par une régulation croissante des relations professionnelles par les différents Etats », cette évolution étant particulièrement visible dans le cas des pays d’Europe centrale et orientale entrés dans l’Union dans les années 2000. Plusieurs auteurs notent aussi « une européanisation des modèles de relations professionnelles nationaux » dans les ‘anciens’ Etats membres, y compris... au Royaume-Uni.
Pierre Bouvier
*** NIKLAS BRUUN, KLAUS LÖRCHER, ISABELLE SCHÖMANN, STEFAN CLAUWAERT (sous la dir. de) : The European Social Charter and the Employment Relation. Hart Publishing (Kemp House, Chawley Park, Cumnor Hill, Oxford, OX2 9PH, UK. Tél. : (44-1865) 598648 – fax : 727017 – Courriel : mail@hartpub.co.uk – Internet : http://www.hartpub.co.uk ). 2017, 536 p., 75 £. ISBN 978-1-5099-0632-1.
Si elle n’a pas la même notoriété que la Convention européenne des droits de l’Homme, la Charte sociale européenne adoptée par le Conseil de l’Europe en 1961 n’en constitue pas moins une avancée majeure en ce que, aux droits civils et politiques couverts par la première, elle ajoute des droits économiques, sociaux et culturels de portée équivalente. Telle qu’elle a été révisée en 1996, elle se révèle donc être un outil juridique de la plus haute importance et méritant d’être mieux connu par le monde académique et par les institutions actives en ce domaine, des juges aux organisations non gouvernementales et aux syndicats en passant par les avocats spécialisés, les médiateurs ou les fonctionnaires. Fruit de deux années de travail d’une équipe de chercheurs indépendants actifs dans l’ombre portée de l’Institut syndical européen, cet imposant ouvrage leur est destiné puisque, ainsi que l’expliquent ses coordinateurs dans leur introduction, il a été conçu pour que la Charte soit plus largement connue, tout comme ses interactions avec d’autres instruments relevant du domaine des droits de l’homme (Conseil de l’Europe, Union européenne, Organisation internationale du travail ou Nations unies). Dans une première partie du livre, cinq spécialistes académiques procèdent à une analyse juridique approfondie de ce qui est présenté comme « une nouvelle constitution sociale pour l’Europe ». La deuxième partie voit, elle, l’application de différents droits sociaux être jaugée à la lumière de la jurisprudence du Comité européen des droits sociaux. Il va de soi que cette évaluation est d’une parfaite pertinence en ce temps ou la crise met un peu partout à mal les droits sociaux actés dans une Charte qui, comme le rappelle Régis Brillat dans son avant-propos, « repose sur le principe du plein emploi ». Secrétaire exécutif du Comité européen des droits sociaux, celui-ci rappelle également que la Charte est confrontée aujourd’hui à une série de défis, le moindre d’entre eux n’étant pas sa relation avec le droit communautaire puisque ces deux ordres juridiques divergent, par exemple, à propos des Directives temps de travail, travailleurs détachés et regroupement familial, ainsi que sur l’impact qu’ont les mesures d’austérité sur les droits de l’homme...
(MT)
*** ARTEMIS ANAGNOSTOU-DEDOULI, PATRINA PAPARRIGOPOULOU-PECHLIVANIDI : Union pour la protection des droits sociaux. La sécurité sociale comme condition du développement économique et de la cohésion sociale. Editions Papazisi (2 rue Nikitara, GR-10678 Athènes. Tél. : (30-210) 3822496 – fax : 3809020 – Courriel : papazisi@otenet.gr – Internet : http://www.papazisi.gr ). 2016, 336 p., 20 €. ISBN 978-960-02-3233-2.
Les questions brûlantes liées à la sécurité sociale se multiplient généralement lors des périodes de ralentissement économique. Couplée à la moindre participation au marché du travail et au vieillissement démographique, la crise budgétaire qui touche beaucoup de pays d’Europe, la Grèce en particulier, constitue un défi important pour les systèmes de retraite, la sécurité sociale publique et l’assurance professionnelle. Dans ce contexte, les auteurs de cet ouvrage coordonné par deux chercheuses enseignant le droit à l'Université d'Athènes contribuent à la formulation d'une stratégie nationale à long terme en vue de moderniser le modèle de protection sociale prévalant en Grèce. Ils identifient et analysent avec un esprit critique différentes suggestions interdisciplinaires de réforme du système de l'assurance sociale. Ils insistent sur la nécessité d’arrêter un calendrier et de s’armer d’un cadre scientifique, politique et institutionnel très différent de l’actuel pour parvenir très vite à une révision radicale du système de retraite du pays. Leur objectif a été de faire de cet ouvrage un outil utile et pratique pour les enseignants, les chercheurs et les étudiants dans les domaines de l'économie, du droit et de la sécurité sociale, chaque citoyen intéressé à la sauvegarde de la sécurité sociale en Grèce pouvant aussi en tirer profit.
