Les députés européens se sont montrés plutôt mitigés en ce qui concerne les propositions de la Commission pour gérer la migration le long de la route de la Méditerranée centrale, tout en précisant qu’il fallait agir pour éviter les décès en mer.
« Il faut savoir si tous les efforts vont dans le bon sens, il y a certains résultats c’est vrai, insuffisants, mais il faut savoir quel est l’objectif visé », s’est interrogée Elena Valenciano (S&D, espagnole), insistant sur l’importance de défendre la dignité.
De nombreux députés se sont opposés à un accord migratoire avec la Libye, sur le modèle de celui convenu avec la Turquie. « L’accord avec la Turquie ne cesse d’être critiqué, et voilà qu’un autre se profile avec Libye, encore plus inquiétant. Je me demande pourquoi les dirigeants protestent contre M. Trump quand, eux-mêmes, mettent en place une opération douteuse, selon laquelle on peut rapatrier des personnes en Libye », a souligné l’Italienne Barbara Spinelli pour le GUE, appelant les dirigeants à renoncer à un tel accord. Un accord de ce type n’est cependant pas proposé par la Commission européenne. Pour Cecilia Wikström (suédoise) au nom de l’ADLE, « nous ne devons jamais externaliser nos obligations quand on parle de personnes dans le besoin ». Judith Sargentini (néerlandaise), pour les Verts, a estimé que, si on donnait le blanc-seing à la Libye pour empêcher les migrants d’arriver en Europe, alors on ferait « de la politique à la Trump ». « Si on ferme les yeux sur les conditions dans les camps de détention dans le pays, il n’y aura pas besoin d’un Trump pour faire tomber l’Europe», a-t-elle ajouté.
Tout comme Mme Sargentini, plusieurs députés ont alerté sur la situation désastreuse dans les camps. Ils ont ainsi cité le rapport publié le jour même par l’ambassadeur allemand qui a comparé ces camps aux camps de concentration nazis. « Il faut s’assurer que les migrants sont traités dignement », a souligné la Bulgare Mariya Gabriel au nom du PPE.
Certains élus ont aussi demandé que les voies légales de demande d’asile soient développées. À titre d’exemple, Juan Fernando Lopez Aguilar (S&D, espagnol) a plaidé en faveur de visas humanitaires, les qualifiant « d’indispensables ».
D’autres députés ont, à l’inverse, souhaité que les bateaux de migrants soient renvoyés. « La seule solution humaine et réaliste au défi de la migration est la mise en œuvre d’une variante du modèle australien » et consiste à bloquer la voie vers l’Europe, a expliqué le Danois Anders Primdahl Vistisen pour le CRE, expliquant que cela mettrait fin aux trafics. « Le meilleur moyen de mettre fin » à l’arrivée des migrants « est de renvoyer les bateaux, de traiter les migrants à terre », a ajouté Jane Collins (ELDD, britannique). Elle a estimé : « l’approche naïve (de l’UE concernant la migration) a échoué, mais a coûté des vies, financé le terrorisme et la criminalité ».
Vendredi, ce sera au tour des chefs d’État ou de gouvernement de discuter de la situation en Méditerranée centrale, lors de leur sommet informel à Malte. (Camille-Cerise Gessant)