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Bulletin Quotidien Europe N° 11742
CONSEIL EUROPÉEN / Conseil europÉen

Donald Tusk a été reconduit pour un second mandat avec 27 voix pour et un gouvernement polonais furieux

Avec 27 voix pour et un vote contre, Donald Tusk a été reconduit pour deux ans et demi (jusqu’au 30 novembre 2019) à la présidence du Conseil européen par les chefs d’État ou de gouvernement de l’UE réunis à Bruxelles, jeudi 9 mars, provoquant l’obstruction par la Pologne de la publication des conclusions du sommet.

Au grand désarroi du gouvernement polonais, le choix du président du Conseil européen a été bouclé en 30 minutes. Après une tentative infructueuse pour modifier l’ordre du jour de la réunion, le Premier ministre polonais, Mme Beata Szydło, a été la seule à se prononcer contre la candidature de son compatriote Donald Tusk lorsque le Premier ministre maltais, Joseph Muscat, a demandé s’il existait un consensus pour ce candidat.

La prise de parole par Mme Szydło s’est faite dans le même esprit et le même ton que la lettre qu’elle avait envoyée à ses homologues à la veille du sommet (EUROPE 11741). En arrivant à la réunion, elle avait d’emblée déclaré : « Rien sans nous, rien sans notre accord. Je pense qu’aujourd’hui ça vaut la peine de rappeler dans ce bâtiment cette règle principale qui construit » l’Union européenne. « C’est une question de principe »: un candidat ne peut pas être choisi par « la force », contre l’avis de son État membre d’origine, a-t-elle vigoureusement plaidé avant et après la réunion. Dans son entourage, on s'offusquait même d'un « diktat de Berlin ».

Cette attitude n’a pas provoqué l’effet souhaité. Parmi les Vingt-sept, certains n'ont pas hésité à dire qu’ils ne voulaient pas « devenir otage de la politique intérieure de la Pologne », comme l’ont affirmé les dirigeants lituanien et luxembourgeois, juste avant le début de la réunion. Avant même d’arriver à Bruxelles, la chancelière allemande, Angela Merkel, avait clairement apporter son soutien au candidat du groupe PPE.

Après l’intervention de Mme Szydło, M. Muscat a annoncé que, conformément aux Traités, le Conseil européen allait procéder au vote. Le résultat a été sans appel : 27 voix en faveur de M. Tusk, alors qu'une majorité qualifiée aurait suffit. Le gouvernement polonais espérait qu’au moins certains s’abstiennent, comme la Hongrie ou le Royaume-Uni. Mais, tel n’a pas été le cas.

À l’issue du vote, M. Tusk a affirmé aux Vingt-huit qu’il allait travailler « avec (eux) tous, sans exception, car je suis sincèrement résolu à œuvrer pour une Europe unie ». Il a aussi tenu à remercier les dirigeants pour lui avoir accordé leur confiance, surtout au regard de ces « circonstances inhabituelles » entourant l’élection, selon ses propres termes. Devant la presse, il a promis de « protéger le gouvernement polonais contre toute isolation politique ».

Ne voulant pas reconnaitre sa défaite, le Premier ministre polonais a décidé de donner une nouvelle tournure à ces « circonstances inhabituelles » en s’opposant à l'adoption des conclusions par le Conseil européen, procédure qui nécessite l'unanimité. D’un point de vue juridique, cela n’a aucune incidence sur l'élection de M. Tusk. Jeudi soir, la situation restait ainsi bloquée, l'échappatoire pouvant être une publication des conclusions sous forme de déclaration de la Présidence maltaise du Conseil de l'UE. Les experts du Conseil n'étaient pas en mesure de certifier si cette démarche allait retarder le lancement de la coopération renforcée sur le Parquet européen.

« Il est certain que je n’accepterai aucun document de ce sommet », ce dernier étant ainsi « non valide », a martelé Mme Szydło. Cette attitude a étonné et a fait dire au Premier ministre belge, Charles Michel, qu’il n’était pas impressionné par ce qui ressemble à une réaction « de mauvaise humeur » suite au vote et dans le cadre duquel la Pologne s’est retrouvée totalement isolée.

Quelles conséquences sur l'unité des Vingt-sept ?

Toutefois, cette « mauvaise humeur » semble destinée à durer. Le gouvernement polonais n’en compte pas en rester là et, après avoir pris en compte la possibilité de quitter inopinément la réunion, se prépare dorénavant à mener bataille pour une profonde « réforme » de l’Union, avec le sommet de Rome de fin mars comme point de départ (voir autre nouvelle).

Cette réforme est d’autant plus nécessaire, selon Mme Szydło, que « le Conseil européen s’occupe, le plus souvent, des intérêts particuliers et conjoncturels d’un petit groupe » et que « les hommes politiques à Bruxelles ont perdu de vue les intérêts des États membres et des Européens ». Or, le rendez-vous de Rome et la réélection de M. Tusk sont destinés, avant tout, à donner « une image de stabilité, de cohérence et de continuité » dans l’UE, comme l'a rappelé le président français, François Hollande.

M. Tusk a voulu mettre le point final à cet épisode en lançant un avertissement: « Il faut être vigilant aux ponts que l’on brûle, car une fois qu’ils ont brulé, on ne peut plus les traverser ». Il a poursuivi en déclarant qu’il voulait adresser ce mot à tous les États membres et, tout particulièrement, à la Pologne. Parfois, on se laisse déborder par ses émotions, nous ne sommes que des humains, mais nous devons faire preuve de responsabilité, surtout lorsqu’il en va de l’avenir de l’UE, a-t-il conclu.

Interrogée sur l’avenir des relations avec le gouvernement polonais, Mme Merkel a indiqué: « Nous verrons comment cela va évoluer ». Elle a espéré possible de travailler de nouveau d’une manière raisonnable. (Jan Kordys avec Sophie Petitjean, Élodie Lamer, Emmanuel Hagry et Pascal Hansens)

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