Le Premier ministre libyen, Fayez Mustafa al-Sarraj, a estimé, jeudi 2 février, que l’UE ne donnait pas assez d’argent à la Libye.
« J’espère que le mécanisme de l’UE pour aider la Libye sera plus pratique. Je ne vais pas mentionner d’argent parce qu'il s’agit d’un montant très humble, faible. Nous devons être sérieux » afin de pouvoir stabiliser la situation, a-t-il expliqué à l’issue de sa rencontre avec le président du Conseil européen, Donald Tusk. Plus tard dans la journée, interrogée sur le sujet, la Haute Représentante pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, Federica Mogherini, aux côtés de M. Sarraj, a davantage mis l’accent sur l’utilisation efficace des fonds déjà alloués. « Nous avons discuté des façons, non seulement d'accroître potentiellement le soutien, mais aussi d'améliorer le décaissement de notre soutien financier, de veiller à ce que (…) non seulement l'argent soit transformé en projets – ce qui se produit –, mais aussi que ces projets soient exécutés d'une manière qui profite directement aux citoyens libyens », a-t-elle répondu à une question d’EUROPE. « Notre intention commune n’est pas seulement de maximiser l’impact du soutien actuel, mais aussi d’explorer de possibles soutiens additionnels dans des secteurs spécifiques », a-t-elle ajouté. Pour Mme Mogherini, l’aspect le plus important du partenariat entre l’UE et la Libye porte sur « la gouvernance politique de la Libye, sur la sécurité des citoyens et sur la situation économique et sociale du pays ».
De son côté, rappelant le soutien de l’UE au gouvernement d’entente nationale et aux efforts déployés pour trouver un règlement politique inclusif, M. Tusk a exhorté « tous les Libyens à mettre de côté leurs différences » afin que l’UE puisse s’engager davantage avec la Libye.
Il est maintenant temps de fermer la route Italie-Libye (Tusk)
Les discussions ont aussi porté sur la lutte contre le terrorisme et les questions migratoires. 90% des migrants qui traversent la Méditerranée centrale partent de Libye. « L'Europe a prouvé qu'elle est capable de fermer des itinéraires irréguliers de migration, comme nous l'avons fait sur la route de la Méditerranée orientale. (…) Il est maintenant temps de fermer la route Libye-Italie », a expliqué M. Tusk, estimant que la situation actuelle n’était « viable ni pour l’Europe ni pour la Libye ».
Pour M. Sarraj, « la coopération entre l’UE et la Libye est de toute première importance et cela nous permettra de résoudre le problème (de la migration), de sauver les migrants et de les faire retourner dans leurs pays d’origine ». Il a précisé qu’il avait abordé avec ses partenaires des aspects « humanitaires, économiques, sécuritaires et sociaux liés à la migration ». Le Premier ministre a aussi annoncé que son pays allait respecter les normes internationales concernant la réception et la gestion des migrants, alors que la situation dans les camps de rétention en Libye est catastrophique.
M. Sarraj a aussi rappelé qu’il était engagé à préserver la souveraineté libyenne. « Chaque accord devrait engager à préserver cet aspect important et non négociable », a-t-il prévenu. (Camille-Cerise Gessant)