Les principaux responsables et groupes politiques européens ont salué, dimanche 23 et lundi 24 avril, le résultat réalisé par le candidat du mouvement En Marche ! d'Emmanuel Macron, arrivé devant Marine le Pen, présidente du Front national, à l’issue du premier tour de l’élection présidentielle française, et appelé les électeurs à faire barrage à la présidente du FN.
Le candidat pro-européen est arrivé en tête avec 23,9% des suffrages contre 21,43% pour sa concurrente, lors du premier tour des élections auxquels participaient 11 candidats. Pour la première fois, les candidats des partis traditionnellement au pouvoir en France - le Parti socialiste et Les Républicains - ont été éliminés au premier tour de l'élection et ne participeront pas au second.
« Voir les drapeaux français et européen saluer le résultat d'Emmanuel Macron, c'est l'espoir et le futur de notre génération », a réagi Federica Mogherini, la Haute Représentante de l'UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, via Twitter.
C'est la réaction de la Commission européenne qui a fait couler de l'encre, l'institution européenne étant d'habitude très frileuse à s'inviter dans une campagne électorale nationale. Le président Juncker a « félicité » M. Macron « pour son résultat au premier tour et lui a souhaité bon courage pour la suite », avait indiqué le porte-parole de la Commission, Margaritis Schinas, dimanche 24 avril via Twitter.
Interrogé lundi sur ce positionnement de M. Juncker en faveur du candidat d’En Marche !, M. Schinas a justifié cette intervention par le fait qu’« il y avait le choix entre la défense de l’Union ou l’option de la détruire ; c’est pourquoi Juncker soutient Macron ».
Ce week-end à Washington où ils participaient aux réunions de printemps des organisations financières internationales, le commissaire aux Affaires économiques et financières, Pierre Moscovici, et M. Juncker ont discuté de l'opportunité de réagir aux résultats du premier tour des élections présidentielles françaises. Si Mme Le Pen n'avait pas été présente au second tour, la Commission n'aurait pas réagi.
Mais, « dans un référendum sur l'euro, on n'a pas à rester muet », a déclaré M. Moscovici, qui a appelé à voter « d'abord pour M. Macron, pour l'Europe, puis contre Mme Le Pen ». Notant un certain « soulagement » au sein de la Commission, il a mis en garde contre la tentation de tomber dans la facilité : la France devra agir pour restaurer sa « crédibilité », notamment sur le plan budgétaire et économique. Quant aux institutions européennes, elles devront elles-aussi tenir compte du mécontentement exprimé, près de 50% des électeurs français s'étant prononcé pour une remise en cause fondamentale de l'Europe telle qu'elle est. Cela pourra se faire, d'après M. Moscovici, en démocratisant la zone euro à partir des instances existantes, en définissant une politique commerciale « plus équilibrée » sans être protectionniste et en avançant sur l'Europe sociale pour affronter le populisme.
Les groupes politiques pro-européens entre soulagement et crainte
Le libéral belge, chef de file de l’ADLE au Parlement européen, Guy Verhofstadt, s’est dit « ravi », dimanche soir, qu’Emmanuel Macron soit arrivé en tête du premier tour grâce à un programme « pour une France tolérante, ambitieuse et européenne ».
La majorité des formations politiques pro-européennes au PE a toutefois insisté sur le danger que représente toujours la présence de l’extrême droite au second tour du scrutin en France.
L'Allemand Manfred Weber, le chef de file du PPE, a ainsi estimé que tous les démocrates devraient serrer les rangs « contre les radicaux et les populistes ». Gianni Pittella, leader du groupe S&D, a aussi appelé toutes les « forces démocratiques à faire barrage au Front national ». L’Italien n’a toutefois pas caché sa déception quant aux résultats de Benoît Hamon, le candidat du Parti socialiste, qui a été le « seul candidat à avoir défendu un programme pro-européen progressiste avec des propositions innovantes ».
Les Verts/ALE ont, eux aussi, estimé, qu’il convenait de soutenir Emmanuel Macron. « En dépit des faiblesses de son mouvement En Marche !, spécialement sur les enjeux sociaux et environnementaux, c'est l'heure du rassemblement contre le national-populisme d'extrême droite de Marine Le Pen », a déclaré le co-président du groupe Philippe Lamberts. (Solenn Paulic avec Mathieu Bion)