*** Politique. Revue de débats. ASBL Politique (9 rue du Faucon, B-1000 Bruxelles. Tél. : (32-2) 5386996 – Courriel : secretariat@politique.eu.org – Internet : http://politique.eu.org ). Septembre/octobre 2016, n° 96, 84 p., 9 €. Abonnement : 40 €.
Est-ce un signe des temps, plus propices à l’insatisfaction et aux rêves d’un monde meilleur ? En tout cas, l’utopie revient médiatiquement à la mode, au point qu’un beau dossier est consacré à « l’utopie au XXIe siècle » dans ce numéro de Politique, la revue progressiste belge francophone. A vrai dire, l’initiative a aussi une raison historique puisque c’est en décembre 1516, voici cinq cents ans, que l’imprimeur de l’Université de Louvain publia, en latin, un petit ouvrage du juriste britannique Thomas More intitulé « L’Utopie » et appelé à connaître un succès que le temps qui passe affecte peu. Cet anniversaire est d’ailleurs célébré par l’université scindée depuis en KUL (néerlandophone) et UCL (francophone) à travers différentes activités qui, amorcée en 2015, se prolongeront l’année prochaine (voir http://www.uclouvain.be/utopies ).
En partant de l’ouvrage de Thomas More qui paya de sa vie une opposition à son souverain, Henri VIII, les auteurs réunis par Gabriel Maissin mettent son message à l’épreuve de thématiques contemporaines. Après que la philosophe Anne Staquet eut rappelé que les utopies, si elles sont souvent frappées du sceau du négatif, sont indispensables puisqu’elles critiquent nos sociétés et en imaginent de meilleures, leur rôle étant dès lors « utilitaire et subversif », les questions suivantes sont ainsi abordées : la maladie et la fin de vie ; les femmes et la sexualité qui, encore et toujours, restent en mal d’utopies positives ; la relation entre citoyenneté et aspiration à un monde sans frontières ; la nécessité d’appréhender aussi la notion d’utopie à la lumière de ses contraires et dérivés ; la manière de penser l’émancipation entre le « principe d’espérance » et le « principe de responsabilité ».
L’actualité du livre de More, on la trouve lorsqu’il fait dire au narrateur du voyage en Utopie que la misère publique et son traitement répressif sont causés par « le nombre excessif de nobles, frelons oisifs qui se nourrissent de la sueur et du travail d’autrui, et qui font cultiver leurs terres, en rasant leurs fermiers jusqu’au vif, pour augmenter leurs revenus », ce qui prouve que c’est en assurant « l’existence à tous les membres de la société, afin que personne ne se trouvât dans la nécessité de voler d’abord, et de périr après » qu’une société évitera le vol et les inutiles sanctions. Remplacez nobles par banquiers, demandez aux retraités grecs ce qu’ils pensent du sort qui leur réservé, et vous comprendrez aisément pourquoi certains accepteront ce point de vue de More : « Il y a de l’injustice à tuer un homme pour avoir pris de l’argent, puisque la société humaine ne peut pas être organisée de manière à garantir à chacun une égale portion de bien ». Heureusement, la peine de mort est désormais révolue en Europe, mais il est des morts sociales et sociétales qui persistent dans l’Union, et qui justifient l’attente de nouvelles utopies. Celle que préconisait Thomas More sur ce plan est-elle audible, lui qui s’aventurait, selon Luca Ciccia, sur le « chemin sinueux de la collectivisation des familles », lui qui voulait supprimer l’identité de classes « par la communauté presque totalitaire » et les inégalités économiques « par la gratuité et le travail réduit, mais obligatoire » ? Ce chantier des idées, en tout cas, doit rester ouvert. Pour sa part, John Pitseys examine la contradiction profonde qui travaille le couple utopie/démocratie en partant du constat que celle-ci « est une utopie qui se nourrit d’utopies », ce membre du Crisp (Centre de recherche et d’information sociopolitique) expliquant de manière convaincante que le sens de la vie en société se situe dans les échanges – éminemment politiques – entre ces deux pôles. Enfin, Isabelle Pauthier livre sa propre utopie en voyant le président Juncker et les fonctionnaires européens se coaliser pour sauver Bruxelles et, à travers elle, l’Union européenne. Un papier jouissif qui voit, en conclusion, Jean-Claude Juncker statufié « à l’angle des rues Joseph II et Le Taciturne » avec la dédicace suivante : « L’Europe fut un mirage, Bruxelles son oasis » !
