Bruxelles, 30/05/2016 (Agence Europe) - La lutte contre la radicalisation violente nécessite une réponse « intégrée et trans sectorielle » dépassant les domaines essentiels de l'éducation et la jeunesse. Il convient de mobiliser tous les efforts pour aider les jeunes à se construire une identité positive, ont estimé les ministres de l'Éducation, réunis à Bruxelles lundi 30 mai.
Leur travail s'est déroulé en deux temps: les ministres ont d'abord adopté des conclusions avant de procéder à un échange de vues sur le rôle joué par le secteur de la jeunesse pour prévenir la radicalisation. Leurs discussions s'appuyaient sur un document de travail préparé par la Présidence néerlandaise ainsi que sur l'intervention du professeur Stijn Sieckelink, de l'Université d'Utrecht.
Un échange de bonnes pratiques. « Il importe que tous les acteurs pédagogiques, notamment les parents, la famille, les entraîneurs sportifs, les responsables religieux et les autres responsables du secteur informel, les animateurs socio-éducatifs et les enseignants, collaborent pour aider les jeunes à construire leur identité », estimait ainsi la Présidence néerlandaise. « Chaque jeune veut être le héros de sa propre vie. Il faut donc prendre en compte ce besoin identitaire en investissant dans les relations locales avec un cadre politique basé sur des atouts particuliers », a mis en avant, pour sa part, le Professeur Stijn Sieckelink. Le tour de table des Vingt-huit s'est toutefois globalement limité à une présentation des pratiques de mise en réseau nationales. Citons, entre autres: le 'National citizens program' (un programme de développement pour les jeunes de 15 à 17 ans), au Royaume-Uni, le futur Conseil d'orientation des politiques de jeunesse, en France, le groupe interministériel des politiques de la jeunesse, en Slovaquie, ou encore le mécanisme d'apprentissage conjoint entre le Luxembourg et la Lettonie. Lors de leur prise de parole, le Luxembourg et l'Autriche ont, quant à eux, déploré les coupes budgétaires qui avaient été opérées ces dernières années dans le secteur de la jeunesse.
La Belgique et la France ont d'ailleurs profité de cette occasion pour annoncer la signature, lundi 30 mai, d'une déclaration commune visant à renforcer la prévention de la radicalisation dans les politiques de jeunesse. « Cette initiative permettra d'échanger sur les bonnes pratiques visant notamment à renforcer la capacité des professionnels de terrain en matière d'éducation aux médias, d'accompagnement des jeunes, de dialogue interculturel, de liberté d'expression et de citoyenneté », indiquent-ils par voie de communiqué. À noter que la France a en outre appelé l'Union européenne à se doter, comme elle, d'une « clause d'impact jeunesse » afin de veiller à ce que les jeunes ne souffrent pas des nouvelles mesures réglementaires.
Conclusions des ministres. Dans leurs conclusions, les ministres appellent les Vingt-huit à élaborer une « approche intégrée et trans sectorielle » à l'échelon local, régional, national et européen pour lutter contre la radicalisation violente. Selon eux, cette approche - qui complète le rôle central joué par l'animation socio-éducative - devrait passer par le déploiement de différentes stratégies en fonction du degré de radicalisation: des stratégies de prévention à caractère générique pour les premiers stades de la radicalisation et l'approche plus ciblée lorsque le processus de radicalisation violente est effectivement à l'œuvre. Concrètement, ils invitent les États à coopérer, à soutenir et renforcer le secteur de la jeunesse ainsi qu'à encourager le rôle de l'animation socioéducative. [texte des conclusions: http://data.consilium.europa.eu/doc/document/ST-9041-2016-INIT/fr/pdf ]
Le Forum européen pour la jeunesse (EYF), qui publiera le lendemain un document intitulé « Le rôle du secteur de la jeunesse dans la prévention de l'extrémisme violent », a accueilli avec satisfaction ces conclusions tout en soulignant qu'elles auraient pu être plus concrètes. Il souligne que les organisations de jeunesse, qui offrent un espace sûr pour le développement personnel des jeunes, doivent bénéficier d'un financement stable. En termes d'actions concrètes, l'organisation recommande qu'un organe de coopération soit établi pour mettre au point une stratégie conjointe, qu'un guichet unique soit mis en place dans les zones vulnérables et qu'on donne la priorité aux groupes les moins privilégiés avec un accès à la sécurité sociale, aux soins de santé et à l'éducation de qualité. (Sophie Petitjean)