Les leaders européens ont affiché leur détermination à endiguer la route migratoire de Méditerranée centrale et à muscler la politique de retours des migrants irréguliers vers les pays africains d'origine tout en respectant le droit international, jeudi 2 février à la veille du sommet informel de La Valette, soit à 350 kilomètres des côtes libyennes (EUROPE 11716).
« Il est temps désormais de fermer la route de la Libye vers l'Italie », a déclaré le président du Conseil européen, Donald Tusk, à l'issue d'une rencontre avec le Premier ministre du gouvernement d'unité nationale libyen, Fayez al-Sarraj (voir autres nouvelles). Il s'est dit convaincu qu'avec la détermination requise, la sécurisation de la frontière externe de l'UE avec la Libye - d'où proviennent actuellement 90% des migrants de Méditerranée centrale - est « à portée de main ». Et d'évoquer la signature imminente d'un mémorandum d'entente entre l'Italie et la Libye sur la formation des gardes-côtes libyens.
Les experts nationaux et européens mettaient la dernière main au projet de 'Déclaration de La Valette' que les Vingt-huit adopteront vendredi. Bâtissant sur les propositions de la Commission européenne (EUROPE 11711), ce texte énumère une série de dix mesures opérationnelles prioritaires : - former et équiper les gardes-côtes libyens en bâtissant sur les actions déjà menées dans le cadre de l’opération EUNAVFOR Med Sophia (EUROPE 11715) ; - aider la Libye à mieux gérer ses frontières terrestres ; - amplifier la lutte contre les trafiquants ; - soutenir le développement des communautés locales parfois impliquées dans le trafic d'êtres humains ; - veiller à la mise en place de capacités d'accueil décentes pour les migrants en lien avec l'ONU et l'Organisation internationale pour la migration (OMI) ; - mener des campagnes d'information auprès des candidats au départ sur les dangers liés au voyage menant vers l'Europe ; - aider l'OMI à accroître de façon « significative » ses opérations de retours volontaires ; - surveiller l'apparition éventuelle de routes migratoires alternatives, en liaison avec les pays voisins de la Libye.
L'épineuse question des retours forcés
Déjà en novembre 2015 à La Valette, les discussions entre dirigeants européens et africains avaient buté sur la question de la réadmission des migrants dits 'économiques' (c'est-à-dire ne pouvant prétendre au statut de réfugié dans l'UE) qui, contrairement aux migrants irréguliers provenant de Turquie en 2015, forment le contingent principal des migrants empruntant la route de Méditerranée centrale (EUROPE 11429). Le projet de déclaration souligne la nécessité de permettre à la politique migratoire européenne de faire face aux futures crises, notamment en identifiant « les obstacles potentiels, par exemple en lien avec les conditions à remplir pour autoriser les retours, tout en respectant le droit international ». À ce titre, les Vingt-huit devraient accueillir favorablement l'intention de la Commission européenne de présenter un plan d'action révisé pour les retours.
Plusieurs éléments limitent drastiquement les retours de migrants vers les pays d'origine. Ces pays ne reconnaissent pas forcément la nationalité des migrants alors que, souvent, ceux-ci détruisent leur papier d'identité une fois en Europe. Malgré une proposition de la Commission de septembre 2015 (EUROPE 11385), il n'existe pas à l'heure actuelle de liste européenne de pays d'origine qualifiés de sûrs au regard du droit international. Quant aux retours de migrants irréguliers vers les pays de transit, le cas turc est emblématique de la difficulté d'une telle opération au regard du droit international. Néanmoins, « il semble y avoir un consensus pour s'appuyer de plus en plus sur le 'concept du pays tiers sûr' pour entériner le renvoi dans les pays de première arrivée en dehors de l'UE de migrants n'ayant pas la nationalité de ces pays », redoute l'organisation Human Rights Watch, dans un communiqué.
À La Valette, il sera donc d'abord question de l'étanchéité des frontières extérieures de l'UE. Tant que les États membres n'auront pas le sentiment que ces frontières sont sûres, l'ouverture de voies légales d'immigration ne sera pas à l'ordre du jour. « Les leaders européens ne sont pas encore prêts à initier un processus visant à traiter des demandes d'asile directement depuis des camps en Afrique », a indiqué une source européenne.
Pourtant, prévient l'organisation Amnesty International, « fermer les frontières maritimes du sud de l'Europe exposerait des milliers de réfugiés et de migrants (...) à un risque de détention et d'atteintes horribles aux droits humains » dans un pays ravagé par la guerre depuis le renversement du colonel Kadhafi en 2011 à l'instigation de la France et du Royaume-Uni. (Mathieu Bion avec Solenn Paulic)