Pour le reste, ce numéro contient notamment des regards sur les « dérives identitaires », l’accord migratoire avec la Turquie qui voit l’Union bafouer « ses obligations internationales et ses valeurs », le Labour après le ‘Brexit’, les élections américaines… Michel Theys
*** Futuribles. L’anticipation au service de l’action. Futuribles Sarl (47 rue de Babylone, F-75007 Paris. Tél. : (33-1) 53633770 – fax : 42226554 – Courriel : revue@futuribles.com – Internet : http://www.futuribles.com ). Septembre-octobre 2016, n° 414, 152 p., 22 €. Abonnement annuel : 115 €. ISBN 978-2-84387-427-7.
Ce numéro de la revue française de prospective qui fait autorité contient un dossier très intéressant sur les relations complexes entre pensées utopiques et politiques urbaines. Il a été coordonné par l’économiste et urbaniste Jean Haëntjens qui, dans sa contribution introductive, commence par rappeler les complicités historiques entre utopistes et urbanistes, les différents âges de la pensée utopique et la façon dont les urbanistes et architectes se sont approprié ces utopies pour modifier le paysage urbain. Il montre également les évolutions en cours depuis les années 1970, en particulier l’émergence de nouvelles propositions urbaines, utopiques ou assimilées, émanant non pas de théoriciens visionnaires mais, de plus en plus, d’associations, de collectivités, d’entreprises ou de citoyens décidant de prendre l’avenir de leur ville en main. D’où cette question que pose le rédacteur en chef Hugues de Jouvenel dans son éditorial : « Faut-il regretter les utopies d’hier, les cités parfaites rêvées par Platon, Aristote ou Campanella, la dure loi qu’imposait le phalanstère, ou se réjouir que le processus d’urbanisation se soit démocratisé (…) ? » Les divers exemples d’initiatives et d’utopies urbaines contemporaines qui constituent le corps du dossier permettent de pouvoir prudemment se forger une opinion à ce propos, Jean-François Soupizet, ancien fonctionnaire de la Commission européenne, montrant pour sa part en quoi l’intelligence urbaine constitue un nouveau paradigme pour la pensée utopique. Hors dossier, son ex-collègue Jean-François Drevet revient, dans sa « Tribune européenne », sur les conséquences probables du Brexit, prédisant que la pilule budgétaire sera amère pour le pays qui bénéficiait d’un rabais, tant il est vrai que « les perspectives d’un accord plus avantageux que son statut actuel sont minces ». Mais il n’est pas acquis pour autant que les perspectives de relance de l’intégration européenne soient meilleures puisque, « en croyant à l’efficacité des frontières nationales, une partie trop importante de l’opinion répète l’erreur des dirigeants de l’époque et de beaucoup de nos grands-parents, qui ont cru à celle de la ligne Maginot dans les années 1930 ». Et Drevet d’avertir : « en donnant encore plus de poids au Conseil européen qui fait régulièrement la preuve de son impotence, en offrant un pouvoir de blocage aux parlements nationaux, on rendrait à peu près impossible toute défense de l’intérêt public européen ». Voilà bien une vérité à sans cesse marteler ! (MT)
*** Regions & Cities of Europe. News from the UE’s assembly of regional and local representatives. Comité des régions (99-101 rue Belliard, B-1040 Bruxelles. Tél. : (32-2) 2822211 – fax : 2822085 – Courriel : regionsandcities@cor.europa.eu – Internet : http://www.cor.europa.eu ). Mai/juin 2016, n° 95, 26 p..
