Bruxelles, 27/05/2016 (Agence Europe) - La commission de l'Agriculture du Parlement européen a organisé, mercredi 25 mai dans la soirée, une audition d'experts sur la situation du marché du lait, qui a confirmé que les mesures actuelles sont insuffisantes pour régler la crise actuelle (EUROPE 11559). Mais peu de nouvelles idées ont été présentées pour remédier à la situation.
Le président de la commission de l'agriculture du Parlement européen, Czeslaw Siekierski (PPE, polonais), a rappelé la situation difficile dans laquelle se trouvent les producteurs de lait dans l'UE.
Hans Hoogeveen, le vice-ministre de l'Agriculture des Pays-Bas, a concédé que la situation restait « très difficile » sur le marché du lait en Europe. Il a souligné que la crise était due au déséquilibre entre l'offre et la demande. Donc, selon Hans Hoogeveen, il faut « faciliter un ajustement du côté de l'offre », mais « je ne demande pas de modifier le cap de la politique agricole commune ou de retourner, sous une forme ou une autre, aux quotas laitiers ». Le temps nous dira si les deux paquets d'aides adoptés (en septembre 2015 et en mars 2016) sont suffisants, a dit la Présidence néerlandaise. Elle a confirmé que le Conseil Agriculture du 27 juin discutera de la nécessité d'adopter de nouvelles mesures pour remédier à la crise qui touche le lait, mais aussi la viande porcine et les fruits et légumes. Hans Hoogeveen a prôné aussi des mesures plus structurelles, notamment pour renforcer le pouvoir des agriculteurs dans la chaîne d'approvisionnement alimentaire.
Jooste Korte, directeur général adjoint aux services de l'Agriculture à la Commission, a encore rappelé les causes de la crise: baisse des prix dans le monde, impact de l'embargo russe, fin des quotas. La situation n'est pas bonne, a-t-il admis: le prix moyen tourne autour de 28 centimes (soit 11% de moins que l'année dernière qui n'était déjà pas bonne). Il a relevé des données plus encourageantes: des signes de reprise de la demande et une hausse des exportations par rapport à l'année dernière (même si les prix sont bas). Le filet de sécurité est déployé à plein (les plafonds de l'intervention publique sont atteints). Sur les aspects budgétaires, il a souligné que le fait que 56% seulement de l'aide de 420 millions d'euros de septembre soient dépensés par les pays ne facilitait pas la tâche de la Commission lorsqu'il s'agit de trouver des fonds supplémentaires. Il a encouragé les pays et les producteurs à recourir à la mesure de l'article 222 de l'organisation commune de marché (réduction volontaire de la production de lait), en soulignant que la Commission ne pouvait pas aller plus loin, compte tenu des outils à sa disposition.
Mansel Raymond, du COPA (Comité des organisations professionnelles agricoles de l'UE), s'est inquiété du fait que les prévisions ne prévoient pas d'amélioration de la situation avant 2020. Il a plaidé pour: - un cadre commun pour lutter contre fraude et les pratiques déloyales ; - des mesures permettant aux agriculteurs de recevoir une part plus importante du prix final payé par le consommateur ; - de nouveaux fonds pour que la mesure de l'article 222 fonctionne réellement (actuellement, ce système n'est pas jugé suffisamment attrayant par les organisations professionnelles).
Tommaso Mario Abrate, du COGECA (Comité général de la coopération agricole de l'UE), a dit qu'il ne souhaitait pas revenir aux quotas laitiers supprimés depuis avril 2015, mais a noté que ce système avait bien fonctionné pendant 25 ans. Il a préconisé aussi une réduction temporaire de la production.
Romuald Schaber, président de l'EMB (European Milk Board), a prôné un ajustement de la production. Il a jugé dramatique la situation en Allemagne (avec des prix entre 18 et 28 centimes et surtout dans certains pays baltes (10 centimes !). Les pertes pour les exploitants en Europe s'élèvent à près de 30 milliards, selon l'EMB. « Il faut passer à des mesures obligatoires de réduction de la production, si les mesures volontaires ne sont pas efficaces », a-t-il dit. Il a préconisé de rendre aux agriculteurs l'argent payé au titre du superprélèvement (amendes en cas de dépassement des quotas laitiers).
Michel Nalet, président de l'EDA (European Dairy Association), a rappelé qu'en 2014 les prix étaient élevés et qu'il n'y a avait pas de réunions européennes pour parler du secteur. Il a rappelé que les quotas n'ont pas empêché la crise en 2009. Il a reconnu qu'il n'y avait pas d'appréciation claire au sein de l'EDA sur l'article 222, mais a estimé qu'il fallait peut-être attendre un peu avant de mettre en place cette mesure de réduction de la production. M. Nalet a mis en garde contre les effets négatifs que pourrait avoir un accord commercial avec la Nouvelle-Zélande, « notre principal concurrent ».
Mme Isabel Vilalba, de Via Campesina, a suggéré, comme beaucoup d'autres représentants du secteur agricole, une réduction « globale et obligatoire » de la production de lait. Elle a souligné également que le filet de sécurité n'avait pas eu les effets escomptés.
La commission agriculture du PE réitère ses demandes habituelles. Albert Dess (PPE, allemand) a préconisé un système permettant de retirer rapidement des quantités de lait avant que la crise n'advienne. Paolo De Castro (S&D, italien) a regretté l'inefficacité du paquet de septembre et demandé des instruments européens de gestion de l'offre. Il a demandé à la Commission de lancer « une initiative législative sur le lait ». « On ne peut pas poursuivre sur cette voie de la surproduction », a lancé James Nicholson (CRE, britannique). Jan Huitema (ADLE, néerlandais) a demandé pourquoi la mesure de l'article 222 n'intéressait pas les agriculteurs, sauf semble-t-il au Portugal. Martin Häusling (Verts/ALE, allemand) a noté que le Copa-Cogeca demandait il y a quelques années de tout libéraliser. Il a reproché à la Commission de ne pas proposer de mesures efficaces. « Il faut intervenir pour réduire les quantités », a-t-il dit. L'Europe pratique un dumping sur le marché mondial, c'est ce qui explique la hausse des exportations, a-t-il conclu. (Lionel Changeur)