Hormis la récurrente question liée à la fixation d'un niveau adéquat d'excédent budgétaire primaire, le rétablissement des conventions collectives au niveau national constitue un élément sérieux de blocage entre la Grèce et ses créanciers, et qui fait obstacle à la finalisation de la 2ème mission de suivi du 3ème plan de sauvetage grec, espérée pour la fin de 2016.
Conforté par des performances économiques et budgétaires meilleures que prévu, le gouvernement grec, emmené par le mouvement de gauche radicale Syriza, entend modifier la législation encadrant le marché du travail. Il souhaite rétablir le fonctionnement des conventions collectives qui ont été mises à mal lors des plans de sauvetage précédents. L'objectif est de permettre à nouveau que, lorsque des accords existent à la fois au niveau national et par secteur d'activités, la convention la plus avantageuse pour le travailleur s'applique.
Sur cette question, « nous avons une vraie divergence » avec les créanciers, a confirmé une haute source diplomatique grecque, mardi 22 novembre, rappelant que les conventions collectives servent à « redistribuer la croissance d'une manière plus juste ».
L'opposition des créanciers proviendrait surtout du FMI, qui doit encore statuer sur sa participation au 3ème plan d'aide grec, alors que la Commission européenne se montre plus conciliante sur cette question. En déplacement à Athènes cet été, le président de l'institution européenne, Jean-Claude Juncker, et le commissaire aux Affaires économiques, Pierre Moscovici, s'étaient déjà prononcés pour le respect des droits des travailleurs (EUROPE 11596, 11577).
Dans ses prévisions d'automne, la Commission projette une croissance en Grèce de 2,7% du PIB pour 2017, alors que l'économie grecque devrait encore être en récession en 2016 (-0,3%). En terme nominal, le déficit public grec devrait atteindre -1,0% du PIB en 2017, après -2,5% en 2016 et -7,5% en 2015. Le plan de sauvetage grec impose à Athènes de marquer un excédent budgétaire primaire (hors service de la dette) selon la trajectoire suivante : 0,5% du PIB en 2016, 1,75% en 2017, 3,5% en 2018 et au-delà. C'est un point sur lequel le FMI, plus pessimiste dans ses prévisions économiques que la Commission, refuse de transiger.
Respect de tous les termes de l'accord. Soulignant le fait que son pays tenait tous ses engagements en matière de politique budgétaire et de réformes, le haut fonctionnaire grec a demandé que l'accord, qu'ont marqué en mai Athènes et ses créanciers (EUROPE 11557), soit pleinement appliqué. Y compris la question d'un allègement de la dette publique par le biais de mesures à court terme que le Mécanisme européen de stabilité finalise actuellement en vue de l'Eurogroupe du lundi 5 décembre (EUROPE 11662). Sur la question de la dette, le FMI est, cette fois, du côté des Grecs, alors que les pays du nord de la zone euro sont réticents.
« Il n'y a aucune raison de dévier de l'accord. Bien sûr, nous comprenons la situation politique interne aux États membres. Mais, la concrétisation de l'accord ne peut attendre jusqu'aux élections en Allemagne » (septembre 2017, NDLR), a souligné ce diplomate. Il a refusé d'établir une préférence entre un feu vert sur la question des conventions collectives et l'obtention de mesures d'allègement de la dette grecque. (Mathieu Bion)