Ce numéro de la lettre d’information du Comité des régions accorde une attention toute particulière à l’Agenda urbain de l’Union européenne, à savoir aux défis divers et multiples – ils sont à la fois économiques, sociaux, environnementaux… – qui sont à relever par les villes d’Europe et à l’action concertée des institutions européennes qui doit leur venir en aide à cette fin. Voilà qui implique d’aller au-delà des échanges de bonnes pratiques, explique notamment le ministre néerlandais de l’Intérieur. (MT)
*** GIORGOS RAFTOPOULOS : La fin de l'utopie. Editions Limon (2-4 rue Nikitara, GR-10678 Athènes. Tél. : (30-210) 3227323 – Courriel : ekd.limon@gmail.com). 2016, 320 p., 21,20 €. ISBN 978-618-82668-5-8.
L’auteur de cet ouvrage est ex-Secrétaire général et Président de la Confédération générale des travailleurs grecs, membre du Comité exécutif de la Confédération européenne des syndicats et de la Confédération internationale des syndicats libres. Il a été également membre du Comité économique et social européen et du Parlement européen au début des années 90. Il explique que publier ce livre ne lui a été ni facile ni agréable. Pas facile parce que pendant longtemps, prendre contact avec la direction de Syriza et, surtout, avec Alexis Tsipras était impensable pour le syndicaliste et le socialiste qu’il était, même s’il a depuis noué des contacts forts avec la tête de ce parti et avoir pu conclure des accords politiques avec lui. Pas agréable parce que, comme c’était inévitable, la mutation politique rapide de Syriza et sa soumission aux exigences idéologiques des milieux politiques et économiques européens ont rendu impossible une vision commune pour un gouvernement de gauche qui soit capable de rencontrer les espoirs, les attentes et les revendications du monde du travail. D’après Giorgos Raftopoulos, cette aspiration a été ruinée entre 2010 et 2015, étant mise en pièce sous les coups de butoir brutaux des mémorandums ayant dicté leur conduite aux gouvernements de la Nouvelle Démocratie et du Pasok. L'auteur a été l'un des rares cadres du Pasok à avoir soutenu dès 2011, avec persévérance, détermination et passion, l'idée d’une coopération politique avec le frère ennemi Syriza. Pour n’avoir pas été écouté, le Pasok végète désormais au mieux autour des 4% de l’électorat grec, ce qu’il assimile à la fin d’une utopie. (AKa)
*** ANASTASIOS-IOANNIS METAXAS (sous la dir. de) : La science politique, enquête interdisciplinaire et transversale sur le fonctionnement de la politique. Communication politique : la raison critique et autoritaire (Vol. 2). Editions Sideris (116 rue Solonos, GR-10681 Athènes. Tél. : (30-210) 3833434 – fax : 3832294 – Courriel : contact@isideris.gr). 2016, 588 p., 25 €. ISBN 978-960-08-0715-8.
La communication politique s’inscrit dans un ordre logique, après la psychologie politique. Dans une certaine mesure, elle semble être devenue une valeur par défaut. Ce deuxième volume d’une étude qui en compte dix, tous coordonnés par Anastasios Metaxas, professeur émérite des Universités d’Athènes et du Péloponnèse, voit vingt-six spécialistes du monde académique analyser de façon critique, dans un dossier de nature factuelle, tout ce qui relève à un titre ou à un autre de l’expression dans le domaine politique, ainsi que les diverses influences qui peuvent en découler. (AKa)
*** THANASSIS DIAMANTOPOULOS : Institutions. Crise et rupture. Editions Patakis (38 Panayi Tsaldari, GR-10437 Athènes. Tél. : (30-210) 3650000 – fax : 3811940 – Courriel : bookstore@patakis.gr – Internet : http://www.patakis.gr ). Collection « Sciences sociales et politiques ». 2016, 278 p., 11,90 €. ISBN 978-960-16-6875-8.