(AKa)
*** THANASSIS ALEXIOU : Les classes sociales, les inégalités sociales et les conditions de vie. Editions Papazisi (2 rue Nikitara, GR-10678 Athènes. Tél. : (30-210) 3822496 – fax : 3809020 – Courriel : papazisi@otenet.gr – Internet : http://www.papazisi.gr ). 2016, 456 p., 20 €. ISBN 978-960-02-3237-0.
Quand les inégalités sociales ne cessent de s’approfondir et que les conditions de vie de larges couches de la population se détériorent constamment, n’est-il pas surprenant que le concept de classe sociale soit abandonné ? Cette occultation ne relève-t-elle pas, en réalité, d’une posture idéologique liée au fait que la richesse et la puissance sont aux mains du groupe social qui contrôle le système de production ? L'intention de l'auteur de ce livre, professeur agrégé au département de sociologie de l'Université d'Egée, est de contribuer à l'émergence de l'analyse sociale comme processus critique et outil de réflexion à mettre en place dans le contexte historique, politique, économique et social actuel afin de s’attaquer aux inégalités sociales par le biais de médiations culturelles qui, telles l’habitus, les pratiques linguistiques, les modes de vie, peuvent favoriser ou entraver l'action sociale des individus et des groupes. En termes sociologiques, cela signifie réconcilier, selon l’auteur, la stratification sociale (le revenu, le prestige, le pouvoir, l'éducation, le capital culturel...) et la catégorie analytique de la classe sociale pour reconnecter l'économie des moyens et des ressources (matérielles et symboliques) à la politique, à savoir la façon dont une société organise la production et la distribution de la richesse sociale et sa reproduction.
(AKa)
*** SAVVAS ROBOLIS, VASSILIS BETSIS : L’odyssée du système social grec. Editions Livanis (98 rue Solonos, GR-10680 Athènes. Tél. : (30-210) 3661200 – fax : 3617791 – Courriel : webmaster@livanis.gr – Internet : http://www.livanis.gr ). Collection « Politique-économie ». 2016, 240 p., 14 €. ISBN 978-960-14-3087-4
Professeur émérite de l'Université Panteion, Savvas Robolis a été, entre 1990 et 2013, le directeur scientifique de l'Institut du travail de la Confédération Générale des Travailleurs grecs. Avec le doctorant Vassilis Betsis, il analyse et cherche à mieux comprendre, dans ces pages, la manière dont les politiques de sécurité sociale ont été progressivement développées et mises en œuvre en Grèce. Il met ainsi en lumière l'impasse dans laquelle le système de sécurité sociale, suite notamment à l'application des politiques de mémorandums entre 2010 et 2016. Ils mettent également en évidence le couplage des éléments financier et sociaux. Sur la base d’une documentation actuarielle, ils envisagent des politiques alternatives qui puissent garantir la viabilité économique à long terme et l'efficacité sociale du système de sécurité sociale dans les années 2020, lui permettant notamment d'absorber les effets indésirables de l'évolution démographique.
(AKa)
*** GAVRIIL AMITSIS : Les sauvegardes emblématiques de la cohésion sociale au moment du Mémorandum. Le modèle de la stratégie d'inclusion sociale nationale. Editions Papazisi (2 rue Nikitara, GR-10678 Athènes. Tél. : (30-210) 3822496 – fax : 3809020 – Courriel : papazisi@otenet.gr – Internet : http://www.papazisi.gr ). 2016, 416 p., 26,50 €. ISBN 978-960-02-3263-9.
Cette étude a pour objet de promouvoir les initiatives phares qui ont été prises par le gouvernement grec lors de la mise en œuvre des deux premiers Mémorandums de stabilisation de l'économie grecque en vue de sauvegarder la cohésion sociale. A travers le Livre vert sur la Stratégie nationale de l’intégration sociale (2013) et la Stratégie qui a suivi en 2014, l’inclusion sociale est venue enrichir la palette couverte par le système de protection sociale, ajoutant le modèle opérationnel de l’intégration active à la lutte contre la pauvreté traditionnelle. Le but est de poursuivre trois priorités fondamentales : a) le soutien du revenu pour assurer un niveau de vie décent aux personnes sans ressources adéquates ; b) la connexion au marché du travail à travers les mesures de promotion de l’emploi ; c) l'amélioration de l'accès aux services sociaux. Avocat spécialisé dans le droit social et professeur de droit des assurances sociales à l’Université d'Athènes, l’auteur montre que ces initiatives stratégiques n’ont pas été validées pendant la période 2015-2016 par les changementsréglementaires nécessaires. Il en résulte que, l’Etat grec restant institutionnellement fragile, la Grèce reste confrontée, sept ans après son entrée sous les Mémorandums, à des problèmes structurels majeurs et à des lacunes institutionnelles qui lui interdisent de bâtir un réseau d'inclusion efficace et durable des groupes de population vulnérables, ce qui continue à mettre en danger le développement social et la cohésion du pays.
(AKa)