L’UE et la Tunisie entendent procéder à une « remise à plat » de leur accord d’association. Le processus de réflexion sur l’avenir de cette relation, jugée significative compte tenu de l’attachement de la Tunisie à sa coopération politique et commerciale avec l’UE, démarrera le 11 mai 2017. Une session du Conseil d’association aura lieu à Bruxelles et la Tunisie y plaidera un « saut qualitatif » dans la relation avec son « partenaire stratégique », l’Europe.
Une réunion préparatoire (Comité d’association) a eu lieu jeudi 20 et vendredi 21 avril à Tunis pour en fixer l’ordre du jour et proposer une « feuille de route ».
Présidée par le directeur adjoint au Service européen pour l'action extérieure (EEAS), Colin Scicluna, et le directeur général en charge des relations avec l’Europe au ministère tunisien des Affaires étrangères, Mohamed Mezghani, le Comité a, selon nos sources, déterminé trois axes de travail et, en premier lieu, l‘urgence de contenir le déficit commercial tunisien qui atteindrait près de la moitié du budget de l’État (13 milliards de dinars en 2015).
Le besoin de corriger cette tendance vise notamment à limiter l’endettement d'une Tunisie forcée de s’endetter davantage pour financer ses importations, même limitées aux produits de grande nécessité. Cela aggrave son déficit avec ses principaux partenaires commerciaux. L’UE n’est pas au premier rang (Chine et Turquie en tête), mais elle est sollicitée en tant que partenaire commercial privilégié et avec lequel la Tunisie compte conclure un Accord de libre-échange complet et approfondi (ALECA). Plusieurs États membres ont déjà pris en compte cette situation en admettant une reconversion de la dette bilatérale.
Des assouplissements sont souhaités (règles d’origine, recours au SPG – système des préférences généralisées – si nécessaire) ainsi que des appuis à la diversification au sein du marché intérieur. Autre aspect : les exportations tunisiennes restent concentrées sur les pays « traditionnels » (France, principalement) qui absorbent 80% des ventes tunisiennes vers l’espace communautaire. La demande est aussi de prêter une plus grande attention à la perte graduelle des parts de marchés de la Tunisie au sein de l’UE.
Le deuxième volet porte sur l’approfondissement de la coopération que la Tunisie souhaite orienter davantage vers la jeunesse et la promotion d’échanges professionnels et des jumelages impliquant la société civile. Une ouverture vers l’économie de la culture, le secteur de la formation professionnelle, est par ailleurs souhaitée.
En troisième lieu, la « feuille de route » suggère l’ouverture d’une réflexion – une « remise à plat » - à la fois pour rehausser la relation qualitativement. L’occasion serait propice aussi pour corriger des manques déplorés dans la « politique de voisinage ». Son efficacité ne serait pas pleinement convaincante et il y aurait un besoin d’adaptation aux réalités des pays de la rive sud de la Méditerranée. (Fathi B’Chir)