La litanie est longue : le favoritisme, le copinage, le manque de fiabilité, le manque de confiance, la recherche de rentes de situation, le clientélisme, la particratie, les effets paralysants de la peur du coût politique, l'instabilité politique, l'insécurité financière, juridique et sur le plan de l’investissement qui en découle... Telles sont quelques-unes des raisons que le Pr. Thanassis Diamantopoulos (Département des études internationales et européennes de l'Université de Panteion à Athènes) discerne comme étant les principaux foyers nuisibles du système politique grec, ces travers contaminant toute la vie sociale et économique du pays. Il se demande donc comment il pourrait être possible, et dans quelles conditions, de réduire ces éléments pathogènes afin de renforcer des institutions comme la Cour constitutionnelle, la Chambre des représentants ou le Sénat, le but étant d’en arriver à freiner les manifestations impulsives de la souveraineté populaire néfastes pour le pays. Il explore ainsi, entre autres, la possibilité de conférer au président de la République des responsabilités supplémentaires (par exemple, le droit de contrôler l'usage de référendums). Il se demande aussi si changer la manière de choisir les dirigeants du monde judiciaire ou améliorer le système électoral en vigueur pour les législatives sont des pistes de nature à améliorer la situation. Il va même beaucoup plus loin encore, se demandant notamment s’il ne faudrait pas carrément opter pour une démocratie présidentielle. L’auteur se garde bien de trancher, son objectif étant seulement de modestement contribuer au dépassement des failles du système politique grec. L’objectif est atteint puisque les propositions de l’auteur sont désormais analysées par plusieurs responsables politiques et des universitaires. (AKa)
*** BASIL CORONAKIS : The Deep State of Europe. Welcome to Hell. Editions New Europe Group (The Media Lab Limited, 96 av. de Tervueren, B-1040 Bruxelles. Tél. : (32-2) 5390039 – Internet : http://www.neweurope.eu ). 2016, 256 p., 19 €. ISBN 978-153281508-9
Quand certaines personnes avancent que Bruxelles est la « ville du péché », ils ne se réfèrent pas à la drogue, à la prostitution ou à la mafia. Ils ont en ligne de mire les péchés qui ont été commis dans la capitale de l’Europe par rapport au projet qui était à la base de la construction européenne, bien avant que l’Union européenne ne voie le jour. Editeur et journaliste à la tête d’un journal couvrant depuis vingt-trois ans les affaires européennes, Basil Coronakis continue à croire à l’idéal originel, mais la réalité de l’exercice du pouvoir dans les structures ébranlées de l'Union le contraint à la circonspection. Dans ce livre qui est un guide pour démystifier la légende de l'Union et de ses institutions, il met en évidence ce qu’il se passe à l’intérieur de la Commission européenne, dans un « système » qui, accuse-t-il, se comporte souvent comme un « gang des entreprises ». Il prétend ainsi révéler les secrets et l'état d'esprit machiavélique de la « nomenklatura » de Bruxelles qui régit la vie quotidienne d'un demi-milliard d'Européens et de beaucoup d'autres ailleurs, souvent sans aucune légitimité morale ou politique. Les « dix petits scandales » internes qu’il met en lumière dans ce livre sont censés aider le lecteur à comprendre le « pourquoi » et le « comment » des péchés commis au Berlaymont et dans les autres bâtiments qui ont garanti la paix sur le continent depuis peu après la fin de la Seconde Guerre mondiale. Il dévoile notamment comment l’argent des citoyens européens est utilisé, abusé, gaspillé, pillé. Pour lui, la corruption de la Commission européenne est systémique, horizontale, verticale et... juridique. Ce système, assure-t-il, s’auto-reproduit et reste hermétiquement clos, la plupart des commissaires – et, partant, des États membres de deuxième classe – y étant piégés. Il avance enfin des pistes qui pourraient aux Européens de se libérer de cette étreinte malsaine sans détruire ce qui a été réalisé au cours des 70 dernières années. (AKa)