Alors que la Belgique demande publiquement la mise en œuvre d’un embargo sur les armes destinées à l’Arabie Saoudite en lien avec la crise au Yémen, la question de la livraison d’armes était un sujet de débat entre États membres pour préparer les conclusions du Conseil sur le Yémen que les ministres des Affaires étrangères pourraient adopter lundi 3 avril à Luxembourg.
Une source diplomatique a expliqué, vendredi 31 mars, qu’il n’était pas question de parler d’un embargo sur les armes à l’encontre de l’Arabie Saoudite ; la question de la livraison d’armes est « clairement quelque chose de sensible » et est même « au cœur des discussions ». Selon cette source, les Pays-Bas voudraient que ces conclusions fassent référence à la résolution sur l’embargo sur les armes concernant le Yémen et au fait que, lorsque l’on vend des armes à certains pays, celles-ci sont ensuite revendues ou renvoyées au Yémen. « Sous-entendu : en ce qui concerne le Yémen on devrait faire attention à qui on vend des armes », a-t-elle précisé. Plusieurs sources européennes ont expliqué que la France, mais aussi le Royaume-Uni, étaient opposés à une telle référence. D’après Amnesty International, la France et le Royaume-Uni sont, avec l’Allemagne, l’Espagne et les États-Unis, les premiers fournisseurs d’armes de l’Arabie Saoudite.
Lors de leurs discussions, lundi, les premières sur le Yémen depuis avril 2015, les ministres pourraient évoquer les différents aspects de la crise yéménite, notamment l’importance que revêtent une solution politique et un processus de négociations faisant intervenir toutes les parties concernées. Les discussions porteront aussi sur la situation humanitaire catastrophique à laquelle est confronté le pays. 17 millions de Yéménites sont dépendants d’une aide extérieure pour leur survie et la famine menace 7,3 millions de personnes. Plus de 2,2 millions d’enfants sont gravement sous-alimentés.
Syrie et Libye sur la table des ministres
Le Conseil reviendra aussi sur la situation en Syrie et devrait adopter des conclusions. Les ministres devraient ainsi préparer la conférence internationale sur la Syrie, qui aura lieu mercredi 5 avril à Bruxelles, et donner leurs orientations stratégiques pour cette conférence (voir autre nouvelle). Selon une source européenne, l’UE devrait rappeler l’importance d’avoir un accès humanitaire sans entrave aux populations civiles, son soutien aux négociations menées par l’ONU pour une transition politique et, enfin, que, si elle est d’accord pour participer à la reconstruction du pays, cela ne se fera pas tant qu’une transition « crédible et engagée » n’aura eu lieu. Les ministres discuteront aussi de la stratégie commune de la Commission et du Service européen pour l'action extérieure sur l’avenir de la Syrie, présentée le 14 mars (EUROPE 11745).
La Libye fera elle aussi l'objet de brèves discussions entre les chefs de la diplomatie. Ce sera l’occasion pour Mme Mogherini, Haite Représentante de l’UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, de les informer sur la réunion du Quartet (UE, Union Africaine, Ligue arabe, ONU) à laquelle elle a participé le 18 mars au Caire (EUROPE 11749). Bruxelles accueillera la prochaine réunion du Quartet et, selon, une source diplomatique, celle-ci devrait avoir lieu fin mai.
Au déjeuner, les chefs de la diplomatie accueilleront le Secrétaire général de la Ligue arabe, Ahmed Aboul Gheit, pour discuter de la coopération UE-Ligue arabe (EUROPE 11758) et des principaux dossiers régionaux, notamment le processus de paix au Proche-Orient.
Sans débat, les ministres adopteront des conclusions sur la Somalie, qui serviront de base à la position de l’UE lors de la conférence de Londres du 11 mai lors de laquelle un nouvel accord de partenariat entre la Somalie et la communauté internationale devrait être signé. Des conclusions sur les droits de l’enfant devraient aussi être adoptées.
En remarque introductive, la Haute Représentante pourrait faire, entre autres choses, le point sur la situation en Turquie, à quelques jours du référendum sur la Constitution, le 16 avril, qui pourrait donner plus de pouvoirs au président Recep Tayyip Erdogan. La Turquie devrait figurer à l'ordre du jour de la réunion de type Gymnich des 28-29 avril à Malte. Enfin, un point divers portera sur la situation dans les Balkans occidentaux, à la demande de l’Allemagne. (Camille-Cerise Gessant)