« Beaucoup plus optimiste qu’il y a deux mois », le commissaire européen à la Migration, Dimitris Avramopoulos, s’est dit confiant, mercredi 12 avril, que les États membres rempliront d'ici à septembre leurs obligations de relocalisation de migrants depuis la Grèce et l'Italie, même si le mécanisme européen ne concernera au final qu'environ 33 000 migrants sur les 160 000 personnes envisagées en septembre 2015.
Modifiant totalement son discours tenu il y a encore un mois (EUROPE 11737), Dimitris Avramopoulos a même jugé qu’il serait contreproductif de lancer des procédures d’infraction contre les États réfractaires à la relocalisation, et de sanctionner ces pays en les privant de fonds européens. « Ce ne serait pas utile d’attaquer les pays réticents, il faut trouver des solutions qui aident surtout les réfugiés », a indiqué M. Avramopoulos.
En présentant le 11ème rapport sur la relocalisation de demandeurs d’asile depuis la Grèce et l’Italie vers les autres pays membres, le commissaire a expliqué qu’au 10 avril, 16 340 relocalisations avaient été effectuées au total, 5 001 au départ de l'Italie et 11 339 au départ de la Grèce. « Il y a eu des résultats très encourageants », a dit le responsable, plus de 2400 relocalisations ayant eu lieu depuis le dernier rapport.
En septembre, il sera ainsi tout à fait possible de respecter les engagements de relocalisation, a assuré le commissaire pour qui le programme commence vraiment à fonctionner.
Mais à y regarder de plus près, la Commission ne parle plus de remplir les objectifs que le Conseil de l’UE s’était fixés en septembre 2015, à savoir de relocaliser 160 000 personnes. Une décision prise en faveur de la Turquie dans le cadre de l’accord UE/Turquie de mars 2016 (EUROPE 11515) avait prélevé sur ce ‘quota’ de 160 000 une réserve de 54 000 places pour réinstaller des réfugiés abrités en Turquie, mettant cet objectif de relocalisation à 106 000. De ce chiffre, a en outre été soustrait un nombre de 8000 personnes pour des dérogations diverses (par exemple celles autorisées en faveur de la Suède ou de l’Autriche).
La Commission vise donc un objectif de 98 000 personnes à relocaliser. Pour autant, admet-elle, cet objectif est tout à fait virtuel. Il n’y a plus, aujourd’hui en Grèce, que 16 000 personnes éligibles à la relocalisation et plus que 3500 en Italie. D’ici à septembre, si la situation ne change pas, l'institution européenne pourra ainsi saluer la réussite d’un programme qui aura bénéficié dans les faits à 33 840 personnes contre les 160 000 prévues au départ. Pour sa défense, la Commission fait valoir que cet objectif de 160 000 était théorique en septembre 2015 et inspiré de la situation d’alors. En 2015, l’UE a en effet accueilli plus d’un million de personnes.
« Le nombre total de personnes admissibles à une relocalisation qui sont présentes dans ces deux pays est largement inférieur à ce que prévoyaient les décisions du Conseil », écrit la Commission. « Compte tenu de ces chiffres, il est parfaitement possible de relocaliser l'ensemble des candidats admissibles actuellement présents en Grèce et en Italie d'ici septembre 2017 ».
Plusieurs pays membres, dont la Hongrie et la Pologne, continuent pourtant de refuser purement et simplement de participer au programme.
15 492 personnes réinstallées
En ce qui concerne les réinstallations de réfugiés depuis des pays tiers, 15 492 personnes avaient été réinstallées dans 21 pays (notamment des pays non membres de l'UE) au 10 avril, soit plus des deux tiers des 22 504 réinstallations décidées en juillet 2015, indique le rapport.
Certains États membres et pays associés ont déjà totalement atteint leurs objectifs : Estonie, Irlande, Pays‑Bas, Finlande, Suède, Royaume-Uni, Islande, Liechtenstein et Suisse.
Le nombre de réinstallations effectuées depuis la Turquie est inclus dans le nombre total de réinstallations, explique la Commission. 4 618 réfugiés syriens sont concernés à ce jour.
Mais, là encore, l'institution européenne semble jouer avec les chiffres. Elle inclut ces réfugiés syriens dans le nombre total de réinstallations, c'est à dire par rapport à la décision de juillet 2015 qui concernait 22 504 personnes. Mais ces Syriens ont été réinstallés au titre de l’accord UE/Turquie qui a ouvert, lui, 54 000 places de réinstallation supplémentaires et dont la Commission ne donne pas le bilan. (Solenn Paulic)