Pour la quatrième année consécutive, le niveau d’aide publique au développement (APD) de l’UE et ses États membres a augmenté en 2016 pour atteindre 75,5 milliards d’euros (une hausse de 11% par rapport à 2015), mais l’aide aux réfugiés en Europe n’y est pas étrangère, selon les chiffres provisoires publiés par le comité d’aide au développement de l’OCDE, mardi 11 avril.
Cette contribution représente 0,51% du RNB de l’UE – toujours loin de l’objectif de 0,7% auquel l’UE et ses États membres ont collectivement souscrit, mais au-dessus de la moyenne de 0,21% des pays tiers de l’OCDE. Elle permet à l’UE de conserver sa place de 1er donateur au monde, ce dont la Commission européenne s’est aussitôt enorgueillie.
« Cela démontre notre engagement envers les objectifs de développement durable de l’ONU », a déclaré le commissaire européen à la Coopération internationale et au Développement, Neven Mimica, cité dans un communiqué.
Pour autant, 25% de cette hausse sont dus à la comptabilisation de l’aide aux réfugiés en Europe, laquelle a augmenté de 10% pour atteindre 64,8 milliards € (contre 59,1 milliards en 2015), tandis que chutait l’aide aux pays les plus pauvres, au grand dam des ONG de développement.
L'aide à l'Afrique en baisse. Cette tendance est également observée pour tous les pays de l’OCDE : l’aide publique des pays riches a augmenté de 8,9% pour atteindre un pic jamais égalé de 142,6 milliards de dollars en 2016 (0,32% du RNB des pays donateurs), en comptabilisant 15,4 milliards de dollars dépensés en frais d'accueil des réfugiés (une hausse de 27,5% en termes réels, soit 10,8% du total de l'APD nette) tandis que l’aide aux pays les moins avancés a baissé de près de 4% (3,9%) en termes réels et de 0,5% pour les pays d'Afrique. Le CAD de l'OCDE annonce travailler à la clarification des règles gouvernant les déclarations relatives à l'APD afin de garantir que les coûts liés aux réfugiés n'absorbent pas les fonds disponibles pour l'aide au développement.
5 États membres de l'UE champions de l’APD. L’an dernier, 5 États membres ont atteint ou dépassé l’objectif de 0,7%, Luxembourg en tête (1% en baisse), suivi par la Suède (0,94% en baisse), le Danemark (0,75% en baisse), et le Royaume-Uni (0,7%) et – c’est une première - l’Allemagne (0,7%). Les Pays-Bas ont, eux, rejoint le groupe des donateurs dont l'APD est tombée en dessous du seuil de 0,7%. Au total 16 pays de l'UE ont augmenté leur APD par rapport à leur RNB, 5 l'ont réduite et 7 l'ont maintenue au même niveau.
Les ONG dénoncent une hausse de l’« aide fantôme » et la baisse de l’aide réelle
Notant, par exemple, que l’augmentation de l’APD de la Belgique en 2016 (0,49% du RNB contre 0,42% en 2015), « s’explique essentiellement » par la comptabilisation des frais d’accueil des demandeurs d’asile dans le pays et par une provision exceptionnelle de 57 millions d’euros en vue de financer l’accord UE-Turquie sur les réfugiés syriens et le fonds fiduciaire d’urgence de l’UE destiné à lutter contre les causes profondes de la migration irrégulière en Afrique, l’ONG belge CNCD-11.11.11 dénonce un artifice comptable marquant le fait que son « aide réelle » pour financer des programmes de développement plafonne à un niveau historiquement faible. « Pour répondre aux enjeux du 21ème siècle, l’aide ne pourra être efficace que si une aide réelle est allouée en quantité suffisante pour financer les objectifs de développement durable. Les artifices comptables permettant de gonfler l’aide fantôme pour masquer les restrictions budgétaires ne sont pas une solution », estime Arnaud Zacharie, Secrétaire général du centre national de coopération au développement CNCD-11.11.11.
« Ces chiffres montrent que les règles en matière d'aide peuvent avoir des effets pervers, si elles masquent le montant réel qui va aux pays pauvres », renchérit Polly Meeks de l'ONG Eurodad.
Oxfam accuse les pays riches « d'induire l'opinion publique en erreur en qualifiant d'aide publique au développement l'argent dépensé pour traiter les demandes d'asile ou rétribuer des pays tiers pour retenir les migrants chez eux », déplore Natalia Alonso, de cette ONG, à l'heure où 20 millions de personnes en Afrique sont menacées de famine. (Aminata Niang)