La BCE a fait savoir, jeudi 9 mars, qu'elle maintiendra sa politique monétaire très accommodante tant que l'inflation ne s'autoalimentera pas, notamment par le biais d'une hausse généralisée des salaires.
« Un niveau très élevé de politique monétaire accommodante est toujours nécessaire afin que les pressions liées à l'inflation sous-jacente s'affermissent et soutiennent l'inflation nominale à moyen terme », a déclaré le président de la BCE, Mario Draghi, à l'issue de la réunion du Conseil des gouverneurs.
Depuis début 2017, le niveau d'inflation sur base annuelle s'est substantiellement raffermi, passant de 1,1% en décembre 2016 à 1,8% en janvier et 2,0% en février. Un tel niveau, de nouveau conforme à la mission première de la BCE, est essentiellement dû à la hausse des prix de l'énergie et des produits alimentaires non transformés. En conséquence, l'institution européenne a relevé ses prévisions d'inflation, « de façon significative pour 2017 (1,7%, NDLR) et légèrement pour 2018 » (1,6%), a indiqué M. Draghi. Néanmoins, l'ancien gouverneur de Banca d'Italia a souligné que l'inflation sous-jacente (hors prix des l'énergie et des denrées alimentaires) devrait demeurer « faible » et n'augmenter que « graduellement » à moyen terme à la faveur de la politique monétaire actuelle et d'une reprise économique continue.
La BCE a donc décidé, jeudi, de maintenir ses principaux taux d'intérêt inchangés (0,00% pour les opérations principales de refinancement, 0,25% pour la facilité de prêt marginal, -0,40% pour la facilité de dépôt) sur une période prolongée qui ira au-delà de la fin du programme 'quantitative easing' (QE) de rachat de titres essentiellement publics. À partir d'avril, le rythme de rachats mensuels de titres passera de 80 à 60 milliards d'euros jusqu'à fin 2017, et « au-delà, si nécessaire ».
Interrogé sur les facteurs qui détermineront un changement de cap de la politique monétaire, M. Draghi a estimé que le processus serait « graduel » et dépendrait de la matérialisation de facteurs « convaincants » permettant à l'inflation de s'auto-alimenter, « l'augmentation des salaires » constituant, selon lui, une « variable clé ». Et d'insister sur le fait que, malgré une amélioration de l'équilibre des risques pesant sur l'économie de la zone euro, le Conseil des gouverneurs estimait « appropriée », à ce stade, l'orientation de la politique monétaire.
Europe à plusieurs vitesses ? Jour de sommet européen oblige, M. Draghi a été invité à exprimer sa position sur l'avenir de l'Union européenne et la création d'avant-gardes de pays désireux de s'intégrer davantage dans des domaines particuliers (EUROPE 11741). « Les États membres ne sont pas tous prêts à avancer ensemble. J'imagine que c'est ce à quoi se réfère l'expression 'Europe à plusieurs vitesses'. Quels que soient les arrangements trouvés, et ce n'est pas clair dans quels domaines, la porte restera ouverte » aux pays désireux de rejoindre le mouvement, a-t-il indiqué, à quelques heures de sa participation au sommet européen (voir autres nouvelles).
Sur la remontée des 'spreads' entre le taux d'intérêt de titres de pays de la zone euro par rapport au taux appliqué à la dette allemande en raison du risque politique liée à la proximité d'élections législatives aux Pays-Bas et en France, M. Draghi a certes évoqué des « tensions », mais n'y a rien vu de sérieux, l'euro étant à ses yeux « irrévocable ». (Mathieu Bion)